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Maires de France
Solutions locales
octobre 2021
Citoyenneté Social Transports, mobilité, voirie

Il s'engage pour l'accessibilité dans les petites communes

Paraplégique à 22 ans, l'élu a créé une charte et un « kit d'accessibilité » à moindre coût pour inciter les petites communes à s'engager.

Emmanuel Guillemain d'Echon
Illustration
Yann Jondot, premier adjoint au maire de Langoëlan (Morbihan, 420 habitants) : " Il est plus facile de gravir le Kilimandjaro (5 895 mètres) que d'accéder à la préfecture en fauteuil. "
Quand Yann Jondot devient maire, en 2014, c’est un des rares édiles en fauteuil roulant à accéder à cette fonction. Problème : la mairie, il ne peut pas y accéder. La loi handicap a été votée en 2005 mais peu appliquée. Les agendas d’accessibilité programmée permettent de repousser encore de dix ans la mise en accessibilité des bâtiments publics. Pas question, pour le nouvel élu, d’attendre encore ; il décide de s’attaquer au problème, tout en tenant compte du manque de moyens des petites communes comme la sienne.

Il enchaîne les coups médiatiques pour faire connaître sa cause : en 2017, ce sportif handisport de haut niveau fait l’ascension du Kilimandjaro, le plus haut sommet africain, pour «montrer qu’il est plus facile de gravir 5 895 mètres que d’accéder à la préfecture » en fauteuil. Son dynamisme est vite remarqué. Il est nommé ambassadeur à l’accessibilité par l’Association des maires et présidents d’EPCI de Bretagne, avant d’être nommé, en 2018, ambassadeur national par la secrétaire d’État en charge des Personnes handicapées, Sophie Cluzel.

Cette visibilité lui permet de mettre en place des solutions efficaces et pragmatiques à grande échelle : il propose d’abord aux élus voisins de venir les voir pour évaluer la situation de leur commune, et de signer une charte de l’accessibilité qui les engage à agir.
 

Un déclic pour les élus

Première étape : une visite de la commune… en fauteuil roulant, pour le maire qui reçoit aussi, afin qu’il se rende compte par lui-même des problèmes qui peuvent se poser au quotidien. Les agents des services techniques et les habitants en situation de handicap sont conviés. À la suite de la visite, un autocollant évaluant le score de la commune est apposé sur le panneau d’entrée de la commune.

Yann Jondot leur propose aussi des «kits d’accessibilité » afin d’améliorer la vie des personnes handicapées sans réaliser de gros travaux (lire ci-dessous). Le plus emblématique est une rampe mobile et légère qui permet de passer une ou deux marches en fauteuil et peut se porter à la main. «À Langoëlan, il aurait fallu 80 000 euros pour aménager nos quatre chapelles,  ouvertes un jour par an ; la rampe nous a permis de les ouvrir pour 1 000 euros », explique l’élu. De plus, elle peut servir pour les autres bâtiments publics.

Pour Yann Jondot, ce «kit de motivation » n’est pas le plus important : la charte agit comme un «déclic » pour les élus car elle leur demande de nommer un référent qui va se former sur la question, faire des visites à domicile, informer leurs administrés des financements accessibles pour aménager leur logement, qu’ils ignorent souvent…

Langoëlan a été le laboratoire de solutions facilement réplicables : outre les rampes, deux maisons adaptables ont été construites pour un coût de 105 000 euros chacune, quasiment intégralement subventionnées ; les trottoirs ont été aménagés, la commune est passée en zone 30 avec priorité aux piétons ; les allées du cimetière couvertes de tissu géotextile (+ 70 % de fréquentation) et l’église entourée de dalles en béton – «comme elles sont démontables, les Bâtiments de France ont dit oui ! »

La charte a été signée par les associations des maires des autres départements bretons, puis de l’Yonne. Devenu premier adjoint en 2020, Yann Jondot a repris  son bâton de pèlerin et enchaîne les visites dans les Hauts-de-France, en Savoie et en Bourgogne.
 

Des kits d'accessibilité

Pour un coût moyen de 1 500 euros (subventionné à 50 % via la DETR, dans le Morbihan), les élus peuvent faire l’acquisition d’une rampe mobile, couplée à une sonnette placée à l’extérieur du bâtiment pour en demander le déploiement. Il n’y a pas que le fauteuil roulant : «il faut attirer l’attention sur les handicaps invisibles », insiste le maire Yann Jondot. Le kit comprend donc un amplificateur sonore pour les malentendants, lui aussi mobile et une borne sonore pour les malvoyants.

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Cet article a été publié dans l'édition :

n°394 - OCTOBRE 2021
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