Le magazine des maires et présidents d'intercommunalité
Maires de France
Votre mandat
02/02/2026 JANVIER 2026 - n°441
Élections Intercommunalité Votre mandat

Élections municipales : quelle visibilité pour les intercommunalités ?

Les enjeux intercommunaux pèseront-ils lors du scrutin de mars ? Au 107e Congrès de l'AMF en novembre, un forum a pointé la nécessité de renforcer leur lisibilité et leur légitimité.

Par Estelle Chevassu
Selon Stéphanie Guiraud-Chaumeil, maire d'Albi (81) et présidente de la communauté d'agglomération de l'Albigeois (au micro), « l'échéance municipale (...) doit être le temps de la stabilité et de la confiance entre communes et EPCI. »
© Lionel Guéricolas
Selon Stéphanie Guiraud-Chaumeil, maire d'Albi (81) et présidente de la communauté d'agglomération de l'Albigeois (au micro), « l'échéance municipale (...) doit être le temps de la stabilité et de la confiance entre communes et EPCI. »
A trois mois du scrutin des 15 et 22 mars, quelle place et quelle visibilité sont-elles données aux EPCI ? Car si l’intercommunalité est à présent bien installée dans le paysage institutionnel, elle apparaît encore lointaine pour les électeurs. Un constat qui appelle à plus et mieux communiquer mais aussi, pour les élus municipaux, à incarner l’intercommunalité à laquelle leur commune appartient. Des messages qui ont été portés lors d’un forum organisé, le 19 novembre, au 107e Congrès de l’AMF (lire notre article).

« L’intercommunalité aujourd’hui est une véritable chance pour nos territoires. Sans intercommunalité, nous n’avancerions pas comme nous avançons », a rappelé Stéphanie Guiraud-­Chaumeil, maire d’Albi (50 605 hab., 81) et présidente de la communauté d’agglomération de l’Albigeois (16 communes, 85 000 hab.), qui co-présidait ce forum avec Sébastien Jumel, président de la communauté d’agglomération (CA) Dieppe-Maritime (51 700 hab., 16 communes, 76).

Pour ce dernier, les EPCI gagneront en légitimité et en lisibilité s’ils font la démonstration de leur utilité au service des habitants et des communes qui la composent : «Notre agglomération a, par exemple, mis en place un centre intercommunal de santé permettant à 7 000 habitants qui n’avaient pas de médecin référent d’en trouver un », illustre l’élu.
 

Trouver l’équilibre avec la commune

Priorité à la communication donc, mais jusqu’où aller «sans risquer l’effacement des communes ? », interrogent certains élus. Une démarche compliquée aussi pour celles et ceux qui s’engagent pour la première fois et qui n’ont pas – encore – repéré les enjeux intercommunaux. Sans parler des rapports de force politiques qui peuvent exister entre les échelons.

En cette période pré-électorale, Stéphanie ­Guiraud-Chaumeil en appelle à la responsabilité pour ne pas tomber dans la démagogie : «tout ce qui dévalorise la chose publique aux yeux de nos concitoyens dévalorise l’intercommunalité et les élus municipaux. L’échéance municipale ne doit pas être celle de la scission entre les communes et les EPCI mais, bien au contraire, le temps de la stabilité et de la confiance ».

Pour ceux qui se représentent, l’objectif est avant tout de montrer ce qui a été fait, d’expliquer qui fait quoi, à travers le bilan et le projet à venir. «Nous avons travaillé sur un document de campagne qui met en avant les réalisations municipales et ce que la communauté de communes a contribué à développer sur le logement, l’urbanisme, l’aménagement du territoire, les solidarités. Nous organisons aussi des ateliers participatifs pour expliquer la façon dont nous allons travailler les projets communaux et intercommunaux », témoigne Isabelle Dufau, adjointe au maire de Tarnos (13 229 habitants, 40) et présidente de la communauté de communes de Seignanx (29 000 hab., 8 communes).
 

Faire de la pédagogie

Pour Fabian Jordan, maire de Berrwiller (1 209 hab., 68) et président de Mulhouse Alsace Agglomération (280 000 hab., 39 communes), l’enjeu est non seulement de donner «plus de visibilité à l’intercommunalité dans les documents de campagne », mais aussi «d’expliquer aux citoyens qu’ils vont élire des élus municipaux mais aussi communautaires ». Arnaud Martey, maire de Baume-les-Dames (4 260 hab., 25) et vice-président de la communauté de communes Doubs Baumois (58 communes, 16 401 hab.), pointe aussi la nécessité de faire un travail de pédagogie : «Nous l’avons mesuré dès notre première réunion publique avec ce besoin, de la part des habitants, de comprendre la répartition des compétences. La situation est en effet un peu ambiguë car nous portons un projet dont une partie [de la mise en œuvre] va dépendre de l’intercommunalité. Même si les habitants connaissent la communauté de communes, ça reste encore complexe dans le fonctionnement. »

Le président de la CA Dieppe-Maritime n’hésite pas, lui, à accompagner les maires qui le souhaitent durant leurs réunions avec les habitants pour expliquer qui fait quoi. Car, pour tous les élus, il est impératif de poursuivre cet effort de pédagogie. «L’intercommunalité est éloignée des habitants et c’est à nous, maires, de raccourcir cette distance en communiquant régulièrement, dans nos communes, sur nos différents supports. C’est aussi sur le terrain que nous devons montrer aux habitants, aux entreprises son intérêt », souligne Pascal Martin, maire du Temple de Bretagne (2 000 hab., 44) et vice-­président de la communauté de communes Estuaire et Sillon (11 communes, 41 189 hab., lire ci-dessous.

« Je m’y suis attachée durant ce mandat et il faut être inventif, engagé, très présent et très disponible », rebondit Isabelle Dufau. Comme l’a indiqué David Djaïz, essayiste et enseignant à Sciences Po, lors du forum du congrès, «nous avons des outils intéressants, comme les conseils de développement, mais il faut les faire évoluer ».

La présence de l’intercommunalité dans le débat des élections municipales suppose aussi que les maires aient trouvé leur place au sein de leur EPCI, ce qui n’est pas toujours le cas. David Djaïz rappelle que «dans des intercommunalités XXL, des maires sont exclus de toute instance. Il y a des EPCI où les maires ne siègent ni au bureau, ni même au conseil ». Il faut, selon lui, élaborer un pacte de gouvernance avec les communes au sein des EPCI.

Pour Guillaume Guérin, président de Limoges Métropole (20 communes, 208 700 hab., 87), «la crise démocratique impose de rapprocher le pouvoir de décision, pas de l’éloigner. (…) Le maire est à portée de claque de l’individu, pas le président de l’intercommunalité. Si les ordures ne sont pas ramassées, tout le monde va voir le maire ». Il défend la conférence des maires. «Je n’ai aucun grand projet qui s’applique si je n’ai pas 50 % des maires plus un », explique-t-il. Au sein de la CA Dieppe-Maritime, Sébastien Jumel a instauré une conférence des maires «régulière, sur tous les sujets stratégiques » et précise «que les maires sont invités au bureau même quand ils n’en sont pas membres ».

Plusieurs enjeux sont à relever au niveau intercommunal, selon Isabelle Dufau : «Porter un projet commun pour l’intérêt du territoire en dépassant les divergences d’approches et embarquer l’ensemble des élus. Selon le Cevipof [enquête de 2024], 57 % des conseillers municipaux considèrent qu’ils ne sont pas assez associés. Il y a donc un enjeu démocratique à mieux les impliquer. » Les élus insistent sur l’importance de montrer que l’intercommunalité est un plus qui ne se substitue pas aux communes, mais qui leur permet d’être plus fortes, ensemble.
 

Pas de généralisation du fléchage
Depuis 2014, dans les communes de 1 000 habitants et plus, les élus communautaires le sont par fléchage avec la présentation, sur un même bulletin, de la liste des candidats au conseil municipal et, parmi eux, des candidats au conseil communautaire (articles L. 273-6 et suivants du Code électoral).
Dans les communes de moins de 1 000 habitants, en dépit de la généralisation du scrutin de liste qui s’y appliquera pour la première fois en mars 2026, les élus intercommunaux resteront désignés dans l’ordre du tableau au moment de l’installation du conseil municipal ou de l’élection des maires en cours de mandat (articles L. 273-11 et suivant du Code électoral).  

 

Témoignage
Pascal Martin, maire du Temple de Bretagne et vice-président de la communauté de communes Estuaire et Sillon (44) 
« Impliquer l’ensemble de nos colistiers » 
« Nous avons toujours cette problématique de communication et de compréhension par les habitants des enjeux intercommunaux. On le constate sur le terrain. Même sur des compétences qui relèvent des EPCI, l’interlocuteur privilégié reste le maire. Mais l’intercommunalité, c’est avant tout, nous, élus locaux [qui l’incarnons], et nous devons assumer cette politique de coopération. Il faut, durant cette campagne, l’intégrer. Je m’y engage en expliquant le rôle et la place importante que la communauté de communes a dans la vie de nos concitoyens.
Nous devons aussi impliquer, dès le départ, l’ensemble de nos colistiers afin qu’ils soient dans cet esprit de coopération intercommunale dans l’intérêt du territoire. Nous devons intégrer le fait intercommunal dans la conception de notre plan d’action pour les six prochaines années. Chaque maire défend son clocher et c’est parfois difficile à faire comprendre. Je me présente pour un troisième mandat et d’expérience ; en période pré-électorale, on a tendance à oublier l’intercommunalité. »

 

 

Suivez Maires de France sur

Couverture

Cet article a été publié dans l'édition :

n°441 - JANVIER 2026
Retrouver tous les articles de ce numéro :
Les offres d’abonnement
Toutes les éditions
Logo

Maires de France est le magazine de référence des maires et élus locaux. Chaque mois, il vous permet de décrypter l'actualité, de partager vos solutions de gestion et vous accompagne dans l'exercice de votre mandat. Son site Internet, mairesdefrance.com, vous permet d’accéder à toute l'information dont vous avez besoin, où vous voulez, quand vous voulez et sur le support de votre choix (ordinateur, tablette, smartphone, ...).