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18/05/2026 MAI 2026 - n°445
Administration générale Démocratie Votre mandat

Travailler et composer avec l'opposition, en bonne intelligence

Ouverture, dialogue et co-construction : des maires font le pari d'un mandat apaisé en choisissant d'associer pleinement l'opposition à la vie municipale. Si elle en est disposée.

Par Estelle Chevassu
Pour Maxime Bost, maire de La Mulatière (69, au micro), les élus minoritaires ne sont pas des « opposants » mais des représentants de sensibilités différentes, à part entière légitimes.
© Mairie de La Mulatière
Pour Maxime Bost, maire de La Mulatière (69, au micro), les élus minoritaires ne sont pas des « opposants » mais des représentants de sensibilités différentes, à part entière légitimes.
Après les élections municipales, de nombreux maires choisissent de placer le dialogue et la transparence au cœur de leur mandat avec l’objectif de construire avec toutes les sensibilités représentées au conseil municipal. Pour beaucoup, la volonté est de faire une vraie place à l’opposition et de s’inscrire dans des rapports ouverts et respectueux, même si les campagnes électorales ont pu parfois être très difficiles.

« Au début, c’est toujours tendu. Mais nous allons rester apaisés et dans notre volonté de travailler pour nos administrés d’une manière sereine », confie Jean-Michel Viart, réélu maire de Saint-Julien-les-Villas (Aube, 6 650 hab.), dont le principal opposant est un ancien adjoint. «Je ne peux pas empêcher quiconque de vouloir être agressif mais je ne répondrai pas à l’agressivité et je resterai droit dans mes bottes. Si l’opposition choisit de participer positivement, de co-construire pour le bien des administrés, on l’écoutera et on fera des choses ensemble. Dans le cas contraire, on la laissera parler et ça s’arrêtera là. »
 

Dépasser les postures et tensions

Gwenaëlle Guerlavais, nouvelle maire des Matelles (Hérault, 2 100 hab.), appelle à «dépasser acrimonies et autres histoires interpersonnelles : même dans nos villages, il y a désormais quelque chose qui est plus de l’ordre de la confrontation que du débat d’idées. Je veux lutter contre cela, même si ce n’est pas facile » (lire ci-dessous). Réélue à Léry (Eure, 1 953 hab.), Janick Léger, dont la campagne s’est achevée sur des attaques personnelles, a choisi de regarder devant : «Les élections sont passées et on va devoir travailler ensemble six ou sept ans. Soit on passe ce temps à se venger, soit on essaie de convaincre que ce qu’on fait est honnête et dans l’intérêt général. »

Maxime Bost, élu maire de La Mulatière (Rhône, 6 554 hab.), ne cache pas la sévérité de son expérience dans l’opposition : «Six années difficiles par le manque d’informations, la mise devant le fait accompli. Nos idées étaient rejetées parce qu’elles émanaient de nous. Je n’ai pas trouvé cela constructif et c’est quelque chose que je ne veux pas reproduire. »

Selon l’Association nationale des élus locaux d’opposition (AELO), le mandat d’opposition est une «véritable école de responsabilité locale ». À l’issue du scrutin de mars 2026, 15 % de ses membres sont d’ailleurs devenus maires. Ces nouveaux édiles, ayant vécu «l’autre côté », abordent souvent leur fonction avec une volonté farouche de rompre avec des pratiques d’exclusion, à commencer par une question de sémantique. «Dans ce terme de majorité, il y a quelque chose d’écrasant. C’est comme cela que je l’ai vécu et le mot “opposition” montre tout de suite quelque chose de frontal, juge Gwenaëlle Guerlavais qui est restée membre de l’AELO. Je ne parle donc pas d’opposition et de majorité mais de groupes politiques. » Nombre de maires souhaitent associer plus largement ces élus et ont, par exemple, décidé de leur ouvrir les commissions, alors même que la règle de la proportionnelle ne leur laissait normalement pas de place.
 

Une porte ouverte pour co-construire

À Léry, Janick Léger a ainsi permis aux deux élus de l’opposition de siéger au centre communal d’action sociale et à la commission de révision des listes électorales. «Il y a des commissions où il est nécessaire d’avoir des avis différents, juge-t-elle. On est plus intelligent collectivement que tout seul. Et il faut aller frotter ses propositions au bon sens et à l’intelligence collective. » Elle a d’ailleurs mis en place des conseils consultatifs ouverts à tous les habitants, où les élus de l’opposition ne siègent pas : «c’est dommage parce qu’ils y auraient leur place comme n’importe quel habitant. La porte est ouverte ».

À Vieux-Rouen-sur-Bresle (Seine-Maritime, 583 hab.), Bruno Borgoo, réélu pour un troisième mandat, a, dès le conseil d’installation, ouvert les commissions à l’opposition mais aussi le comité des fêtes «parce qu’ils avaient des idées pour redynamiser le pays ». Son principal opposant est son ancien adjoint mais pas d’animosité : «Tout cela va se faire en bonne intelligence. Nous ne sommes pas arc-boutés sur nos positions, et ça n’empêche pas de discuter et de suivre leurs idées si elles sont bonnes. »

Même démarche à La Mulatière, où Maxime Bost souhaite que les commissions deviennent de vrais lieux de dialogue, avec la volonté sur certains sujets d’être en capacité de co-construire. «Voire, quand l’opposition sera force de proposition, de l’associer à la réalisation d’un projet qu’elle aura amorcé. Si un élu de l’opposition propose quelque chose d’intéressant, il en sera crédité. »
 

Dans le respect des droits et des règles

Ce dernier a également proposé aux élus des trois autres groupes de représenter la commune dans certains organismes extérieurs, en suppléance des titulaires, et de laisser un siège à l’opposition dans les organismes où la mairie compte plusieurs représentants. «Permettre à l’opposition d’être pleinement associée, cela n’existait pas auparavant », souligne-t-il.

Parallèlement, ces maires veillent à ce que les droits élémentaires de l’opposition soient respectés, comme le droit à communication des documents administratifs. «Ne serait-ce que déjà l’envoi des ordres du jour pour qu’ils puissent connaître les sujets et faire remonter informations et propositions », pointe Maxime Bost.

Aux Matelles, Gwenaëlle Guerlavais, qui a passé six ans à se battre et à perdre du temps pour faire valoir ses droits, y attache une grande importance : «Si les élus [hors] de mon groupe veulent ainsi adhérer à l’AELO, et que ça soit pris en charge par la mairie, cela ne me dérange pas. » Et de poursuivre : «Je vais devoir revoter le règlement intérieur, qui avait largement été conçu  pour cadenasser l’opposition à laquelle j’appartenais. J’ai proposé aux différents groupes de travailler dessus et de me faire des propositions. Ils peuvent aussi reprendre [celui] de l’AELO qui est très bien. Il n’y a pas de révolution. »

À La Mulatière, le règlement intérieur est retravaillé en profondeur : les espaces d’expression dans le magazine municipal seront répartis au prorata du nombre d’élus avec un socle minimal garanti pour les plus petits groupes. Si ce droit d’expression existe aussi à Léry, sa maire rappelle qu’il comprend des règles à respecter.

À Saint-Julien-les-Villas, Jean-Michel Viart, qui n’a pas modifié en profondeur le sien, le garde à portée de main en conseil : «S’il faut y faire référence, je le ferai. Je resterai droit et ferme. » Dès le deuxième conseil municipal, la maire des Matelles a, elle, tenu à rappeler les règles de bienséance, signe que dialogue et exigence ne s’excluent pas.
 

Règlement intérieur
Les conseils municipaux des communes de 1 000 habitants et plus ont l’obligation de se doter d’un règlement intérieur dans les six mois suivant leur installation (art. L.2121-8 du Code général des collectivités territoriales). Ce document fixe les règles de fonctionnement de l’assemblée délibérante, dans le respect des dispositions législatives et réglementaires en vigueur.
Il s’impose aux membres du conseil, qui doivent respecter les procédures qu’il prévoit : le non-respect de ces règles peut entraîner l’annulation de la délibération du conseil municipal.
Dans les communes de moins de 1 000 habitants, l’AMF recommande d’en adopter un.

 

TÉMOIGNAGE
Gwenaëlle Guerlavais, maire des Matelles (Hérault, 2 100 habitants) 
« Ce n’est pas qu’une question d’opposition » 
« J’ai été surprise d’entendre, lors des formations de l’AELO, les témoignages d’élus d’opposition évoquant à la fois un grand mépris et une grande violence. Humainement parlant, il faut s’accrocher. Je suis restée membre de l’AELO et, vivant aujourd’hui les deux situations, je peux aider à faire le pont entre ces deux mondes qui, parfois, se regardent en chien de faïence. Ce qui me frappe, c’est que tout cela ne devrait même plus être un sujet : la loi prévoit les droits des élus d’opposition.
Pourtant, on perd encore un temps précieux sur les droits bafoués, les petites guerres d’usure. Il faut que cela cesse. J’invite vraiment les maires, les députés, les sénateurs à investir ce sujet. Cette question des mauvaises relations ne concerne pas seulement l’opposition : c’est comment nous, élus, acceptons des sensibilités différentes, arrivons à discuter, à travailler ensemble et quels garde-fous nous nous donnons. La démocratie commence d’abord dans nos communes. » 
Photo © CyrilleGay

 

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