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Maires de France
Solutions locales
février 2022
Santé

Santé mentale. S'investir et agir

La pandémie a rendu plus visibles les besoins des personnes en souffrance psychique et les communes ont démontré leur implication. Des outils existent pour mieux les accompagner au quotidien.

Emmanuelle Stroesser
Illustration
© Ville de Saint-Quentin – Luc Couvée
À Saint-Quentin (02), le contrat local de santé, adopté en 2021, a placé la santé mentale et environnementale comme une priorité transversale.
Comme le rappelle Aude Caria, du site d’information sur la santé mentale Psycom, «la première étape pour comprendre les enjeux de la santé mentale, c’est de comprendre qu’elle ne se résume pas aux troubles psychiques ni aux soins psychiatriques. Nous pouvons tous basculer d’un moment à l’autre, et le Covid a eu un effet important ». Présidente de ­l’UNAFAM (Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques), Marie-Jeanne Richard acquiesce.

Le dernier baromètre 2021 de l’association indique que seuls 19 % des 15 000 adhérents ont accès à l’emploi. L’accès au logement n’est guère plus facile : 33 % vivent dans leur famille faute d’accès à un logement accompagné. C’est pourquoi la présidente attire notamment l’attention des élus sur le soutien qu’ils peuvent apporter à la création et à l’animation de groupes d’entraide mutuel, les GEM. Comme celui d’Arnouville (95).

Ces GEM regroupent en journée des personnes souffrant de troubles psychiques. «La maladie mentale fait que c’est difficile de vivre seul. Le GEM nous donne de la force. On se soutient beaucoup. C’est valorisant. Ce sont des leçons de vie qu’on apprend ici. Même si notre chemin est tortueux, c’est bénéfique à tous », témoigne Tahirou Sissoko, secrétaire du GEM, membre du comité de pilotage du comité local de santé mentale Val-d’Oise Est. La commune n’a pas forcément de rôle direct dans leur création, mais plutôt dans leur impulsion et dans le réseau d’acteurs mobilisés autour des groupes, localement. Les GEM sont rarissimes en milieu rural.

Le département doit déployer un projet territorial de santé mentale. Ce n’est pas le cas des communes. Elles n’ont aucune obligation de créer un comité local de santé mentale (CLSM). En revanche, si un CLSM se met en place, c’est grâce à elles. De plus en plus s’y mettent. Cela devient la base à partir de laquelle vont se développer des actions répondant à des besoins spécifiques au territoire, du général au particulier, du collectif à l’individuel. Cela passe par exemple par des actions de sensibilisation, comme à l’occasion de la Semaine de la santé mentale (cette année reportée à l’automne), ou la gestion de cas individuels compliqués et complexes.

Plusieurs élus citent la mise en relation de la ville, des bailleurs, de travailleurs sociaux, de praticiens ayant permis de désamorcer des conflits de voisinage, de pallier des expulsions locatives.
 

Avis d'expert Marie-Jeanne Richard, présidente de l’UNAFAM (Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques)
« Le rôle de l’élu est important »
« La bonne santé mentale est importante car elle conditionne le bien-être des administrés. Sinon, elle peut aboutir à des maladies, des troubles psychiques. C’est un tout. Il ne faut donc pas se tromper. Une bonne santé mentale ne préserve pas d’être malade. Il faut donc rester vigilant et pouvoir prendre en charge les troubles psychiques.
Le rôle de l’élu est important car l’environnement de proximité, c’est lui. C’est l’information, la culture, le logement, l’accès aux soins, l’école. Une personne peut être malade mais se sentir en bonne santé mentale s’il existe du lien social autour d’elle, si on ne la regarde pas avec des yeux qui condamnent…

C’est pourquoi nous participons à l’initiative de formation “Premier secours en santé mentale” (https://pssm france.fr/), qui donne les clés pour ne pas être perturbé par quelqu’un ayant un trouble psychique. Nous sommes en train de développer un complément destiné aux acteurs travaillant auprès de la jeunesse. »


Contre les préjugés : Mérignac (Gironde)

« Créer un CLSM. C’est mon projet, la première étape pour mettre les gens autour de la table, voir ce qui se fait, ou pas, ce qui manque, et essayer d’impulser la mise en place d’un GEM sur la ville, car il n’y a pas d’autre choix que Bordeaux pour l’heure », explique Ghislaine Bouvier, adjointe déléguée à la santé et à la lutte contre les pollutions de Mérignac (33). Nouvelle élue, elle a été forcée de «se plonger dedans » à cause des astreintes. «Mais je ne peux pas me cantonner à me demander s’il faut hospitaliser une personne ou non », reprend-elle.

« Encore récemment, un collègue m’a demandé : “Est-ce vrai que quand on a des espaces verts proches de chez soi, on va mieux ?” Autrement dit, le fait que l’urbanisme, l’environnement, la précarité soient des gros déterminants de la santé mentale ne tombe pas sous le sens. Nous avons encore besoin de batailler pour que cela se sache et que cela devienne des sujets au sein de nos municipalités ».

Le CLSM doit aider à décloisonner les acteurs, agir en fonction des déterminants sociaux et de l’environnement. Cela passe aussi par le développement d’actions de prévention. Comme ces groupes de parole mis en place au service municipal d’aide à domicile de ­Mérignac pour le personnel confronté à des situations de souffrance. Les agents peuvent avoir besoin d’une aide pour que cela ne les impacte pas trop.

Autre exemple à Nice (06), où la moitié des agents d’accueil de la ville a reçu une formation sur la santé mentale et les préjugés. Cela favorise une «culture de santé mentale bienveillante », souligne Jean-Yves Giordana, chef de pôle de psychiatrie générale au centre hospitalier Sainte-Marie.  
 

Prévenir le risque suicidaire : Saint-Quentin (Aisne)

La cheffe du pôle gériatrie à l’hôpital de Saint-Quentin, Béatrice Berteaux, adjointe chargée de la santé à Saint-Quentin (55 000 hab., Aisne), confirme l’intérêt des formations. Elle voit combien «la démence est une souffrance pour tout le monde et combien une posture, un comportement peu adéquat peut entraîner, ou non, des problèmes ».

Le CLSM n’est pas encore officiellement mis sur pied sur ce territoire. Mais les axes prioritaires d’intervention sont déjà définis. L’un d’eux porte sur la prévention du risque suicidaire des jeunes. La crise sanitaire a exacerbé «l’angoisse » de certains jeunes. Béatrice Berteaux n’imagine pas passer à côté de ce sujet majeur.

« Notre contrat local de santé, adopté en juillet 2021, a placé la santé mentale et environnementale comme priorité transversale. Le CLSM est la deuxième étape qui nous permet de construire des actions adaptées en direction des jeunes, en complément avec une maison des adolescents qui doit ouvrir dans quelques mois. » Actions d’information pour les collégiens, les étudiants, vacations de psychologues, groupe ressources pour faire remonter une situation, etc., sont autant de projets.


Garantir l’accès aux soins Bailleul (Nord)

Les projets en santé mentale peuvent se développer si et seulement si l’offre sanitaire existe. Or, la situation du secteur psychiatrique est catastrophique, alerte Nicolas Lefebvre, adjoint au maire de Bailleul (15 404 hab., Nord). Il compte sur ses collègues présidents de conseils de surveillance d’établissements publics de santé mentale (EPSM) pour construire une action commune. Lui préside celui des Flandres.

La démographie médicale, le numerus clausus, la concurrence entre hôpitaux, tout joue en défaveur de la psychiatrie. «On ne peut pas se reposer sur le seul ambulatoire (les centres médico-psychologiques) car nous aurons toujours des personnes pour lesquelles une hospitalisation est nécessaire à un temps T. Mais cela va devenir de plus en plus compliqué. » L’élu appréhende la fermeture de 60 lits sur l’arrondissement de Dunkerque, couvert par l’EPSM Flandres (200 000 hab.). Déjà deux secteurs sur les six n’ont plus de psychiatre. Il n’y a donc plus d’hospitalisation d’office de proximité possible, déplore l’élu.
 

Boîte à outils

Le Centre national de ressources et d’appui aux contrats locaux de santé mentale (CLSM) organise une rencontre nationale des CLSM couplée avec des journées d’études de l’association Élus, santé publique et territoires (ESPT). Il accompagne la création et les premiers pas des CLSM. Il peut aussi aider les élus à sensibiliser leurs collègues du conseil municipal, parfois hésitants à s’engager.
En savoir + : brochure «Élus locaux, la santé mentale vous concerne ! ». https://espt.asso.fr/
En savoir + :
• «La santé mentale dans la cité », une brochure AMF, ministère de la Santé et Psycom. www.psycom.org
• «Élus locaux, la santé mentale vous concerne ! Pourquoi ? comment agir ? Les conseils locaux de santé mentale », brochure de l’ESPT et du CCOMS. https://espt.asso.fr/
Centre collaborateur de l’OMS pour la recherche et la formation en santé mentale (CCOMS).
• Association Élus, santé publique et ­territoires. [email protected]
• L’Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques dispose de délégations départementales et régionales que les élus peuvent solliciter.
• Synthèse et vidéo du forum «Agir pour la santé des habitants » tenu lors du 103e Congrès de l’AMF.

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Cet article a été publié dans l'édition :

n°398 - FÉVRIER 2022
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