Le magazine des maires et présidents d'intercommunalité
Maires de France
Solutions locales
29/01/2026 JANVIER 2026 - n°441
Aménagement, urbanisme, logement Sécurité - sécurité civile

Éboulement de falaise : Rives-en-Seine (Seine-Maritime) agit

La commune nouvelle (4 044 habitants, 76) rachète les maisons situées dans et en limite de zone dangereuse.

Par Bénédicte Rallu
Le 20 novembre 2025, le conseil municipal de Rives-en-Seine a acté le rachat pour démolition de quatre maisons situées au pied de falaises de craie instables (dont 
celle en photo).
© Bénédicte Rallu
Le 20 novembre 2025, le conseil municipal de Rives-en-Seine a acté le rachat pour démolition de quatre maisons situées au pied de falaises de craie instables (dont celle en photo).
Le 26 janvier 2017, vers 13 heures, plus de 8 000 m³ de falaise fluviale, soit environ 9 000 tonnes de craie, descendent d’un coup à l’arrière d’une maison située sur la commune nouvelle de Rives-en-Seine (4 044 habitants, 76) qui longe les bords de Seine et réunit les anciennes communes de Caudebec-en-Caux, Saint-Wandrille et Villequier, lieu de l’éboulement. Pas de blessés, pas de dégâts matériels graves. Mais des habitants sidérés.

Habiter entre les falaises de craie et la Seine offre un joli panorama. Victor Hugo y a séjourné, mais aussi perdu sa fille Léopoldine, noyée dans le fleuve, à Villequier en 1843.

À Rives-en-Seine, la nature reste la maîtresse des lieux. Surtout lorsque la main de l’homme a fragilisé les environs par l’extraction de roche, laissé des marnières sans véritablement les localiser, construit des habitations au pied des parois de craie.

Après l’éboulement, le maire, Bastien Coriton, prend des arrêtés de péril et d’abandon. Trois familles sont évacuées sur les quatre maisons concernées (l’une des habitations était vide car elle venait d’être acquise). En urgence, la préfecture de Seine-Maritime dépêche sur les lieux des techniciens du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) qui confirment la nécessité de reloger les habitants.

Un bureau d’études examine la falaise et estime le risque de nouvelles chutes, propose différentes solutions techniques de stabilisation et de mise en sécurité des habitations avec une estimation des coûts. Ceux-ci s’avèrent plus élevés qu’une opération de rachat/démolition des logements. Le conseil municipal vote donc pour cette seconde solution. Une étude complémentaire est aussi engagée sur 17 autres habitations, entraînant la prise de nouveaux arrêtés de périls et la décision de démolir 11 propriétés.
 

Négociation des prix et fonds Barnier

La commune aurait pu ne rien faire, les falaises ayant été déclarées comme relevant de la responsabilité des propriétaires privés. «Comme maire, nous avons le devoir de protéger la population », soutient Bastien Coriton. Pendant de longs mois, la mairie a négocié le prix de rachat à partir de l’estimation de chacun des biens par le service des Domaines, dans la limite de la subvention attendue du Fonds de prévention des risques naturels majeurs (FPRNM), dit fonds Barnier.

Elle s’est aussi appuyée sur les conseils d’une agence immobilière qui pouvait apporter des informations sur le marché immobilier local. «Les échanges avec les propriétaires ont été très durs au départ, se remémore le maire, car certains étaient là depuis quarante ans. Toute une vie… J’ai rencontré les 14 propriétaires, chacun une heure, puis ensemble. Tous ont compris que leur bien devenait invendable. »

Cette première opération de rachat/démolition/renaturalisation du site/relogement , relative à 14 logements, s’élève au total à 2,458 millions d’euros TTC. Le fonds Barnier verse une subvention de 2,423 M€. Mais la commune doit avancer les fonds : elle le fait sur son autofinancement et grâce à une ligne de trésorerie avec deux tirages de 600 000 € chacun. Reste à charge 35 000 € pour les études, frais de notaire…. Le coût (57 385 €) du relogement des familles est «à peu de chose près » intégralement remboursé par l’État.

Le 20 novembre dernier, le conseil municipal a entériné le rachat de quatre autres maisons, situées en limite de zone dangereuse, mais devenues invendables pour un montant de 1,3 M€ (équivalent au montant de la subvention du fonds Barnier). Là encore, la commune avance les fonds par un droit de tirage sur une ligne de trésorerie de 1 M€. En revanche, aucun relogement n’est prévu dans cette seconde phase. Une troisième phase doit encore évaluer le rapport coût de sécurisation/rachat-démolition pour 1 à 3 logements (montant estimé entre 200 000 € à 600 000 €)... Un dossier pour l’année 2026.
 

Trois questions à Bastien Coriton,
maire de Rives-en-Seine (76)
« Protéger avant tout
la population »
Quel bilan tirez-vous de votre action ?
Nous avons sauvé le patrimoine d’un certain nombre d’habitants qui auraient tout perdu sans notre intervention. Ce n’est parfois pas simple d’être confronté à des familles en pleurs parce qu’elles quittent non pas une maison mais une histoire familiale, leur passé. À l’inverse, les quatre propriétaires de la seconde phase [rachat des maisons prévu début 2026, ndlr] étaient, eux, plutôt demandeurs car ils savaient que leur bien était devenu invendable.
Quels sont les aspects négatifs ?
On perd de la surface constructible par rapport au zéro artificialisation nette (ZAN). Nos efforts ne sont pas compensés. Tout cela entre dans le pot commun de l’agglomération. Dans le cadre du ZAN, nous avions demandé 7 000 m2. Nous ne les avons pas eus. On rend du terrain et c’est un peu dommage. Pourtant, nous supprimons du risque. Ces ­terrains n’auraient jamais dû être bâtis.
Quels conseils donneriez-vous à d’autres maires dans le même cas ?
De bien se faire accompagner pour porter les études en lien avec l’État et le BRGM et de trouver un bon bureau d’études (privé ou public). L’enjeu est d’avoir tous les éléments pour pouvoir monter le dossier de demande du fonds Barnier. Cela donne de la crédibilité au dossier. Un tel projet peut faire peur aux communes car il engage de la trésorerie. Mais il s’agit avant tout de protéger la population.
Comment procéder pour obtenir l’aide du fonds Barnier ?
Le 20 novembre 2025, nous avons voté le rachat/démolition de quatre maisons. Cela était nécessaire pour pouvoir signer la convention nous permettant d’accéder au fonds Barnier. France Domaine a estimé les biens à 1 050 000 euros, hors frais. L’acquisition étant moins onéreuse que la réalisation des travaux de protection, l’État accepte de débloquer les fonds nécessaires à l’acquisition amiable. 
Photo © Mairie de Rives-en-Seine

 

Les acteurs clés
Le maire a pris un arrêté de péril, engagé des projets de rachat alors qu’il aurait pu ne pas le faire, les éboulements relevant strictement du domaine privé. Le conseil municipal a validé cette décision. La préfecture (DDTM) n’a pas demandé l’annulation de l’arrêté de péril alors que la commune nouvelle décisionnaire faisait l’objet d’un recours contre sa création. Un technicien pilote les études sur les falaises, aide au montage du dossier Barnier. La préfecture est en copie de tous les échanges.
Le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) donne un avis lors du rendu des études, participe au comité de pilotage avec les ingénieurs. À la suite des premiers éboulements de falaise en janvier 2017, le BRGM a entamé une réflexion globale sur toutes les falaises fluviales de la Seine en réalisant des pré-études sur tout le linéaire concerné. Des études par secteur sont ensuite engagées pour permettre de prendre la bonne décision (travaux de protection ou rachat des parcelles). L’agglomération accompagne la commune sur les cahiers des charges, donne un avis et elle est en copie des échanges. 

 

Des actes de la commune nouvelle fragilisés
Créée le 1er janvier 2016, la commune nouvelle de Rives-en-Seine (4 044 habitants, 76) résulte de la fusion des anciennes communes de Caudebec-en-Caux, Saint-Wandrille et Villequier. L’éboulement a eu lieu sur l’ancienne commune de Villequier, non couverte avant la fusion par un plan de prévention des risques naturels (PPRN)… Rives-en-Seine est, elle, couverte par un PPRN, ce qui a ouvert le droit à des subventions par le fonds Barnier.
L’opération de rachat/démolition des habitations n’aurait pas été possible sans la commune nouvelle. Or entre février 2016 et le 2 avril 2025, la création de la commune nouvelle a fait l’objet de plusieurs recours de riverains et anciens conseillers municipaux, fragilisant tous les actes de la commune. «Neuf ans de procédure, c’est un peu long, ironise Bastien Coriton, le maire. Nous avons fait comme si la commune était créée. Si elle avait dû être défusionnée, nous aurions pu rencontrer des difficultés par rapport aux procédures de rachat [des maisons] ». La préfecture a plutôt soutenu la commune nouvelle en la laissant agir comme si son existence était confirmée. 

 

Suivez Maires de France sur


Raccourci : mairesdefrance.com/28808
Couverture

Cet article a été publié dans l'édition :

n°441 - JANVIER 2026
Retrouver tous les articles de ce numéro :
Les offres d’abonnement
Toutes les éditions
Logo

Maires de France est le magazine de référence des maires et élus locaux. Chaque mois, il vous permet de décrypter l'actualité, de partager vos solutions de gestion et vous accompagne dans l'exercice de votre mandat. Son site Internet, mairesdefrance.com, vous permet d’accéder à toute l'information dont vous avez besoin, où vous voulez, quand vous voulez et sur le support de votre choix (ordinateur, tablette, smartphone, ...).