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Maires de France

Solutions locales
02/06/2026 MAI 2026 - n°445
Logement Santé Sécurité - sécurité civile

Gens du voyage : répondre à la demande de sédentarisation

Le mode de vie des populations initialement itinérantes a évolué vers un besoin d'ancrage territorial. Les élus tentent de faire des propositions d'habitat.

Par Sophie Le Gall
À Vineuil (41), des logements de type T2 à vocation sociale sont occupés par des gens du voyage qui ont choisi de s'installer un temps. 
Un coût d'environ 600 000 euros : la ville a offert le foncier, le bailleur gère l'ensemble immobilier.
© Soliha
À Vineuil (41), des logements de type T2 à vocation sociale sont occupés par des gens du voyage qui ont choisi de s'installer un temps. Un coût d'environ 600 000 euros : la ville a offert le foncier, le bailleur gère l'ensemble immobilier.
Plus de vingt ans après la loi Besson, le débat législatif sur l’accueil des gens du voyage est toujours centré sur les occupations illicites.

Les élus locaux, eux, explorent des solutions d’habitat avec l’objectif de parvenir à une intégration pacifiée de ces citoyens, notamment via le dispositif des terrains familiaux locatifs (TFL) prévu par les schémas départementaux.  
 

. Vineuil
(Loir-et-Cher, 8 000 habitants)
Des maisonnettes gérées par un bailleur social

« Pendant des décennies, la présence des gens du voyage n’a pas été perçue comme un souci à Vineuil. Nous avions des familles installées sur des terrains non constructibles, souvent achetés à des agriculteurs, et d’autres vivant discrètement en forêt », relate François Fromet, maire de la commune (réélu en mars). «Puis les occupations illicites se sont multipliées, avec l’extension de l’aire d’attraction de la grande ville la plus proche, Blois, jusqu’à nous. La situation s’est aggravée car le département ne remplit pas ses obligations d’accueil des gens du voyage. »

Au début de son mandat, en 2014, l’élu a cherché une solution et opté pour construire cinq petites maisons (T2) avec le bailleur social Soliha. Sur un coût d’environ 600 000 euros, la ville a offert le foncier et a pris en charge l’aménagement de la voirie. Le bailleur gère directement l’ensemble immobilier. La commune n’a pas de frais de gestion. Le site connaît du passage en été lors de regroupements familiaux mais «n’entraîne pas de nuisances particulières ».

En plus de la question du logement, François Fromet estime que la réussite de la sédentarisation réside dans l’accompagnement à la scolarisation des enfants et le «rappel des droits et devoirs », avec l’appui du centre intercommunal d’action sociale (CIAS) et du conseil départemental. «Quand je discute de l’organisation de cet accueil et de la demande de sédentarisation avec d’autres maires, c’est le “pas chez moi ” qui l’emporte, ce qui empêche l’anticipation. De fait, quand des familles des gens du voyage arrivent à plusieurs dizaines sur un terrain privé ou public, c’est à chaque fois vécu comme une catastrophe à gérer dans l’urgence », déplore le maire.

Avec un impact sur sa commune qui dispose d’une aire d’accueil, mais «qui nécessite chaque année d’importants travaux de réhabilitation », regrette-t-il. Concernant la solution des terrains familiaux locatifs, il souhaiterait qu’ils «entrent dans le quota des logements sociaux ». www.vineuil41.fr
 

. Libourne (Gironde, 25 000 habITANTS)
Un projet de terrains familiaux locatifs

Le maire de Libourne, Philippe Buisson, par ailleurs co-président du groupe de travail gens du voyage de l’AMF, est bien placé pour témoigner des difficultés à installer des terrains familiaux locatifs (TFL) sur une commune : «Le projet, en cours depuis un moment, est pour l’heure bloqué. D’une part, faute de bailleur social vraiment intéressé – le secteur semble peu enclin à s’engager –, d’autre part, parce que les services de l’État ne valident pas l’emplacement que nous avons retenu, pourtant validé par les gens du voyage eux-mêmes. »

Selon les schémas départementaux, les TFL, destinés à l’installation prolongée de résidences mobiles (superficie minimum de 75 m2), sont attribués à raison d’un terrain par ménage, clôturés et raccordés à un système d’assainissement. «Il faudrait permettre aux maires de fermer les aires d’accueil, qui sont souvent des zones de non-droit, coûteuses et vandalisées, et les aider à ouvrir des terrains familiaux. Les aires d’accueil sont rejetées par tous : gens du voyage, riverains et élus. Mais la solution des terrains familiaux est insuffisamment valorisée dans les schémas départementaux », ajoute Philippe Buisson.

Par ailleurs, l’élu remarque que «si les gens du voyage souhaitent se sédentariser (scolarisation, emploi fixe), la loi les y oblige aussi en leur imposant de prendre une commune de rattachement ». Dénonçant une «politique bâtie sur du vent », en l’absence d’estimation fiable du nombre de personnes concernées (entre 250 000 et 500 000 personnes, selon les évaluations), l’élu réclame une «nouvelle loi “chamboule tout ” et non une loi d’adaptation ». Et de conclure : «Je n’accepte pas que les gens du voyage souffrent d’une exception, ils sont des Français ! » www.libourne.fr
 

. Rezé (Loire-Atlantique, 43 600 habitants)
Analyser finement la demande

Tout en appelant régulièrement ses pairs à «mieux accueillir les gens du voyage », comme lors du dernier Congrès des maires de France (lire notre article), Agnès Bourgeais, maire de Rezé, rejette tout «angélisme ». «La clé est de considérer les gens du voyage comme nos habitants, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs », explique-t-elle. Elle précise qu’« on ne peut être exigeant envers ce public que si l’on a déjà rempli son propre cahier des charges », allusion aux collectivités qui ne proposent pas le nombre réglementaire de solutions d’accueil et à l’État qui «ne porte pas assez cette politique en ne la dotant pas d’un vrai fonds ».

La commune dispose de terrains familiaux locatifs, transférés à Nantes Métropole en 2023. Elle estime qu’il serait nécessaire d’en construire de nouveaux, notamment pour reloger des familles qui vivent sur des terrains privés insalubres, où il n’y a pas de tout à l’égout. «La première difficulté réside, sans surprise, dans notre manque de foncier disponible. Sans oublier la pression du logement social, avec 4 000 demandes en attente sur Rezé et une pression encore plus forte à l’échelle de la métropole », développe Agnès Bourgeais.

Pour répondre au besoin d’ancrage territorial et ne pas reproduire les erreurs «d’aires de passage pas occupées car inadaptées », elle insiste sur une analyse fine des besoins et ce, dans un esprit de co-construction : «nombre de gens du voyage veulent continuer de dormir dans leur caravane tout en ayant des pièces en dur, comme la cuisine. Il faudrait donc considérer la caravane comme un logement. On s’intéresse bien à la tiny house ou à la yourte en les catégorisant comme des logements. Pourquoi ce blocage concernant la caravane ? »

Au quotidien, Rezé mise sur la médiation en s’appuyant sur une association locale spécialisée, SRI (services régionaux itinérants), qui assure aussi la mission de domiciliation et est soutenue par une  subvention annuelle de 6 000 euros. «Pour aller plus loin dans l’insertion locale, il faudrait favoriser la rencontre entre les gens du voyage et leurs voisins, mais ce n’est pas simple », reconnaît l’élue. www.reze.fr 
 

Faciliter l'accès aux soins
Saint-Herblain (Loire-Atlantique, 51 000 habitants) comptera bientôt une troisième aire d’accueil sur son territoire, spécifiquement dédiée aux gens du voyage accompagnant un proche hospitalisé. «Les familles se regroupent à cette occasion, pouvant causer des occupations illicites », explique Jean-Alain Navarre, directeur général des services (DGS) de la ville. Saint-Herblain estime «subir » le déficit d’accueil des communes voisines. «Nous activons une palette de solutions, dont les TFL, mais le problème reste le volume du public, mal réparti à l’échelle de la métropole (Nantes) », pointe-t-il.

 

Avis d'experte
Valérie Saintoyant, directrice de la mission réfugiés et gens du voyage à la Délégation interministérielle à l’hébergement et à l’accès au logement (Dihal) 
« L’inclusion des gens du voyage passe par l’habitat »
« Le besoin en habitat est le grand défi de l’inclusion des gens du voyage sur nos territoires. Leur mode de vie a évolué, ces derniers souhaitant de plus en plus s’ancrer pour faciliter des périodes clefs de leurs vies (scolarisation des enfants, développement d’une clientèle dans le cadre de leurs activités professionnelles). Cela entraîne une saturation des aires permanentes d’accueil, au faible taux de rotation, qui perdent leur fonction d’accueil.
Pour suivre cette évolution, les élus et services de l’État se sont emparés du dispositif des terrains familiaux locatifs (TFL) qui représentent aujourd’hui la grande majorité des nouvelles prescriptions et des projets d’équipements accompagnés par les aides d’État prévues à cet effet. Malgré des réalisations encore trop lentes et éloignées des prescriptions, la Dihal constate une nette amélioration de la qualité des projets portés par les collectivités.
Par ailleurs, la Délégation rappelle que la mobilisation du droit commun doit être le premier réflexe afin que le public voyageur puisse être pris en compte dans les différents documents de planification et d’orientation relatifs, notamment, au logement. »

 

 

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