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Maires de France
Solutions locales
juin 2022
AMF Europe International Social

Réfugiés ukrainiens. Organiser leur prise en charge

Près de quatre mois après le début de la guerre, élus, associations et volontaires s'activent pour les accueillir. En dépit des difficultés.

Emmanuelle Stroesser
Illustration
© Guillaume Bontemps/Ville de Paris
L'accueil des réfugiés comprend un parcours en trois étapes qui repose en partie sur les communes.
Une jeune maman et son fils de 8 ans ont été les premiers à emménager, fin avril, dans l’un des deux appartements de la résidence autonomie de la petite commune du Neubourg (4 200 hab., Eure), transformés pour accueillir des Ukrainiens fuyant les bombes. Les services techniques de la municipalité et des bénévoles s’étaient remonté les manches pour aider le CCAS à les aménager afin que les familles s’y sentent au mieux. Le CCAS de Gaillon, à 30 km de là, chargé de la répartition des réfugiés dans ce secteur du département, avait sauté sur l’occasion offerte par la commune pour y transférer cette famille. Hélène Leroy, adjointe aux affaires sociales de Neubourg, se souvient avec émotion de l’entrée dans les lieux de la maman, restée sans voix de trouver enfin un lieu d’intimité. 

Avec Marie-Noëlle Chevalier, sa collègue chargée de l’éducation, du sport et de la vie associative, elle ne se ménage pas depuis le début de la guerre. Marie-Noëlle Chevalier avait embarqué dans le convoi parti livrer du matériel médical et d’hygiène en avril. Elle est revenue avec 25 Ukrainiens. «  Plusieurs d’entre eux ont déjà réussi à trouver du travail, dans un salon de coiffure pour l’une, dans des fast-foods pour une poignée d’autres », rapporte l’élue. Autour d’elles, les réseaux de solidarité s’activent.

Une élue du CCAS du Neubourg joue le rôle de « tutrice » pour faciliter la vie quotidienne de la jeune maman et de son fils. Inscription au club de football, recherche d’un médecin, apprentissage du français… Le département de l’Eure prévoit d’accueillir près de 1 500 réfugiés. Un petit tiers était déjà arrivé en avril.

La France, comme les autres pays européens, a ouvert ses portes aux «  déplacés » (le terme est sciemment utilisé par l’Union européenne, dans le cadre du dispositif de protection temporaire) de la guerre d’Ukraine depuis le 24 février 2022. Essentiellement des femmes, des enfants, des personnes âgées. Les hommes restant mobilisés pour faire la guerre. Certains ont été recueillis dès la frontière avec la Pologne par des particuliers. D’autres sont venus par leurs propres moyens. Ou ont été pris en charge par l’État français. Ces derniers entrent alors dans le «  dispositif officiel », un parcours en trois étapes qui repose en partie sur les communes. 

À l’instar du Cantal, à près de 2 700 km de Kiev. Dans ce département, 150 personnes, dont un peu plus de 50 enfants, sont déjà arrivées. Le maire d’Aurillac (26 876 hab.) a accueilli la plupart d’entre eux et s’apprêtait à prendre en charge un nouveau groupe à la mi-mai. La ville joue en effet un rôle de «sas ». Elle a mis sa halle de Lescudilliers à disposition de l’association Forum réfugiés, mandatée par l’État sur le département. 
 

Accueil, démarches administratives et vie quotidienne

C’est là qu’a lieu la première étape du parcours. Les réfugiés y sont accueillis pour deux à trois nuits maximum, avant d’être orientés dans des hébergements collectifs sur le département, pour un mois environ. C’est la deuxième étape, celle qui donne le temps de terminer les démarches administratives et de trouver un logement où ils pourront se poser pour au moins trois mois (la troisième étape).  

La halle servait, depuis un an, de centre de vaccination contre le Covid. Elle a été transformée en lieu de vie. Avec des blocs WC/douches loués par la ville qui a aussi installé des groupes de 4/5 lits – prêtés par la Protection civile – «  pour tenter de reconstituer des cellules familiales », explique le maire, Pierre Mathonier, maire d’Aurillac (15), attaché à « être le plus convivial et rassurant possible ». En tout, 132 lits sont aménagés. La communauté d’agglomération du Bassin d’Aurillac a participé à l’équipement (jeux, télés, etc.). L’hôpital confectionne les repas, servis par des bénévoles.

La vie quotidienne se gère de façon collégiale. Le maire a créé une «  sorte de groupe de pilotage » où toutes les associations sont représentées aux côtés de la ville, de la préfecture et de l’association Forum réfugiés. «  Cela permet de se coordonner sur le nombre de bénévoles nécessaires, qui pour le repas, qui pour des animations, etc. » Cela est d’autant plus important que la halle est devenue «  un lieu de référence », où les déplacés se retrouvent la journée, «  pour un cours de français, boire un thé, parler ». Car les familles restent ensuite au moins trois semaines dans la commune, dans des centres d’accueil collectif. La résidence étudiante, l’ancien foyer de jeunes travailleurs et un institut de formation professionnelle ont mobilisé 181 lits.
 

Les difficultés d'accès au logement

Pour l’étape trois, celle du passage à une vie presque autonome, une vingtaine de logements permettant de loger 106 personnes ont été identifiés. Les équipes s’attachaient, ces dernières semaines, à aménager les non-meublés. Cette étape est celle qui monte en puissance un peu partout. Celle aussi où les premières difficultés apparaissent pour ceux qui ont été pris en charge directement par des particuliers. 

«  On le sent bien, cela commence à coincer », livre un élu. À Aurillac, une dizaine de personnes ont rejoint les dispositifs d’accueil officiels, après avoir été logées chez des particuliers. Pascal Brice, président de la Fédération des acteurs de la solidarité, confirme (lire ci-dessous) : «  La plupart des réfugiés ont été hébergés jusque-là chez des particuliers. C’est un élan de solidarité très positif. Mais cela devient problématique quand le phénomène de lassitude apparaît chez les accueillants, que le problème du coût se pose, etc. » Les associations sont appelées à prendre le relais. Or, l’accès au logement pose problème. « Nous avons obtenu que le gouvernement accorde les allocations sociales et des aides au logement dimensionnées avec les enfants », note-t-il. Mais cela ne résout pas le problème des ressources des réfugiés, insuffisantes, pour acquitter les loyers et les charges liées. 

Les élus sont assez clairvoyants sur ce point. Conscients qu’ils devront mettre la main au porte-monnaie. Ils l’ont déjà fait, sans que l’État les indemnise, en prenant en charge des frais de logistique déjà déployés. Beaucoup ont accordé des premiers mois de loyer gratuits. «  Le CCAS du Neubourg va prendre à sa charge les loyers le temps que la maman travaille, illustre Hélène Leroy. Le garçon ne paye pas la cantine. On va s’arranger avec le club de football pour son inscription. » Dans certains endroits, les élus doivent concilier l’attribution de logements sociaux aux Ukrainiens et à leurs propres habitants, dans un contexte de forte tension sur la demande. Pas simple.  

La scolarisation des enfants et des adolescents se déroule, elle, sans souci. Avec le soutien, souvent, de professeurs allophones. «  Nous avons la chance d’avoir des classes qui ne sont pas surchargées », glisse, avec un brin d’humour, le maire d’Aurillac. Mi-mai, près de 16 000 enfants ukrainiens étaient scolarisés à l’échelle nationale, dont la grande majorité (58 %) en primaire. 
 

AVIS D'EXPERT
Pascal Brice, président de la Fédération des acteurs de la solidarité et ancien directeur de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) 
« Cela devient difficile pour les associations »
«  Nous arrivons à un moment charnière. Les personnes réfugiées en France sont toujours dans l’angoisse de la guerre qui continue dans leur pays, dans l’incertitude sur la durée de ce conflit. Et donc dans l’idée que le séjour en France sera finalement long. C’est un moment de bascule difficile.

Cela devient aussi compliqué à gérer pour les particuliers qui ont très largement accueilli les réfugiés mais qui, sur la durée, s’essoufflent.

Ils se retournent vers les associations pour qu’elles prennent le relais. Mais nos associations n’ont pas davantage de logements. Ni de moyens. Elles ont dû, pour la majorité d’entre elles, ­puiser dans leurs fonds propres pour assumer la mission que l’État leur a confiée.

Il ne faudrait pas que le versement des financements prévus par l’État tarde trop. Globalement, ce qui compte maintenant, c’est que l’accès au logement fonctionne, comme la formation linguistique, l’accès à l’école, à la santé ou au travail. »
© Fédération des acteurs de la solidarité

 

Quels relais locaux ?
Chaque préfecture a mis en place un «point Ukraine » pour les acteurs locaux. Ils peuvent se tourner vers la plateforme internet «Pour l’Ukraine » (https://parrainage.refugies.info) qui recense les initiatives et les informations utiles, avec une entrée spécifique pour les collectivités. Elle a été mise au point par la Délégation interministérielle à l’accueil et à l’intégration des réfugiés (DIAIR). 

La plateforme Team4UA, une initiative civile humanitaire basée en Pologne, permet notamment d’assurer le transfert des convois humanitaires de la France vers l’Ukraine. Elle facilite aussi le transfert des rhttp://Ukraine. Mobilisation générale des collectivités localeséfugiés à destination de la France. 

 

En savoir + :
• Sur tous les sujets quotidiens (statut juridique, logement, scolarisation, santé, accès à un emploi, accompagnement social, etc.), les maires trouveront dans la foire aux questions (FAQ) mise en ligne sur le site de l’AMF les informations utiles et à jour. Elle a été préparée par l’État en concertation avec les associations d’élus. 
• Pour l’acheminement de dons vers l’Ukraine, les maires peuvent s’appuyer sur les partenariats noués par l’AMF avec la Protection civile ou l’ONG ACTED, présente en Ukraine. Les maires peuvent enfin écrire à [email protected] pour commencer à aider à la reconstruction de l’Ukraine (via des jumelages, etc.). 

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Cet article a été publié dans l'édition :

n°402 - JUIN 2022
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