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Maires de France
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mai 2022
Santé Social

Précarité menstruelle. Saint-Georges-de-Commiers brise les tabous

En s'engageant dans une collecte de protections périodiques pour les femmes, la commune de l'Isère n'imaginait pas aborder un sujet si sensible. Ce qui l'incite à reconduire l'opération.

Emmanuelle Stroesser
Illustration
Joëlle Varreau, adjointe au maire chargée de la vie quotidienne, de la famille et du social.
La première collecte de protections hygiéniques (serviettes et tampons) a été organisée tout début octobre 2021 sur la commune rurale de Saint-Georges-de-Commiers (Isère, 2 500 habitants), dans l’agglomération de Grenoble. Une boîte en carton était disponible en mairie. Des affichettes avaient été apposées. La récolte n’a pas été très importante (un peu plus d’une vingtaine de paquets), reconnaît l’adjointe au maire chargée de la vie quotidienne, de la famille et du social, Joëlle Varreau, un peu déçue. Mais décidée à reconduire l’opération en octobre prochain. «  Nous avons en effet abordé un sujet qui n’est pas facile, qui peut déranger car il relève de l’intime et se heurte encore à de nombreux tabous », pose l’élue.
 

Des freins financiers mais pas que

Ce que confirme le planning familial de l’Isère, à l’origine de cette campagne. «  Le sujet est difficile à évoquer pour des étudiantes qui n’osent pas en parler à leurs parents, ou pour des femmes sans abri ou migrantes qui devront choisir entre ne pas manger et acheter un paquet de protections à 4,50 euros », explique Sara Benhmeida, chargée de cette campagne sur l’agglomération (lire ci-dessous).

L’accès à ces produits de première nécessité reste un vrai problème auquel sont confrontés les publics féminins précaires. À défaut, certaines utilisent du papier journal, du papier toilette. «  Avec tout ce que cela entraîne d’inconfort et de risques liés à une mauvaise hygiène », relève Sara Benhmeida. C’est pourquoi Joëlle Varreau a redistribué la collecte auprès du Secours populaire situé à 6 km de la commune, «  car nous travaillons déjà en lien étroit, et je sais qu’une vingtaine de personnes de la commune sollicitent cette association ».

Une campagne locale et nationale
La collecte de protections périodiques a été organisée en 2021 pour la première fois sur l’ensemble de la métropole de Grenoble, à la suite d’un appel à projets tripartite lancé par la ville de Grenoble, la Métropole et l’État – Direction régionale aux droits des femmes et à l’égalité. 14 communes sur les 49 de l’agglomération y ont répondu. 47 848 protections ont été récupérées dans 50 points de collecte. Il n’en restait que 1 500 mi-avril. L’essentiel a été distribué à des associations, CCAS, maraudes. Pour l’édition 2022, de nouvelles communes se sont déjà inscrites. La mobilisation sera lancée le 28 mai lors de la Journée internationale de l’hygiène féminine.


«  Les femmes vivent toutes des cycles menstruels, avec des impacts plus ou moins forts dans leur vie », reprend Sara Benhmeida. Si on pouvait libérer la parole sur ce sujet, cela en aiderait beaucoup à mieux les vivre, est-elle persuadée, comme Joëlle Varreau.

Cette campagne sert ainsi de prétexte pour parler de sujets tabous autour des règles (la protection, le cycle et les syndromes prémenstruels, etc.), de l’hygiène féminine et, plus largement, de la santé sexuelle. «Ce sont des sujets qui devraient être traités dans les cours d’éducation à la sexualité tout au long du cycle scolaire. De la primaire au lycée, les jeunes sont censés avoir trois cours par an, c’est déjà bien quand ils en ont eu », soupèse Sara Benhmeida. La question des fuites urinaires pour les femmes est un autre sujet de gêne. Il nécessite aussi des moyens et des besoins qui, là encore, coûtent chers.
 

Poursuivre la mobilisation

Des communes ont refusé de participer à la collecte de 2021 en raison notamment de l’affiche qui représente le dessin d’une serviette périodique avec une tache de sang. Joëlle Varreau sourit car elle a aussi essuyé son lot de critiques, «  de personnes gênées ». «  Sur ce genre de sujet, on sait que l’on ne fait pas de révolution, si ce n’est douce », réagit l’élue. Elle pense déjà aux améliorations à apporter pour la prochaine édition, «  pour expliquer davantage les choses » et placer la boîte à un endroit plus passant, hors de la mairie.

Pour l’élue, ce sujet doit surtout aujourd’hui en amener d’autres, comme les violences faites aux femmes. «  Que ce soit sur la pauvreté ou sur les violences intra-familiales, aucun milieu n’est épargné », et certains sont encore moins enclins à les aborder.
 

Une femme a ses règles environ 39 ans

Elles durent entre trois et cinq jours sur des cycles de vingt-huit jours. Cela fait donc près de 500 fois dans une vie. Selon les estimations, une femme dépense entre 8 000 et 23 000 e en protections au cours de sa vie. Un budget inaccessible pour beaucoup. En 2019, selon une étude IFOP, 1,7 million de femmes étaient touchées par la précarité menstruelle.
Contact : Mairie. Tél. 04 76 72 57 19.

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Cet article a été publié dans l'édition :

n°401 - MAI 2022
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