À Labescau (Gironde), une route risque d'être condamnée faute d'argent
Depuis février, l'axe reliant la commune (130 habitants, 33) à celle d'Aillas est fermé à la circulation après son effondrement.

La première alerte est donnée lorsqu’une fissure apparaît dans la chaussée, début 2026. «Nous avons été informés par le maire de Labescau », raconte Loïc Mallet, directeur des services techniques et environnement à la communauté de communes du Bazadais. Une équipe technique est rapidement envoyée sur place. «Après examen, une décision s’impose : fermer immédiatement la chaussée. »
Une mesure de précaution qui s’avérera déterminante pour la sécurité des habitants. Dans les jours qui suivent en effet, la fissure s’élargit progressivement jusqu’à ce qu’une partie entière du versant ne cède. «En une semaine et demie, la cavité s’est ouverte de manière plus franche encore, jusqu’à provoquer le glissement de terrain. L’ensemble du pan de colline est parti, entraînant aussi les arbres qui se trouvaient sur sa partie haute. Tout a glissé dans le ravin en bas », décrit Loïc Mallet.
Selon les premières constatations, le sinistre serait lié à la présence de sources sous la chaussée qui auraient débordé avec la pluie très abondante qui s’est abattue sur la zone. Le mouvement de terrain s’est poursuivi pendant près d’un mois avant de se stabiliser en mars. Aujourd’hui, la zone effondrée atteint environ 110 à 115 m de longueur, et jusqu’à 10 m de profondeur. «C’est toute la structure de la route qui est partie. Dans toute ma carrière, c’est la première fois que je suis confronté à un glissement de terrain aussi important », reconnaît Loïc Mallet.
Coût exorbitant
Face à l’ampleur des dégâts, l’intercommunalité a fait appel à un bureau d’études spécialisé en géotechnique afin d’évaluer la faisabilité d’une reconstruction. Une première enveloppe de 25 000 euros est déjà nécessaire pour réaliser les études et les sondages du sous-sol, alors que les travaux éventuels s’annoncent particulièrement lourds. Il faudrait notamment stabiliser le terrain, évacuer les matériaux, mettre en place des systèmes d’ancrage, installer des drains pour capter les eaux souterraines, puis reconstruire progressivement la plateforme routière, refaire le revêtement et reprendre les fossés.
Coût estimé de l’ensemble des opérations : au moins 800 000 euros. Un montant excessif pour la commune, comme pour l’intercommunalité. «Le territoire compte près de 484 km de routes répartis sur 31 communes. Cette année, on a 100 000 euros pour gérer l’ensemble de ces voiries : il nous en faudrait 600 000 », alerte Loïc Mallet. L’EPCI a sollicité des dotations exceptionnelles auprès de la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal), restées sans réponse début juillet.
Par ailleurs, la commune de Labescau n’a toujours pas été reconnue en état de catastrophe naturelle par l’État pour cet épisode pluvieux, intervenu dans un contexte d’inondations massives dans tout le département, alors qu’elle en a fait la demande le 27 février 2026 (lire ci-dessous).
Pour les habitants, les conséquences de cette fermeture sont déjà là. «Ils sont obligés de faire 8 km de plus par rapport à leur trajet habituel » pour rallier la commune voisine d’Aillas. Un agriculteur du secteur est également contraint d’effectuer un détour d’environ 10 km pour accéder à ses parcelles.
Reste donc à savoir si la route pourra être reconstruite. Tout dépendra des conclusions des études techniques et des financements mobilisables. L’une des hypothèses est de condamner cette voie, reconnaît Loïc Mallet. «Pour les usagers et les riverains, ce serait regrettable. Mais sans moyens supplémentaires, nous n’aurons pas d’autre choix. »

Denis Espagnet, maire de Labescau (33)
« Nous avons le sentiment d’être oubliés »
Les premiers signes sont apparus début février. Une fissure sur la chaussée s’est progressivement agrandie. Malgré une surveillance attentive, la situation s’est dégradée jusqu’à provoquer un effondrement majeur.
Le dossier avance, mais beaucoup trop lentement. Il faut réaliser des études de sol, établir des devis et organiser les expertises nécessaires. Nous avons aussi engagé une demande de reconnaissance de catastrophe naturelle, le 27 février, sans réponse pour le moment.
Les habitants sont très affectés et me témoignent leur soutien. La fermeture de cette route impose des détours importants. Pour rejoindre le point situé de l’autre côté de l’effondrement, il faut parcourir près de 8,7 km : pour les agriculteurs et les riverains, c’est du temps perdu et des dépenses supplémentaires de carburant.
Cet article a été publié dans l'édition :
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