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février 2021
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Le maire et le supermarché

Maire de Plouézec (Côte-d'Armor, 3 240 hab.), Jacques Mangold a réussi à déplacer un supermarché malgré l'opposition virulente de l'enseigne concurrente. Par Bruno Leprat

 

Saturation. « En 2009, le gérant de notre Intermarché me dit qu’il se sent à l’étroit dans notre cœur de village. Son magasin tourne bien, il est complémentaire de nos petits commerces. Mais il a vieilli, il est saturé l’été. Je crains qu’il s’installe sur un terrain éloigné, attire nos commerçants par de meilleures conditions de bail ou de parking avec un risque pour l’activité en centre-ville. Dès lors, je décide de lui trouver un terrain, même si nous avons peu de réserve foncière. Je me tourne d’abord vers l’EPCI pour qui le supermarché doit “rester où il est ” car, en périphérie de village, il pourrait concurrencer les commerces de villages alentour. Je ne tergiverse pas. Je songe ensuite à faciliter la reconstruction du magasin. Mais cela supposerait une fermeture pendant un an. Je renonce à l’idée. »

Déclassement. « En 2013, je me dis que la solution réside sur un terrain annexe. Communal, il est inutilisé, proche d’une route, et il est assez vaste pour accueillir le supermarché, un parking, une station-service et un drive. Nous échangerions ce terrain avec celui de l’Intermarché. Réélu en 2014, je présente le projet lors de réunions publiques, où il rencontre peu de contestations. En 2015, en lien avec le ministère des Sports, je désaffecte le terrain de sa vocation de loisirs. Début 2016, je modifie le PLU. Mais Carrefour, qui possède un magasin à quelques kilomètres, conteste l’avis positif de la commission départementale d’aménagement commercial (CDAC). Nous devons aller devant la CNAC. En juillet, l’instance lui donne raison. Elle pointe l’absence d’utilisation de matériaux locaux pour construire le magasin, et de transports pour y acheminer les habitants. Ces arguments me laissent dubitatif. »

" En 2017, la CDAC donne à nouveau un avis favorable, encore attaqué par Carrefour. Retour devant la CNAC, avec de meilleurs arguments. En juillet, elle nous donne son accord. " 

Inauguration. « Nous n’avons pas su défendre notre projet. Je dis au gérant de redéposer un permis de construire, qui tienne compte de ce qu’a dit la CNAC. En février 2017, la CDAC donne à nouveau un avis favorable, encore attaqué par Carrefour. Retour devant la CNAC, avec de meilleurs arguments. Je souligne notamment que le toit en chaume, suggéré dans le 1er avis de la CNAC, présente un risque sérieux de feu. En juillet, elle nous donne son accord : ­victoire ! ­Carrefour, bien sûr, conteste le permis de construire devant la cour administrative d’appel de Nantes. Sa requête est rejetée en novembre 2018, et l’enseigne renonce à se pourvoir en cassation. Ouf ! L’Intermarché est inauguré en septembre 2020. Je veux maintenant créer des logements sociaux et accueillir une maison médicale sur le terrain devenu vierge en centre-ville. »  

Ce qu’il retient

Rester maître de son projet : « Si je me suis autant investi dans la recherche de ce terrain, ce n’était pas pour être le majordome d’Intermarché. Je voulais que le magasin reste à portée de mes habitants et qu’il puisse se moderniser – notamment en proposant du bio ou du poisson. »
Avoir une vue globale : « Quand j’ai compris que le ­terrain annexe de foot serait le meilleur site, j’ai engagé un bureau d’études pour mener une réflexion globale sur l’aménagement du village. Le départ du magasin a laissé une friche de 6 000 m2 en plein centre-bourg, et c’est un nouveau projet qui m’attend. »
Associer la population :   « Le déplacement de l’Intermarché a donné lieu à réunions publiques. Pour réussir ces réunions, il faut les préparer, permettre le libre-échange et, quand on ne sait pas, on le dit et on diffère la réponse. Ces réunions aident à co-construire un projet. Il faut juste les organiser au bon moment. »
Remerciements
« J’ai été bien soutenu par les gérants du supermarché et leur enseigne. J’ai de la reconnaissance pour la CDAC, qui a réalisé un travail d’analyse dans ­l’intérêt général. Mais j’ai une pensée immédiate pour Alphonse Arzel, qui fut maire de Portsall (29). J’ai travaillé pour lui, comme directeur d’un syndicat de communes. Ce syndicat s’est frotté aux sociétés pétrolières pour qu’elles paient des dédommagements après le naufrage de l’Amoco Cadiz ou de l’Erika. Ce maire ne se décourageait jamais. Je pensais à lui à chaque fois que le dossier sur l’Intermarché était retardé et je me remettais au travail. » 

Cette article a été publié dans l'édition :

n°387 - FEVRIER 2021
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