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mai 2022
Retour d'expérience

Le maire et l'incendie

Alain Picard, maire du May-sur-Èvre (3 850 hab., Maine-et-Loire), a dû gérer l'incendie volontaire de la mairie, en 2020.

Propos recueillis par Bruno Leprat
Illustration
Alain Picard, maire de Èvre-sur-May : " La porte de la mairie est brisée et on devine que le feu a démarré là. C'est une atteinte à l'autorité publique. "

 

Sinistre. «Le 1er mai 2020 au matin, je reçois l’appel de mon directeur des services qui me dit qu’un incendie est survenu dans le hall de la mairie. Nous sommes encore en confinement et je me dis que nous n’avions pas besoin de ça. Quand j’arrive sur place, le feu a été éteint par les pompiers. Le décor est sinistre : tout est noir, du sol au plafond, à cause d’une suie collante et toxique qui a recouvert le rez-de-chaussée, la cage d’escalier mais surtout l’étage. Cela sent mauvais et je regarde le spectacle avec effarement. Qu’a-t-il pu se passer ? Les gendarmes arrivent et font les premiers constats. La porte de la mairie est brisée et on devine que le feu a démarré là, dans le sas qui la prolonge. Comme nous avons des caméras de surveillance, je guide les gendarmes vers le serveur afin qu’ils récupèrent les images. »

Travaux. « Le lendemain, je dépose plainte et informe les habitants que la mairie doit rester fermée. Le même jour, deux jeunes de la commune, connus défavorablement, sont arrêtés. Ils avouent avoir éclaté la porte avec un pieu amovible de stationnement, mis du papier dans le sas et répandu dessus du whisky en mettant le feu. Deux personnes éméchées et désœuvrées (dont l’une est mineure) confondues par la vidéoprotection. Côté administratif, nous trouvons des locaux au rez-de-chaussée pour les services situés à l’étage. La comptabilité hérite de mon bureau – je m’installe dans la salle de conseil – et le service social migre dans un autre local. Les travaux seront longs : il va falloir aspirer la suie, changer les moquettes et repeindre les murs. Les vitres ayant explosé sous la chaleur, elles seront aussi remplacées. Cela prendra six mois. »

Procès. «Bonne surprise, seulement cinq jours après l’incendie, c’est le procès : il concerne le majeur qui écope de douze mois de prison ferme. Il n’a rien dit. J’ai témoigné afin de marquer le coup. C’est un symbole de l’autorité publique, tout de même, qui a été atteint. Cinq jours après, j’ai réouvert en partie la mairie. S’agissant du mineur, plusieurs mois après l’incendie, les services de la justice m’ont demandé si je pouvais l’accueillir pour un travail d’intérêt général. J’ai refusé. La population a été médusée de voir ce qui arrivait à “sa” mairie, et heureuse qu’elle reprenne vie, surtout que le confinement avait cessé. Depuis l’incendie, les temps sont calmes. Il est vrai que la vidéoprotection a montré son utilité et que nous avons ajouté des caméras. À terme, la commune en comptera une vingtaine. »
 

Remerciements
« Nous avons une caserne de pompiers volontaires sur la commune, et je les remercie de leur intervention rapide. Le feu aurait pu gagner tout le bâtiment. Bravo aussi à la gendarmerie qui a arrêté rapidement les deux jeunes, et à la justice d’avoir été aussi prompte à juger l’un d’entre eux. Quand le couperet tombe tout de suite, le coupable peut comprendre qu’il a enfreint une règle et réfléchir. Quand la justice se prononce six à douze mois après, c’est trop tard. Le mis en cause s’est endurci, il ne fait pas le lien avec un forfait passé et la sanction, selon moi, n’a plus de valeur. »

 

Ce qu'il retient
Stress : «J’effectue mon troisième mandat et jamais une situation aussi tendue ne m’était arrivé. L’incendie, la facture de travaux (près de 100 000 euros), la presse…, tout cela a fait beaucoup. Heureusement, l’assurance a joué le jeu et n’a pas essayé de se défausser. »

Sanction : «La gendarmerie a été efficace, et la justice ferme. Si on s’attaque aux ­coupables d’incivilités très tôt, très vite, très fort, on a une chance d’éviter qu’ils dérivent vers des actes plus graves. »

Vidéoprotection : «Les caméras de surveillance dissuadent les délinquants, mais ils se déplacent dans une autre commune, non équipée. J’ai opté pour la vidéoprotection qui a fait ses preuves. J’aimerais maintenant compléter ces caméras d’un réseau de ­vigilance citoyenne. »

 

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Cet article a été publié dans l'édition :

n°400 - AVRIL 2022
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