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22/09/2026 SEPTEMBRE 2026 - n°448
AMF Environnement Finances Transports, mobilité, voirie

À Labescau (Gironde), une route risque d'être condamnée faute d'argent

Depuis février, l'axe reliant la commune (130 habitants, 33) à celle d'Aillas est fermé à la circulation après son effondrement.

Par Caroline Reinhart
Depuis février dernier, après l'écroulement de la route Labescau-Aillas (33) dû à de fortes pluies, Labescau espère être reconnue en état de catastrophe naturelle pour financer les travaux.
© Loïc Mallet, CDC Bazadais
Depuis février dernier, après l'écroulement de la route Labescau-Aillas (33) dû à de fortes pluies, Labescau espère être reconnue en état de catastrophe naturelle pour financer les travaux.
A Labescau (33) une petite route s’est effondrée sous l’effet d’un important glissement de terrain survenu début février après 37 jours de pluie ininterrompue. Huit mois après, l’axe reste fermé et son avenir demeure incertain. Entre études géotechniques et coûts estimés à plusieurs centaines de milliers d’euros, la commune et la communauté de communes du Bazadais, compétente en matière de voirie, se retrouvent au bord d’un autre gouffre, cette fois-ci financier.

La première alerte est donnée lorsqu’une fissure apparaît dans la chaussée, début 2026. «Nous avons été informés par le maire de Labescau », raconte Loïc Mallet, directeur des services techniques et environnement à la communauté de communes du Bazadais. Une équipe technique est rapidement envoyée sur place. «Après examen, une décision s’impose : fermer immédiatement la chaussée. »

Une mesure de précaution qui s’avérera déterminante pour la sécurité des habitants. Dans les jours qui suivent en effet, la fissure s’élargit progressivement jusqu’à ce qu’une partie entière du versant ne cède. «En une semaine et demie, la cavité s’est ouverte de manière plus franche encore, jusqu’à provoquer le glissement de terrain. L’ensemble du pan de colline est parti, entraînant aussi les arbres qui se trouvaient sur sa partie haute. Tout a glissé dans le ravin en bas », décrit Loïc Mallet.

Selon les premières constatations, le sinistre serait lié à la présence de sources sous la chaussée qui auraient débordé avec la pluie très abondante qui s’est abattue sur la zone. Le mouvement de terrain s’est poursuivi pendant près d’un mois avant de se stabiliser en mars. Aujourd’hui, la zone effondrée atteint environ 110 à 115 m de longueur, et jusqu’à 10 m de profondeur. «C’est toute la structure de la route qui est partie. Dans toute ma carrière, c’est la première fois que je suis confronté à un glissement de terrain aussi important », reconnaît Loïc Mallet.
 

Coût exorbitant

Face à l’ampleur des dégâts, l’intercommunalité a fait appel à un bureau d’études spécialisé en géotechnique afin d’évaluer la faisabilité d’une reconstruction. Une première enveloppe de 25 000 euros est déjà nécessaire pour réaliser les études et les sondages du sous-sol, alors que les travaux éventuels s’annoncent particulièrement lourds. Il faudrait notamment stabiliser le terrain, évacuer les matériaux, mettre en place des systèmes d’ancrage, installer des drains pour capter les eaux souterraines, puis reconstruire progressivement la plateforme routière, refaire le revêtement et reprendre les fossés.

Coût estimé de l’ensemble des opérations : au moins 800 000 euros. Un montant excessif pour la commune, comme pour l’intercommunalité. «Le territoire compte près de 484 km de routes répartis sur 31 communes. Cette année, on a 100 000 euros pour gérer l’ensemble de ces voiries : il nous en faudrait 600 000 », alerte Loïc Mallet. L’EPCI a sollicité des dotations exceptionnelles auprès de la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal), restées sans réponse début juillet.

Par ailleurs, la commune de Labescau n’a toujours pas été reconnue en état de catastrophe naturelle par l’État pour cet épisode pluvieux, intervenu dans un contexte d’inondations massives dans tout le département, alors qu’elle en a fait la demande le 27 février 2026 (lire ci-dessous).

Pour les habitants, les conséquences de cette fermeture sont déjà là. «Ils sont obligés de faire 8 km de plus par rapport à leur trajet habituel » pour rallier la commune voisine d’Aillas. Un agriculteur du secteur est également contraint d’effectuer un détour d’environ 10 km pour accéder à ses parcelles.

Reste donc à savoir si la route pourra être reconstruite. Tout dépendra des conclusions des études techniques et des financements mobilisables. L’une des hypothèses est de condamner cette voie, reconnaît Loïc Mallet. «Pour les usagers et les riverains, ce serait regrettable. Mais sans moyens supplémentaires, nous n’aurons pas d’autre choix. »

 

TROIS QUESTIONS À...
Denis Espagnet, maire de Labescau (33)
« Nous avons le sentiment d’être oubliés »
• Comment avez-vous réagi face à l’événement ?
Les premiers signes sont apparus début février. Une fissure sur la chaussée s’est progressivement agrandie. Malgré une surveillance attentive, la situation s’est dégradée jusqu’à provoquer un effondrement majeur.
Aujourd’hui, la route est coupée par un trou gigantesque. Dès les premiers jours, j’ai alerté les responsables concernés. La compétence voirie a été transférée à la communauté de communes : la commune ne peut pas intervenir directement.
• Où en est la procédure ?
Le dossier avance, mais beaucoup trop lentement. Il faut réaliser des études de sol, établir des devis et organiser les expertises nécessaires. Nous avons aussi engagé une demande de reconnaissance de catastrophe naturelle, le 27 février, sans réponse pour le moment.
Depuis février, les démarches se succèdent sans que les travaux ne puissent démarrer. Pourtant, l’urgence est là. Les estimations font état d’un chantier compris entre 800 000 euros et 1 million d'euros. Pour une commune comme la nôtre, au budget annuel d’environ 200 000 euros, c’est impossible à financer.
• Quel est votre sentiment aujourd’hui ?
Les habitants sont très affectés et me témoignent leur soutien. La fermeture de cette route impose des détours importants. Pour rejoindre le point situé de l’autre côté de l’effondrement, il faut ­parcourir près de 8,7 km : pour les agriculteurs et les riverains, c’est du temps perdu et des dépenses supplémentaires de carburant.
Au-delà des difficultés ­pratiques, il y a un véritable sentiment d’abandon : les petites communes rurales ne sont pas prioritaires. Le département n’a plus d’argent, et la région [Nouvelle-Aquitaine] préfère mettre 25 milliards d'euros pour la LGV plutôt que d’investir dans nos communes. Aujourd’hui, seule une aide de l’État permettrait de débloquer la situation et de financer les travaux nécessaires au rétablissement de la circulation.
Photo © Commune de Labescau

 

Les acteurs clés
• Le maire de Labescau. Dans le cadre de la procédure de reconnaissance de catastrophe naturelle, c’est au maire de faire la demande auprès du préfet dans un délai de 24 mois après l’événement. Celle-ci fait l’objet d’une instruction jusqu’à la publication d’un arrêté interministériel portant reconnaissance ou non de l’état de catastrophe naturelle. La communauté de communes du Bazadais. Elle dispose de la compétence voirie, transférée par les 31 communes qui la composent. Elle ne peut compter que sur son propre budget – 100 000 euros cette année – pour gérer l’ensemble de la voirie intercommunale (484 kilomètres).
• Le département de la Gironde. La collectivité subventionnait la communauté de communes du Bazadais à hauteur de 200 000 euros jusqu’à l’année dernière. Depuis 2026, il n’y a plus d’aide financière car le conseil départemental est confronté à un endettement conséquent.
• L’État. La direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) était toujours aux abonnés absents début juillet. La communauté de communes a sollicité une dotation exceptionnelle auprès de la préfecture pour la remise en état de la route.

 

Alerte sur l’état des routes françaises
Le dernier rapport de l’Observatoire national des routes (2025, www.idrrim.com/ONR) fait état de données alarmantes : 18,6 % du réseau routier national non concédé (en 2022) et 11,9 % du réseau départemental (en 2024) étaient en mauvais état. Le rapport constate une baisse significative des investissements des départements dans l’entretien de leur voirie, pour la première fois depuis près de dix ans.
Les collectivités pâtissent notamment du désengagement de l’État qui leur a transféré une partie de son réseau sans l’avoir préalablement évalué. Un «défaut de stratégie nationale » pointé par la Cour des comptes dans son rapport sur le sujet (mars 2022). Et relayé également par l’AMF qui estime le coût global d’entretien des routes à 15 milliards d’euros par an pour les communes qui, avec les EPCI, gèrent 717 000 kilomètres de routes (65,5 % du réseau français) et plus de 120 000 ponts dont 30 % nécessitent des travaux. Une facture encore aggravée par les effets du dérèglement climatique sur la voirie.

 

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Cet article a été publié dans l'édition :

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