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Maires de France
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juillet 2022
AMF Santé

Santé. Les urgences ne se limitent pas à l'été

Si les mesures de la mission flash ont toutes été entérinées, les maires demandent des décisions à plus long terme pour un accès aux soins pour tous.

Emmanuelle Stroesser
Illustration
© Lilian Cazabet/Hans Lucas/Hans Lucas via AFP
Pour désengorger les urgences, le gouvernement prévoit de renforcer les équipes de régulation médicale en y adjoignant des médecins libéraux.
Régulation des admissions aux urgences, mutualisation territoriale des urgences, déploiement d’unités mobiles de télémédecine, appui sur tous les professionnels de santé libéraux d’un territoire, majorations d’indemnités… Ces mesures figurent dans la liste des 41 recommandations de la «boîte à outils d’urgence pour cet été » remises au gouvernement, le 30 juin, par la mission flash présidée par le Dr François Braun, installée fin mai par le chef de l’État. La Première ministre a choisi de les reprendre en «totalité » dès le lendemain. C’est même le président de Samu-Urgences de France qui va les mettre en œuvre puisque François Braun a été nommé ministre de la Santé et de la Prévention, le 4 juillet, à la place de Brigitte Bourguignon.

La situation s’est en effet aggravée en l’espace de quelques mois. Depuis les premières alertes sur les fermetures temporaires d’urgences dans des centres hospitaliers, faute de personnel. Comme dans le Centre-Val de Loire, début mai, où les urgences du Centre hospitalier intercommunal Amboise-Château-Renault (37) ont annoncé qu’elles fermaient désormais la nuit pendant le week-end face à la pénurie de médecins pour les nuits de garde. Les urgences de Montmorillon (86) ont fermé deux fois en avril. Les difficultés de recrutement concernaient cette fois des infirmières.
 

120 fermetures totales ou partielles

L’annonce, le 17 mai, de la fermeture, la nuit, des urgences du CHU Pellegrin de Bordeaux (33), «sauf aux patients orientés par le 15 », a fait l’effet d’un coup de massue car l’établissement est l’un des cinq plus gros centres hospitaliers. Début juillet, les annonces de fermeture ou de restriction d’accès sur une journée aux «seules urgences vitales », comme à Sarlat (24) pour la deuxième fois en quinze jours, continuaient à un rythme quasi quotidien.

Fin juin, près de 120 fermetures totales ou partielles des services hospitaliers étaient ainsi comptabilisées à l’échelle nationale, selon l’AMF. Le système craque de partout. «Cet été, il n’y a pas que les services d’urgence qui risquent de fermer… », ont ainsi prévenu les psychiatres, fin juin. La carence d’effectifs médicaux, déjà évaluée à 30 %, «se creuse de mois en mois en raison de départs de psychiatres en cascade, entraînant des cadences de travail insoutenables ».

Frédéric Chéreau, maire de Douai (59) et co-président de la commission santé de l’AMF, rappelle que 15 % des Français n’ont plus de médecin traitant. «J’ai vu des personnes presque en larmes me dire : “je n’ai plus de médecin traitant ! comment fait-on ?” », témoigne-t-il. Pour ces personnes, les urgences sont le seul recours… Dans ce contexte, les maires réunis le 22 juin lors de la commission santé de l’AMF, avec certains membres de la mission flash, attendaient certes des mesures pour éviter que les urgences n’explosent cet été, comme l’expliquait Frédéric Chéreau : les services de santé ne sont en effet pas à l’abri des effets d’un risque caniculaire, comme les fortes chaleurs de juin l’ont rappelé, ou d’une reprise du Covid, comme le rebond de la contamination le laissait craindre, fin juin-début juillet. Mais ils attendaient aussi des mesures structurelles de long terme destinées à garantir un accès aux soins pour tous.
 

Impliquer les médecins généralistes

Or, les élus restent sur leur faim. La régulation des urgences est l’axe clé des solutions préconisées par la mission flash pour cet été. «Avant de vous déplacer, appelez ! » : ce slogan proposé par la mission Braun a été repris par le gouvernement, qui demande donc aux patients d’appeler le 15 pour être «mieux orientés ». Pour cela, le gouvernement prévoit de «renforcer » les équipes de régulation médicale en y adjoignant des médecins libéraux. Il faut «réserver les urgences adultes aux personnes qui en ont réellement besoin », justifiait déjà la direction du CHU Pellegrin de Bordeaux, en mai.

Mais élus et urgentistes rappellent que l’embolie des urgences est aussi due au manque de solutions en aval. Comme la disponibilité de lits dans les autres services, de places en Ehpad pour les personnes âgées, etc. «L’engorgement des urgences est le symptôme, c’est la partie immergée de l’iceberg qui signale qu’il y a un système à repenser en entier », estime Frédéric Chéreau. Pour répondre notamment à la difficulté provenant du fait «qu’une partie de la médecine de ville ne souhaite pas participer à la permanence des soins ». Pour éviter l’engorgement des urgences, le gouvernement, sur proposition de la mission, va donc «inciter » les médecins généralistes à «prendre les patients qui leur sont adressés par le 15 », en autorisant «une majoration de 15 euros par consultation ».

L’État va autoriser l’ouverture des maisons médicales de garde les samedis matins. La télémédecine va être encouragée. Mais les élus refusent un développement à long terme de la médecine à distance «qui, pour moi, ne doit rester qu’une solution palliative. Rien ne pourra remplacer le contact humain », souligne Frédéric Chéreau, ardent défenseur du développement de la médecine de ville. Pour renforcer les effectifs dans les hôpitaux, le gouvernement retient la proposition de la mission de permettre aux médecins libéraux d’y exercer «une partie de leur temps » et d’encourager le recours aux professionnels de santé retraités et étudiants.
 

Répondre aux attentes des Français et des professionnels de santé

Les services de la Première ministre indiquait, en juillet, à Maires de France, que ces premières mesures «concrètes et immédiates pour passer la période estivale », ciblées «sur une durée de trois mois », devaient être suivies par d’autres mesures «de long terme » pour «répondre aux attentes des Français et des professionnels de santé ». Ce que les élus attendent surtout, c’est d’être conviés «autour de la table » des discussions. Car au-delà des trois mois d’été, «c’est l’accès aux soins qui est menacé », insiste Frédéric Chéreau.

Les maires ont des idées à proposer (lire ci-dessous) et une légitimité à faire valoir, comme l’épisode du Covid l’a montré, souligne l’élu. L’idée évoquée par Matignon d’un nouveau groupe de contact pour un dialogue régulier entre Matignon, le ministère de la Santé et les associations d’élus (dont l’AMF) était accueillie, début juillet, comme une piste prometteuse à concrétiser.

Les maires insistent aussi sur le fait que la santé se joue au quotidien dans les communes. «Deux tiers des déterminants de santé ne sont pas médicaux ! C’est ce qu’on mange, l’air qu’on respire, le logement où on habite, l’activité physique, la santé mentale, la sociabilité… et sur tout cela, les maires ont la main », développe Frédéric Chéreau. Selon lui, une autre approche de la santé – davantage préventive – est nécessaire. L’appellation du nouveau ministère de la Santé «et de la Prévention » est un premier pas. Tout comme la volonté de la Première ministre, Élisabeth Borne, qui a proposé, dans sa déclaration de politique générale, le 6 juillet, de construire une offre de santé «adaptée » dans chaque territoire, et de lancer, partout en France, dès septembre, «des concertations pour lutter contre les déserts médicaux, notamment avec les maires ».
 

Les maires montent au créneau
« Le temps est venu d’oser une plus forte territorialisation des politiques de santé, au plus près des besoins des citoyens, de renforcer et reconnaître l’échelon de proximité pour mieux coordonner l’hôpital public et privé, la médecine de ville, le médico-social et le social. » La déclaration est signée du président de l’AMF, le 22 juin.

Déterminés à préserver le maillage des hôpitaux locaux (…), les maires veulent être concertés «avant toute fermeture de service hospitalier public ». Leur place doit être «renforcée » au sein de la gouvernance des hôpitaux, et celle-ci révisée.

Les maires demandent une «réflexion plus large » avec «les acteurs afin de rétablir la permanence des soins en ville », notamment pour les soins non programmés. «On doit aider à ce que les médecins se concentrent sur les tâches médicales », martèle Frédéric Chéreau. Il s’agit aussi d’éviter la concurrence entre les territoires et la surenchère qu’elle entraîne pour attirer des professionnels de santé, dont certains «médecins mercenaires » bien avisés.

 

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Cet article a été publié dans l'édition :

n°403 - JUILLET-AOÛT 2022
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