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mai 2022
Retour d'expérience

Le maire et le sentier

Maire de Saint-Quay-Portrieux (3 120 hab., Côtes-d'Armor) depuis 2014, Thierry Simelière a dû gérer les éboulements et les fissures qui endommagent depuis des années le sentier côtier.

Bruno Leprat
Illustration
Thierry Simelière, Maire de Saint-Quay-Portrieux (3 120 hab., Côtes-d'Armor), Vice-président de Saint-Brieuc Armor Agglomération chargé de la politique de la mer et conseiller départemental.

 

Tempête. «La première fois que notre sentier littoral s’éboule, je ne suis pas encore maire. Et quand cela survient une nouvelle fois, en 2016 avec la tempête Egon, je suis maire et décide de le fermer pour le remettre en état, moyennant 216 000 e. Car c’est un lieu de promenade pour les habitants comme pour les touristes. Il porte une part de notre identité. Mais je me dis que cela va se renouveler au gré des coups de vent, marées ou pluies qui le fragiliseront à nouveau. Je prends le taureau par les cornes ! Première étape, faire un diagnostic. Je le demande au Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) qui nous livre, en juillet 2019, un rapport avec des recommandations. Mais nous avons à peine le temps de l’explorer qu’une tempête survient et, en trois endroits, le sentier s’est de nouveau affaissé. Je condamne l’accès à ces portions. » 

Travaux. «Début 2020, je me rapproche de la préfecture, où deux solutions me sont présentées : refaire les portions dégradées, ce qui suppose le renfort de la falaise (forage, ciment, végétalisation, etc.) ; ou reculer le sentier par rapport à la mer en le reconstruisant. Mi-2021, nous décidons qu’une portion de sentier, située sous un monument historique, sera confortée, et que les deux autres (180 et 30 mètres) seront créées sur des parcelles privées que nous achèterons. Soit 530 000 euros TTC à étaler sur 2022 et 2023. Je remplis une demande de dotation d’équipement des territoires ATM Communicationruraux et j’obtiens 112 000 euros. J’ai aussi décroché un financement de “France vue sur mer” de 45 000 euros, dispositif dont m’a parlé la ministre de la Mer que j’ai “alpaguée” (sourire) alors qu’elle se déplaçait dans la région. Les discussions avec les propriétaires des parcelles se passent bien et aboutissent fin 2021. »

Restauration. «Aujourd’hui, le sentier est toujours interrompu, mais les travaux ont commencé sur un tronçon. Nous avions prévu de démarrer par un autre, mais nous avons découvert une colonie d’hirondelles. Pour respecter leur nidification, après un échange avec des ornithologues, nous avons reporté les travaux. À l’été 2023, les trois portions seront ré-ouvertes. Le sentier aura retrouvé sa continuité. Surtout, il sera paré contre les gros aléas climatiques – je l’espère. J’ai aussi réussi à inclure Saint-Quay-Portrieux dans une liste de communes qui doivent s’adapter à l’érosion du littoral (loi Climat du 22/08/2021). Ceci nous donnera l’appui du Cerema pour un nouveau diagnostic de falaise. »

Photo © ATM Communication

Ce qu’il retient
•  Financement : «Quand on parle de falaise et de trait de côte, il faut du courage. Car le sujet est compliqué techniquement et en face, on trouve peu de ressorts financiers, à moins de recréer des octrois sur les sentiers ! »
Transparence : «Nous sommes tombés sur des espèces sensibles comme des hirondelles ou des lézards. Dans ce genre de situation, je contacte les associations ou experts, et je trouve avec eux une solution. Ainsi, un chantier ne finit pas bloqué par défaut de concertation. » 
Diagnostic : «L’action publique se construit trop par à-coups. Avec ce dossier, j’ai voulu anticiper. Comme je suis médecin, j’insiste sur la nécessité du diagnostic et du préventif. C’est vital. Si un problème est bien analysé, les solutions se dessinent vite et mieux. »

 

Remerciements
« J’ai une pensée pour mon adjoint, Marcel Quelen, natif de la commune, qui adore ce sentier, et pour mes services techniques qui suivent le dossier. Je tire aussi mon chapeau aux services préfectoraux qui nous ont accompagnés. Le binôme préfecture-mairie a parfaitement fonctionné et, plus largement, il est un axe majeur de la décentralisation. La pandémie a montré que nous, maires, savions gérer l’urgence. Je suggère à l’État d’entériner cette crédibilité que nous avons gagnée aux yeux de tous lors de cette période. »
 

 

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Cet article a été publié dans l'édition :

n°401 - MAI 2022
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