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31/03/2026 MARS 2026 - n°443
Environnement Santé Sécurité - sécurité civile Tourisme

Le maire et la rave-party

Maire de Fontjoncouse (139 habitants, Aude), Christophe Téna n'a pu retenir, en août 2025, à l'occasion d'une rave party, l'envahissement de terrains qui avaient brûlé peu avant.

Propos recueillis par Bruno Leprat
Christophe Téna, maire de Fontjoncouse (139 habitants, Aude) : " Le site squatté est desservi par deux routes où les gendarmes filtrent, verbalisent. "
© Capture vidéo YouTube/CàVous ; Facebook Ambitions Corbières
Christophe Téna, maire de Fontjoncouse (139 habitants, Aude) : " Le site squatté est desservi par deux routes où les gendarmes filtrent, verbalisent. "

 

Chantage

« Je me souviens de cette invasion. Il est 22 heures, un vendredi d’août 2025, et mes chiens aboient. Je sors. Sur la route, je vois devant chez moi des camions aménagés, couverts de stickers bariolés, qui défilent. Ils montent vers l’arrière de mon terrain, en direction des espaces qui ont brûlé récemment. Je comprends tout de suite.

Je bloque la route avec ma voiture et j’appelle les gendarmes. Ils ne savent rien. Trois d’entre eux arrivent vite et placent leur véhicule pour entraver le flux. Aussitôt, ceux que j’appellerai les “teufeurs” bloquent une route départementale, à quelques kilomètres. “Laissez-nous passer, disent-ils, et on la  débloque.” Du chantage. Certains veulent renverser nos voitures, le climat est tendu. Un arrêté interdisait l’accès à ces terrains. »
 

Préfet

« Les teufeurs finissent par gagner leur bras de fer et, sur ordre du préfet, à 2 heures du matin, nous rangeons nos voitures sur le bas-côté, aux côtés des gendarmes. Les camionnettes reprennent leur cours, la départementale est libérée. Toute la nuit, je reste debout, la rate au court-bouillon.

À 3 heures, appel du préfet. “Nous ne les avons pas stoppés, me dit-il. Il y aurait eu des incidents : je fais tout pour remédier à la situation.” Je vais voir où sont les fêtards. Ça ne loupe pas, ils sont sur une plaine agricole, au cœur des 16 000 hectares calcinés deux semaines auparavant. Ils dansent sur des cendres. Les propriétaires sont furieux, moi je n’ai pas la main. Retors et énervés, ces jeunes – parfois des familles – se sont installés sans égard dans nos espaces martyrisés. »
 

Dégâts

« Le site squatté est desservi par deux routes où les gendarmes filtrent, verbalisent – et il y a de quoi. Trois autres accès sont fermés. Des teufeurs se garent n’importe où, marchent, rejoignent leurs amis.

Samedi, la “teuf” bat son plein. Drogue et alcool au menu. Des propriétaires creusent des tranchées pour empêcher l’accès aux camionnettes : elles sont aussitôt rebouchées. La musique excède le village – “boom boom”. Dimanche, les propriétaires veulent négocier. “On est chez nous”, disent les teufeurs. Échauffourées.

Pareil le lundi. Certains proposent de l’argent pour rester. Le préfet m’appelle : “Demain, on intervient.” J’en informe les propriétaires. Mardi 14 heures, les CRS sont bien là. Tout l’après-midi, ils enlèvent les combis et verbalisent. Nous faisons le tour du site. Infect : excréments, canettes, piquets détruits, clôtures arrachées. Tout est à nettoyer, la mairie mobilisera ses moyens. »

 

Ce qu’il retient
Prudence. «Comme avec les gens du voyage ou les auteurs de dépôts sauvages, la prudence est requise pour nous, maire. Cela dérape vite. Il y a des provocateurs. Je conseille de faire confiance aux forces de l’ordre et au représentant de l’État – même si c’est long. »
Prévention. «Depuis cette “teuf ”, les habitants sont hyper-vigilants. Un véhicule stationné ? Aussitôt ils lui rendent visite. Ce qu’il s’agit d’éviter, c’est l’installation quelques jours avant d’enceintes et de matériel hifi – le “mur du son”. C’est la clé. »
Impunité. «Ces fêtards sont des sauterelles, ils ravagent sans conscience, et même si un terrain est prêté, ils vont ailleurs. Quant aux procès-­verbaux pour détention de drogue ou défaut d’assurance, ils ne les paieront pas. La plupart viennent d’Espagne ou d’Italie où la loi s’est durcie. Nous devenons leur terrain d’exaction. »

 

Remerciements
« J’étais découragé d’avoir laissé passer les teufeurs, mais la situation s’est retournée grâce à l’intervention du préfet – que je remercie – et des CRS. La rave a duré trois jours, les teufeurs prévoyaient de rester une semaine.
Merci aux propriétaires pour leur patience, ils ont vu ces pseudo-pacifistes les agresser – il y avait des fusils – et se moquer de la loi. Leur lien est fort avec ces terrains hérités de leurs aïeux.
En revanche, je regrette l’absence de l’Office français de la biodiversité, pourtant concerné. Et depuis, rien.» 

 

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Cet article a été publié dans l'édition :

n°443 - MARS 2026
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