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14/04/2026 AVRIL 2026 - n°444
Santé

Déserts médicaux : les élus veulent inverser la tendance

Consultations de médecins volontaires, docteurs juniors, label France Santé..., ils tentent de mobiliser plusieurs dispositifs lancés par l'État.

Par Emmanuelle Stroesser
Classée en « zone rouge », la commune de Châteauneuf-la-Forêt (87) bénéficie depuis octobre 2025 d'un médecin volontaire à raison d'une demi-journée par mois.
© Mairie de Châteauneuf-la-Forêt
Classée en « zone rouge », la commune de Châteauneuf-la-Forêt (87) bénéficie depuis octobre 2025 d'un médecin volontaire à raison d'une demi-journée par mois.
En Nouvelle-Aquitaine, région qui compte le plus grand nombre de personnes vivant dans les «zones rouges » déficitaires en offre de soins, identifiées par les agences régionales de santé (ARS) au niveau national, au printemps 2025, un peu plus de 200 médecins ont répondu à l’appel de l’ARS, à la fin de l’été dernier, pour devenir médecin volontaire dans le cadre du programme « Un médecin près de chez vous » institué par le pacte de lutte contre les déserts médicaux (lire ci-dessous).

Parmi eux, celui qui assure depuis la mi-octobre des consultations dans la commune de ­Châteauneuf-la-Forêt (1 542 habitants, Haute-Vienne). Cela faisait cinq ans que les habitants n’y avaient plus vu de blouse blanche… « On a appris à faire sans, en attendant généralement le dernier moment pour aller consulter à 30 minutes pour ceux qui ont pu retrouver un médecin traitant. Et sinon, avec beaucoup d’automédication », expliquait la maire, Françoise Rivet, début mars, qui n’a pas été réélue. La chute du nombre de consultations par habitant a d’ailleurs été l’un des critères sur lesquels l’ARS s’est fondée pour désigner ce territoire parmi les zones prioritaires. La commune a réouvert la salle de consultation du cabinet médical, dont elle est propriétaire, et investit dans une imprimante et une connexion wifi, à la demande du médecin. 

Le rythme des consultations n’est que d’une demi-journée par mois au lieu de deux jours, comme le prévoit le dispositif. Le médecin, qui vient de l’agglomération de Limoges, ne peut pas plus. Mais «nous avons la chance que ce soit le même médecin qui revienne chaque mois depuis octobre, c’est très apprécié », relève l’élue. D’ailleurs, la commune n’annonce plus les prochaines dates de «consultations solidaires », mais celles du «Dr Vidal ».
 

Les plannings des médecins sont complets

À Fumel (4 690 habitants, Lot-et-Garonne), les médecins qui se succèdent à raison de deux jours par mois, depuis le 23 octobre, viennent en revanche de toute la région. Ce ne sont jamais les mêmes. Cela n’empêche pas que les plannings soient remplis. Le territoire manque aussi cruellement de généralistes malgré ceux qui sont en exercice à la maison de santé (des médecins libéraux) et au centre de santé intercommunal (avec un médecin salarié). Les dernières consultations solidaires ont eu lieu en février dernier. Les prochaines ne sont pas attendues avant la fin avril, faute de médecin disponible en mars. 

Dans les Hauts-de-France, le village d’Épehy (1 099 habitants, Somme) attend toujours le sien. La convention a été signée avec l’ARS pour tout organiser. Reste à trouver un praticien volontaire. Un médecin situé en Île-de-France serait prêt à se déplacer, mais cela nécessite l’accord de son ARS, qui bloque.

Les consultations ont en revanche bien démarré à la maison de santé Marie Curie d’Hesdin-la-Forêt (Pas-de-Calais), commune nouvelle membre de la communauté de communes des Sept Vallées (30 000 habitants, 69 communes) qui, elle aussi, « cochait toutes les cases » pour expérimenter ce dispositif (difficulté d’accès aux médecins généralistes, faible présence de jeunes médecins, taux élevé de patients en affection de longue durée, éloignement des services d’urgence et niveau de vie global). Elle fait aussi partie des quatre «zones rouges » de la région des Hauts-de-France.

Outre la mise à disposition des salles pour que les médecins volontaires consultent dans des conditions optimales, l’EPCI a choisi d’investir dans l’ouverture d’une ligne téléphonique pour faciliter la prise de rendez-vous. « Certains n’ont pas vu de médecin depuis des années », souligne le chargé de communication de l’intercommunalité.

Reste une incertitude commune à ces territoires : combien de temps l’expérimentation des médecins volontaires durera-t-elle ? Certains élus fondent parallèlement leurs espoirs sur l’arrivée annoncée de « docteurs juniors », surnom donné aux étudiants en médecine qui devront aller exercer pendant un an dans un cabinet libéral, une maison ou un centre de santé, dans le cadre de leur quatrième année d’internat, à partir de novembre prochain.

En Nouvelle-Aquitaine, l’ARS annonce que 300 docteurs juniors de médecine générale rejoindront les 12 départements. « Mais encore faut-il que nous ayons des médecins maîtres de stage ! » pour les accueillir, s’inquiète un élu. Ce rôle pourra-t-il échoir à de « simples » médecins volontaires ou à des médecins en exercice sur des communes voisines ?

La commune de Réquista (1 924 habitants, Aveyron), l’espère, depuis le départ du dernier généraliste le 1er janvier et l’arrivée des « médecins solidaires ». « Peut-être que l’un de ces juniors choisira de revenir s’installer chez nous dans quelques années, après avoir découvert que le milieu rural n’est pas une zone sans vie, espérait, début mars, le maire, Michel Causse, ancien médecin lui-même, qui ne se représentait pas. On a un centre de santé privé avec 18 infirmières, qui fonctionne très bien. C’est bien qu’il y a des besoins ! » 
 

Le réseau «France santé »

La commune a aussi déposé auprès de l’ARS un dossier pour intégrer le réseau « France Santé ». Ce dernier labellise différentes structures – maisons et centres de santé, hôpitaux de proximité, entre autres – dès lors qu’elles respectent des critères d’accessibilité, de coordination entre professionnels et de qualité de services. Avec, à la clé, des aides de l’ARS.

Le cahier des charges de ce nouveau label impose des consultations sans dépassement d’honoraires et une ouverture au moins cinq jours par semaine. En contrepartie d’une aide de 50 000 euros. Le gouvernement vise 2 000 maisons « France Santé » d’ici à l’été prochain, 5 000 en 2027. Les ARS ont mis les bouchées doubles. Fin 2025, le cap des 1 500 maisons « France Santé » était déjà franchi. Mais les maires estiment ne pas être suffisamment associés au processus de labellisation.

Dans un courrier adressé à la ministre de la Santé Stéphanie Rist, le 25 mars, l’AMF lui a fait part des vives inquiétudes des élus qui se sentent « mis à l’écart » du dispositif par les ARS et les préfectures : « Ils sont uniquement invités pour des réunions de présentation d’établissements déjà labellisés et en aucun cas associés aux choix des établissements ».

L’AMF demande aussi que les « docteurs juniors » ne soient pas prioritairement affectés dans les maisons France santé, comme l’État le laisse entendre, ce qui laisserait de côté les structures qui n’ont pas été labellisées (lire Maire info du 31 mars). 
 

Quels dispositifs ?
Le pacte de lutte contre les déserts médicaux, présenté par l’État en avril 2025, prévoit des renforts de praticiens dans 151 EPCI en zones sous-dotées identifiées par les agences régionales de santé (ARS) et, dès novembre 2026, l’arrivée de docteurs juniors encadrés par des maîtres de stage (médecins).
L’État déploie aussi le réseau «France Santé » (labellisation de structures de soins répondant à certains critères d’accessibilité, de coordination entre professionnels et de services offerts) pour garantir un accès aux soins à moins de 30 min et sous 48 heures.
Les ARS et les caisses primaires d’assurance maladie (CPAM), en lien avec les préfets, coordonnent leur déploiement. «En 2026, 130 M€ seront alloués pour construire [ce] réseau afin d’atteindre 2 000 structures labellisées mi-2026 », précise l’État.

 

Témoignage
Claire Peigné, maire de Morancé
(2 020 habitants, 69) et co-présidente de la commission santé de l’AMF
« Recréer une dynamique médicale »
« Le dispositif des médecins solidaires permet certainement de répondre à une vraie question de service public dans des zones rurales ou dans des quartiers urbains où l’accès à un généraliste est six fois plus difficile qu’ailleurs. Mais c’est une réponse transitoire. Parler de généralisation, aujourd’hui, serait prématuré. La certitude, c’est que cela recréé une dynamique médicale. 
Avec la réforme des docteurs juniors, on pose d’autres bases à deux-trois ans. On entend dire que les lieux labellisés «France Santé » seront des lieux de stage privilégiés pour l’affectation de ces docteurs. Tout le monde a intérêt à y participer.
Les communes ont d’autres dispositifs utiles à mobiliser, autour des contrats locaux de santé (CLS). Nous avançons ainsi sur des solutions de territoire avec l’État et les professionnels de santé. »

 

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