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Maires de France
Solutions locales
février 2023
Santé Sécurité - sécurité civile

Gaz hilarant : Hérouville-Saint-Clair se mobilise

La ville (22 555 habitants, Calvados) a décidé d'agir contre la consommation de capsules de protoxyde d'azote par un public de plus en plus jeune.

Par Emmanuelle Stroesser
Illustration
Les cartouches de protoxyde d'azote sont régulièrement ramassées dans des caves.
Le détournement des capsules dédiées notamment à la réalisation de crèmes chantilly n’est pas nouveau. Il a même été présenté comme assez festif, voire récréatif. Jusqu’à ce que la vente aux mineurs et l’incitation à sa consommation soient interdites par la loi n° 2021-965 du 1er juin 2021 (en témoigne un épisode de Tintin et le lac aux requins où ce gaz apparaît sous la forme de l’hilarité irrésistible qu’il provoque, rappelle la sénatrice Jocelyne Guidez à l’origine de la loi).

Le maire d’Hérouville-Saint-Clair (23 000 hab., Calvados), Rodolphe ­Thomas, a, lui, pris un arrêté dès octobre 2020 interdisant de vendre ou d’offrir sur la voie publique à des moins de 18 ans du protoxyde, quel que soit son conditionnement. « Nous ne sommes pas plus touchés que d’autres mais nous avons choisi de ne pas cacher ce phénomène pour éviter qu’il n’empire, même si c’est au risque d’une mauvaise publicité pour la ville. »

et usage, estimé à 6 % des élèves de troisième, s’est beaucoup accentué chez les plus jeunes, jusqu’à une consommation « assidue » pour certains (un constat étayé par l’enquête nationale en collège et en lycée chez les adolescents sur la santé et les substances, EnCLASS, 2021). 

L’arrêté municipal «nous a permis d’agir surtout vis-à-vis des mineurs », reprend Ludovic Fontaine, chef de la police municipale. «On a aussi demandé aux commerçants de vérifier l’âge des clients. » Même si la lutte est difficile avec le e-commerce où l’approvisionnement devient « incontrôlable et incontrôlé ».

Régulièrement encore, les services propreté de la ville ramassent, dans des lieux publics, des caves, les «cadavres » qui sont soit des petites cartouches pour siphon, soit, de plus en plus, des bonbonnes « de la taille d’un extincteur », ainsi que des ballons qui servent à les inhaler. La police municipale participe à la sensibilisation des jeunes. Elle profite de la semaine de la sécurité routière, en mai, pour aborder le problème lors de ses interventions auprès de collégiens. « Les principaux de collèges et proviseurs ont compris l’importance de la prévention et de la pédagogie qu’il faut faire », apprécie l’élu. 

Le but de ces interventions est de sensibiliser aux risques et de signaler l’existence d’un numéro vert (lire ci-dessous). Le service animation jeunesse de la ville a, lui, pour consigne « de rappeler en toutes occasions les messages de prévention ».
 

Prendre soin de la santé mentale

Face au «manque de sensibilisation et de campagne d’information à l’échelle nationale », le maire a choisi de mobiliser l’EPCI. La commune travaille ainsi à une campagne à l’échelle des 48 communes de Caen la mer, « car ce problème ne se limite ni à un quartier ni à une catégorie socio-professionnelle », insiste le maire.

L’enjeu est d’aider jeunes, parents et adultes à repérer les « signaux faibles » permettant d’identifier un risque d’addiction. La police municipale intervient lorsque des groupes de consommateurs sont signalés. 

Pour le maire, la jeunesse se sent de plus en plus mal, au cœur d’une société de plus en plus individualiste et dans un environnement anxiogène (crise sanitaire, guerre, etc.). 

C’est pourquoi la ville monte un contrat local de santé mentale (CLSM), avec des partenaires variés (agence régionale de santé, professionnels de santé, polices municipale et nationale, bailleurs sociaux…). Le but est de mener « un travail au long cours », insiste le maire, persuadé que la réponse aux troubles psychologiques des jeunes fait partie de la réponse à la prévention de conduites addictives. 
Ce qui le met face à un autre problème : celui de la pénurie de professionnels. « Il faut deux ans d’attente pour une première consultation en centre médico-­psychologique pour enfants et adolescents ! », déplore l’élu.  
 

Les dangers liés à la consommation
Le protoxyde d’azote est un produit licite (utilisé dans le milieu médical pour ses propriétés anesthésiantes et analgésiques), inscrit comme substance vénéneuse dans la liste des médicaments. La fiche descriptive de ses effets sur le site www.drogues-info-service.fr est édifiante.

Une consommation de fortes doses peut entraîner des risques neurologiques graves (avec atteinte de la moelle épinière et du système nerveux) et irréversibles, une anémie, des troubles psychiques, cardiovasculaires et une addiction facilitée par le faible coût et la disparition rapide des effets fulgurants (hilarité notamment). Tél. 0 800 23 13 13.

 

A lire aussi : 

  • Travailler avec…la Mildeca La Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Midelca) 

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Cet article a été publié dans l'édition :

n°408 - JANVIER 2023
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