Éboulement de falaise : Rives-en-Seine (Seine-Maritime) agit
La commune nouvelle (4 044 habitants, 76) rachète les maisons situées dans et en limite de zone dangereuse.

Habiter entre les falaises de craie et la Seine offre un joli panorama. Victor Hugo y a séjourné, mais aussi perdu sa fille Léopoldine, noyée dans le fleuve, à Villequier en 1843.
À Rives-en-Seine, la nature reste la maîtresse des lieux. Surtout lorsque la main de l’homme a fragilisé les environs par l’extraction de roche, laissé des marnières sans véritablement les localiser, construit des habitations au pied des parois de craie.
Après l’éboulement, le maire, Bastien Coriton, prend des arrêtés de péril et d’abandon. Trois familles sont évacuées sur les quatre maisons concernées (l’une des habitations était vide car elle venait d’être acquise). En urgence, la préfecture de Seine-Maritime dépêche sur les lieux des techniciens du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) qui confirment la nécessité de reloger les habitants.
Un bureau d’études examine la falaise et estime le risque de nouvelles chutes, propose différentes solutions techniques de stabilisation et de mise en sécurité des habitations avec une estimation des coûts. Ceux-ci s’avèrent plus élevés qu’une opération de rachat/démolition des logements. Le conseil municipal vote donc pour cette seconde solution. Une étude complémentaire est aussi engagée sur 17 autres habitations, entraînant la prise de nouveaux arrêtés de périls et la décision de démolir 11 propriétés.
Négociation des prix et fonds Barnier
La commune aurait pu ne rien faire, les falaises ayant été déclarées comme relevant de la responsabilité des propriétaires privés. «Comme maire, nous avons le devoir de protéger la population », soutient Bastien Coriton. Pendant de longs mois, la mairie a négocié le prix de rachat à partir de l’estimation de chacun des biens par le service des Domaines, dans la limite de la subvention attendue du Fonds de prévention des risques naturels majeurs (FPRNM), dit fonds Barnier.
Elle s’est aussi appuyée sur les conseils d’une agence immobilière qui pouvait apporter des informations sur le marché immobilier local. «Les échanges avec les propriétaires ont été très durs au départ, se remémore le maire, car certains étaient là depuis quarante ans. Toute une vie… J’ai rencontré les 14 propriétaires, chacun une heure, puis ensemble. Tous ont compris que leur bien devenait invendable. »
Cette première opération de rachat/démolition/renaturalisation du site/relogement , relative à 14 logements, s’élève au total à 2,458 millions d’euros TTC. Le fonds Barnier verse une subvention de 2,423 M€. Mais la commune doit avancer les fonds : elle le fait sur son autofinancement et grâce à une ligne de trésorerie avec deux tirages de 600 000 € chacun. Reste à charge 35 000 € pour les études, frais de notaire…. Le coût (57 385 €) du relogement des familles est «à peu de chose près » intégralement remboursé par l’État.
Le 20 novembre dernier, le conseil municipal a entériné le rachat de quatre autres maisons, situées en limite de zone dangereuse, mais devenues invendables pour un montant de 1,3 M€ (équivalent au montant de la subvention du fonds Barnier). Là encore, la commune avance les fonds par un droit de tirage sur une ligne de trésorerie de 1 M€. En revanche, aucun relogement n’est prévu dans cette seconde phase. Une troisième phase doit encore évaluer le rapport coût de sécurisation/rachat-démolition pour 1 à 3 logements (montant estimé entre 200 000 € à 600 000 €)... Un dossier pour l’année 2026.
maire de Rives-en-Seine (76)

« Protéger avant tout
la population »
Nous avons sauvé le patrimoine d’un certain nombre d’habitants qui auraient tout perdu sans notre intervention. Ce n’est parfois pas simple d’être confronté à des familles en pleurs parce qu’elles quittent non pas une maison mais une histoire familiale, leur passé. À l’inverse, les quatre propriétaires de la seconde phase [rachat des maisons prévu début 2026, ndlr] étaient, eux, plutôt demandeurs car ils savaient que leur bien était devenu invendable.
On perd de la surface constructible par rapport au zéro artificialisation nette (ZAN). Nos efforts ne sont pas compensés. Tout cela entre dans le pot commun de l’agglomération. Dans le cadre du ZAN, nous avions demandé 7 000 m2. Nous ne les avons pas eus. On rend du terrain et c’est un peu dommage. Pourtant, nous supprimons du risque. Ces terrains n’auraient jamais dû être bâtis.
De bien se faire accompagner pour porter les études en lien avec l’État et le BRGM et de trouver un bon bureau d’études (privé ou public). L’enjeu est d’avoir tous les éléments pour pouvoir monter le dossier de demande du fonds Barnier. Cela donne de la crédibilité au dossier. Un tel projet peut faire peur aux communes car il engage de la trésorerie. Mais il s’agit avant tout de protéger la population.
Le 20 novembre 2025, nous avons voté le rachat/démolition de quatre maisons. Cela était nécessaire pour pouvoir signer la convention nous permettant d’accéder au fonds Barnier. France Domaine a estimé les biens à 1 050 000 euros, hors frais. L’acquisition étant moins onéreuse que la réalisation des travaux de protection, l’État accepte de débloquer les fonds nécessaires à l’acquisition amiable.
Cet article a été publié dans l'édition :
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