« Je me souviens de cette invasion. Il est 22 heures, un vendredi d’août 2025, et mes chiens aboient. Je sors. Sur la route, je vois devant chez moi des camions aménagés, couverts de stickers bariolés, qui défilent. Ils montent vers l’arrière de mon terrain, en direction des espaces qui ont brûlé récemment. Je comprends tout de suite.
Je bloque la route avec ma voiture et j’appelle les gendarmes. Ils ne savent rien. Trois d’entre eux arrivent vite et placent leur véhicule pour entraver le flux. Aussitôt, ceux que j’appellerai les “teufeurs” bloquent une route départementale, à quelques kilomètres. “Laissez-nous passer, disent-ils, et on la débloque.” Du chantage. Certains veulent renverser nos voitures, le climat est tendu. Un arrêté interdisait l’accès à ces terrains. »
« Les teufeurs finissent par gagner leur bras de fer et, sur ordre du préfet, à 2 heures du matin, nous rangeons nos voitures sur le bas-côté, aux côtés des gendarmes. Les camionnettes reprennent leur cours, la départementale est libérée. Toute la nuit, je reste debout, la rate au court-bouillon.
À 3 heures, appel du préfet. “Nous ne les avons pas stoppés, me dit-il. Il y aurait eu des incidents : je fais tout pour remédier à la situation.” Je vais voir où sont les fêtards. Ça ne loupe pas, ils sont sur une plaine agricole, au cœur des 16 000 hectares calcinés deux semaines auparavant. Ils dansent sur des cendres. Les propriétaires sont furieux, moi je n’ai pas la main. Retors et énervés, ces jeunes – parfois des familles – se sont installés sans égard dans nos espaces martyrisés. »
« Le site squatté est desservi par deux routes où les gendarmes filtrent, verbalisent – et il y a de quoi. Trois autres accès sont fermés. Des teufeurs se garent n’importe où, marchent, rejoignent leurs amis.
Samedi, la “teuf” bat son plein. Drogue et alcool au menu. Des propriétaires creusent des tranchées pour empêcher l’accès aux camionnettes : elles sont aussitôt rebouchées. La musique excède le village – “boom boom”. Dimanche, les propriétaires veulent négocier. “On est chez nous”, disent les teufeurs. Échauffourées.
Pareil le lundi. Certains proposent de l’argent pour rester. Le préfet m’appelle : “Demain, on intervient.” J’en informe les propriétaires. Mardi 14 heures, les CRS sont bien là. Tout l’après-midi, ils enlèvent les combis et verbalisent. Nous faisons le tour du site. Infect : excréments, canettes, piquets détruits, clôtures arrachées. Tout est à nettoyer, la mairie mobilisera ses moyens. »