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mai 2022
Développement économique Vie locale

Aveyron : tous soudés pour sauver une fonderie

Dans le bassin de Decazeville (5 300 hab., Aveyron), la fermeture de la Société aveyronnaise de métallurgie mobilise les élus, qui se battent, depuis fin 2021, aux côtés des salariés, pour une reprise du site.

Sarah Finger
Illustration
© Mairie de Decazeville
Le 26 novembre 2021, le tribunal de commerce de Toulouse prononçait la liquidation judiciaire de la fonderie SAM (333 salariés). Pour dénoncer l'inertie du gouvernement, des élus locaux ont accroché leurs écharpes au portail du site lors d'une manifestation contre la fermeture.
Le couperet est tombé le 26 novembre dernier : le tribunal de commerce de Toulouse annonçait alors la liquidation judiciaire de la Société aveyronnaise de métallurgie (SAM), équipementier automobile employant 333 salariés. L’avenir de cette fonderie semblait bien incertain depuis qu’il était lié à un unique client, Renault. Mais personne ne voulait envisager le pire, notamment à Viviez (1 200 hab.), commune sur laquelle est implanté ce site industriel : «  Cette nouvelle nous a laissés écœurés », résume Jean-Louis Denoit, son maire.

La commune d’Aubin (3 800 hab.), membre tout comme Viviez de Decazeville communauté, est, quant à elle, située à 4 km du site. Son maire, Laurent Alexandre, explique que 41 familles sont directement concernées par la fermeture de la SAM, sans compter les emplois indirects et les prestataires. «  Tout le monde est effondré, raconte-t-il. Depuis les années 1960, on plie nos industries, les services publics ferment… C’est inacceptable. »

Au-delà de ces communes, l’ensemble du bassin se désespère : «  Cette nouvelle catastrophique représente un coût terrible pour notre territoire, dénonce François Marty, maire de Decazeville et président de Decazeville communauté. En 50 ans, notre ville est passée de 10 000 à 5 300 habitants… Et notre EPCI va perdre environ 400 000 € de taxes par an. Cet énorme manque à gagner impactera nos investissements et donc les perspectives d’emploi. »

Dès l’annonce de cette liquidation, les élus se sont mobilisés. «  Les salariés de la SAM attendent que l’on se batte avec eux. Ils nous demandent un soutien politique. Ils veulent vivre de leur travail, explique Laurent Alexandre. Nous, élus, sommes partie prenante dans cette crise. » Ensemble, ils ont manifesté à plusieurs reprises aux côtés des salariés, interpellé le conseil régional d’Occitanie, multiplié les courriers à l’état pour trouver un repreneur : «  Tous les élus sont montés au créneau, quelle que soit leur tendance politique », raconte François Marty. Des ministres se sont rendus sur place tandis que «  les élus locaux sont montés plusieurs fois à Paris pour rencontrer des officiels. Depuis l’annonce de cette fermeture, il n’y a pas eu un jour sans que je passe du temps sur ce dossier. »
 

Solidarité avec les salariés

Le 7 janvier 2022, une trentaine de maires, adjoints, conseillers municipaux et départementaux accrochaient symboliquement leurs écharpes tricolores devant l’usine afin de protester contre l’inertie du gouvernement. «  C’était un geste fort visant à réveiller nos politiques », explique Laurent Alexandre. Les salariés de la SAM, eux, se relayaient dans l’usine depuis l’annonce de la liquidation judiciaire, afin que l’outil industriel ne soit pas vendu aux enchères.

Saisi par les mandataires liquidateurs, début mars, le tribunal de Rodez leur avait ordonné, le 29 mars, de libérer les lieux au plus tard le 5 avril, jugeant cette occupation illicite. C’est le 25 avril que les salariés ont mis fin à l’occupation du site. Une cagnotte a été mise en place pour les soutenir : chacun peut y contribuer, sur ses deniers personnels, et les élus n’ont pas hésité à y participer.

À Aubin, une subvention exceptionnelle a été votée par le conseil municipal, en décembre, pour les salariés de la SAM qui résident dans le village. «  Cette aide, qui s’élève à 3 800 €, soit 1 € par habitant, sera versée à l’organisation syndicale de l’usine et va servir à l’ensemble des salariés », précise Laurent Alexandre. Decazeville s’apprête également à voter une subvention communale.

Au-delà de ces aides politiques et financières, les élus soutiennent moralement les salariés : «  Je passe les voir plusieurs fois par semaine, poursuit Laurent Alexandre. Prendre du temps à leurs côtés nous permet d’entendre leur colère, leur désarroi et leur amener un peu d’espoir. » Après 154 jours d’occupation de l’usine, l’espoir est en effet bien là : une fonderie du Lot souhaite investir sur ce site (lire ci-dessous). Les études vont être lancées. Une décision devrait être prise en juin-juillet.

 

INTERVIEW
Jean-Louis Denoit,
maire de Viviez (12)
« Cette annonce est un coup
de poignard »
Que représente la Société aveyronnaise de métallurgie (SAM) pour votre village ?
Cette fonderie se situe sur un site de six hectares à cheval sur la commune de Decazeville et notre village. Elle représente l’une des dernières usines importantes de notre bassin, si ce n’est la dernière. Une trentaine de familles de Viviez sont touchées par la fermeture de cette fonderie.
Nous ne subissons pas encore de répercussions, par exemple sur nos commerces ou nos écoles. Mais de tels problèmes risquent de surgir d’ici deux ou trois ans et concerner l’ensemble du territoire.

Comment avez-vous vécu l’annonce de cette fermeture ?
Depuis cinq ans, cette entreprise traverse de nombreuses difficultés, avec notamment le rachat catastrophique par un groupe chinois (NDLR : la SAM avait été placée en redressement judiciaire une première fois en 2016, avant d’être rachetée par un groupe chinois, parti en 2019). Alors qu’elle comptait autrefois une cinquantaine de clients, la SAM est progressivement entrée dans un entonnoir pour ne plus dépendre que de Renault. Moi qui suis maire depuis 2001, je n’ai donc pas du tout été surpris de l’évolution de la situation.

Il n’empêche que nous avons reçu cette annonce comme un coup de poignard. Dans ce territoire né du charbon, tant d’entreprises ont déjà mis la clé sous la porte ! C’est un coup supplémentaire porté à notre tissu économique. Imaginez : nous en sommes à la troisième génération de salariés mis dehors.

Comment vous êtes-vous impliqué dans ce dossier ?
Avec d’autres élus, nous sommes allés au ministère de l’économie en décembre et nous avons activé nos réseaux pour tenter de faire avancer toutes les pistes de reprise pour ce site. Nous avons également alimenté, avec nos fonds personnels, une cagnotte pour les salariés de la SAM. Ici, la culture du travail demeure une valeur vivace, et j’espère que ce dossier va pouvoir vite rebondir.

 

Les acteurs clés
L’État : en décembre 2021, la préfète a mis en place un comité de pilotage afin d’assurer le suivi des différents dispositifs mis en œuvre (cellule de soutien psychologique, contrat de sécurisation professionnelle, fonds exceptionnel d’accompagnement et de reconversion des salariés licenciés…). Un préfet honoraire a également été chargé de gérer les conflits liés au licenciement des salariés. Les élus sont restés en contact permanent avec la préfecture et la sous-préfecture.

La région Occitanie : le conseil régional s’est investi dans ce dossier dès la fin novembre, notamment dans la recherche d’éventuels repreneurs. Le 18 février, la commission permanente de la région votait une aide de 1,2 million d’euros pour la réalisation d’études concernant le projet de création d’une nouvelle unité de production sur le site de la SAM.

Les salariés de la SAM : dès l’annonce de la fermeture, ils ont occupé jour et nuit leur usine. Cette présence a permis de faciliter les contacts avec les élus et les médias, de peser dans les discussions avec les pouvoirs publics et de préserver leur outil de travail. Les lieux ont été libérés le 25 avril, après 154 jours d’occupation.

 

Vers un bassin d'emploi revitalisé ?
Mi-décembre 2021, le gouvernement a confié une mission de coordination pour la revitalisation du territoire de Decazeville à Jean-Pierre Floris, ancien délégué interministériel chargé de la restructuration industrielle. Le 18 février, le point d’étape de cette mission apportait plusieurs éléments encourageants : 200 offres d’emploi ont été recensées dans un rayon de 25 km auprès d’entreprises prêtes à assurer une formation aux salariés de la SAM et à faciliter leur transport.

D’ici à juin 2022, des investissements supérieurs à 90 M€ sur trois ans seront lancés, sur une vingtaine de projets industriels afin de créer, dès cette année, 150 emplois. Enfin, la région (à hauteur d’1,2 M€) et l’état (200 000 €) soutiennent l’étude d’une reprise partielle du site de la SAM par le groupe lotois MH Industries, tandis que Business France, structure chargée de la promotion et du développement des entreprises françaises, contactera 200 entreprises à travers le monde pour leur présenter ce site industriel aveyronnais. Objectif : une réouverture de la fonderie en 2023.

 

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Cet article a été publié dans l'édition :

n°401 - MAI 2022
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