Comment réduire l'empreinte carbone des logements
La nouvelle réglementation environnementale, prévue à l'été 2021, tiendra compte de l'empreinte carbone d'un bâtiment sur tout son cycle de vie. Par Martine Kis

COMPRENDRE LES ENJEUX
« C’est une révolution, s’enthousiasme Nicolas Cailleau, en charge de l’énergie et de l’environnement à l’Union sociale pour l’habitat (USH). On transforme la manière d’appréhender le bâtiment en y ajoutant la notion “bas carbone”. On ne considère désormais plus le bâtiment seulement durant exploitation mais en calculant ses émissions carbone durant tout son cycle de vie.»« 2050, c’est très proche, abonde Marianne Louis, directrice de l’USH. Les logements construits aujourd’hui seront là en 2050, et nous en serons toujours propriétaires. Nous sommes obligés de penser au long terme.» C’est pourquoi, depuis près de cinq ans, les bailleurs sociaux travaillent avec la Caisse des dépôts sur l’expérimentation du label «E+C- » (Énergie positive et réduction carbone, lire ci- contre).
« Concrètement, cela veut dire qu’on ne peut plus se concentrer sur l’exploitation, le chauffage et l’électricité maisqu’il faut intégrer la construction et les matériaux. C’est ce que fait l’industrie automobile depuis longtemps. Il suffit de voir les débats sur la voiture électrique », constate Hélène Genin, déléguée géné- rale de l’Association pour le développement du bâtiment bas carbone (BBCA). Il s’agit de savoir combien de carbone a été émis pour produire un matériau, combien pour exploiter et gérer un immeuble, puis pour le démolir.
L’approche bas carbone pourrait venir en appui des rénovations lourdes au détriment des démolitions. «La conférence citoyenne sur le climat apréconisé zéro artificialisation du foncier et la fin des démolitions. Maisunepartie duparc hors secteur de rénovation urbaine est obsolète et démolie car la production neuve est mieux financée que la démotition, regrette Marianne Louis. Nous demandons donc une aide à l’État pour financer des rénovations très lourdes qui donneraient une seconde vie au logement et participeraient à la réduction de l’impact carbone. » Un apport non négligeable si l’on sait que 75 % des logements de 2050 sont déjà construits.
Diminuer l’impact carbone des bâtiments, poursuivre l’amélioration de leur performance énergétique et garantir leur fraîcheur pendant les étés caniculaires : tels sont les grands objectifs de la nouvelle réglementation environnementale pour les bâtiments neufs, du secteur résidentiel comme du secteur tertiaire, dite « RE2020 ».
En raison de la crise sanitaire, son calendrier d’élaboration et de mise en œuvre a été ajusté. La publication des textes réglementaires interviendra fin 2020 ou, au plus tard, au tout début de l’année 2021. La nouvelle réglementation entrera ren vigueur à l’été 2021.
Saint-Dié-des-Vosges (20 000 hab., Vosges) fait partie des pionniers de cette approche. «Dans un territoire de montagne, marqué par la désindustrialisation, nous avons eu l’idée de construire un écosystème autour de la rénovation et du bas carbone», explique le maire David Valence, président de la SA d’HLM Le Toit vosgien. Déjà en 2014, était inaugurée la résidence Jules Ferry, comportant deux bâtiments de 7 et 2 étages. Conçus en bois sur des fondations en béton, leur isolation est en paille. «Le bois et la paille sont des matériaux renouvelables et stockent le carbone, alors que le béton puise dans les ressources minérales du sol et demandede l’énergie pour la mise en œuvre », souligne le directeur technique de la SA HLM, Vincent Chevallier. Les performances de l’isolation, la ventilation double flux qui permet de récupérer les calories et de les réinjecter dans les appartements et l’orientation qui maximise les apports solaires font qu’il n’est pratiquement plus besoin d’énergie de chauffage. Depuis vingt ans, Le Toit Vosgien a le souci de produire une filière bas carbone en privilégiant des matériaux biosourcés (issus du vivant, d’origine animale ou végétale) et des filières courtes, y compris pour la rénovation. En 2016, une rénovation obtient même le label BBCA en tenant compte de la consommation de matériaux durant la phase de réalisation, du pourcentage de matériaux biosourcés et des performances techniques. «Nous avons créé un effet d’écosystème avec une filière allant dubois auxarchitectes et cabinets spécialisés en passant par les entreprises», se félicite David Valence.
DÉLÉGUÉE GÉNÉRALE DE L’ASSOCIATION POUR LE DÉVELOPPEMENT DU BÂTIMENT BAS CARBONE (BBCA)

« UN ENJEU FORT POUR LES COLLECTIVITÉS »
EXPÉRIMENTER LE LABEL E+CÉ
à Beaucouzé (5 000 hab., Maine-et- Loire), c’est la volonté de la commune de reconstituer une forêt et d’y «noyer » une résidence qui séduit le bailleur Angers Loire Habitat (ALH) qui cherche un site pour expérimenter le label E+C-. En 2018, est livrée la résidence Hélios, 36 logements en trois plots «avec la forêt entre eux», décrit Nicolas Poirier, directeur du patrimoine d’ALH. Au-delà du recours à une ossature bois, favorable au bilan carbone, c’est le processus de conception intégrée qui fait l’originalité du projet : collectivité et aménageur co-conçoivent le projet au cours d’une dizaine d’ateliers où chacun pose ses attentes, ce qui «bouleverse le projet architectural », selon le directeur. Les partenaires apprennent à analyser les différents éléments du projet. Ainsi, le photovoltaïque est bon pour l’énergie mais dégrade le bilan carbone. «La démarche oblige à analyser le cycle de vie des matériaux. Chaque fabricant décrit, dans des fiches de déclaration environnementale et sanitaire (FDES) qui seront rendues obligatoires par la future RE 2020, l’analyse du cycle de vie de ses produits. L’agrégation de l’ensemble des matériaux définit le niveau carbone.» Comment garantir le maintien des résultats annoncés sur la durée ? «Les performances sont souvent excellentes sur le papier mais, pendant la mise en œuvre et durant la vie du bâtiment, on n’a pas les mêmes résultats », constate Pascal Nayme, directeur général adjoint de Loire Habitat. C’est pourquoi, lors du lancement du projet de réhabilitation et de construction neuve portant sur 68 logements à Montbrison (16 000 hab., Loire), livré à l’été 2021, une «mission de commissionnement» a été confiée à un cabi- net extérieur, garant de la bonne mise en œuvre des préconisations et de l’exploitation sur les trois premières années de vie des bâtiments, en lien avec l’exploitant. «Nous avons vu l’opportunité de concilier performance énergétique et label bas carbone avec E+C-, en anticipant sur uneobligation réglementaire à venir», résume Pascal Nayme.
énergie positive et réduction carbone est un label expérimental (https://www.certivea.fr/offres/label-e-c) volontaire lancé par l’état en 2016 pour anticiper la réglementation environnementale 2020. Il permet de bénéficier du dépassement des règles de constructibilité prévu par la loi de transition énergétique pour la croissance verte de 2015.
• La rénovation énergétique des bâtiments et le bloc communal, note de l’AMF : www.amf.asso.fr
(réf. CW40398).
• Construction bas carbone. Manuel à l’usage des décideurs. https://www.batimentbascarbone.org
• http://www.batiment-energiecarbone.fr
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Cet article a été publié dans l'édition :
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