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Maires de France
Pratique
20/05/2026 MAI 2026 - n°445
Santé Social

Réaliser une analyse des besoins sociaux de la population

Les centres communaux et intercommunaux (CCAS et CIAS) doivent élaborer cette analyse en début de mandat. Elle permet notamment d'orienter la politique sociale locale.

Par Emmanuelle Stroesser
© Source : Unccas 2026
Comme à chaque début de mandat, les élus en charge des CCAS et CIAS reçoivent de nombreuses sollicitations de formations, plateformes et bureaux d’études pour les aider dans la réalisation de l’analyse des besoins sociaux (ABS) de la population de leur ressort. Certaines prestations peuvent être coûteuses (jusqu’à 20 000 euros). Mais une ABS ambitieuse ne nécessite pas forcément qu’on y consacre un budget conséquent.

Avant de se lancer, il convient de bien faire le point sur ce que recouvre la démarche, le temps que vous et vos agents pourront y consacrer, la façon dont vous souhaitez la conduire et les partenaires sur lesquels vous pouvez vous appuyer.  
 

I - Une obligation règlementaire

Pourquoi réaliser une ABS ? Car la règlementation l’impose (décret n° 95-562 du 6 mai 1995 et décret n° 2016-824 du 21 juin 2016). Elle doit être menée dans l’année civile suivant chaque renouvellement du conseil municipal ou communautaire (elle ne doit plus être réalisée tous les ans). Les CCAS et CIAS sont chargés de sa réalisation. Cette analyse donne lieu à un rapport. Elle repose «sur un diagnostic sociodémographique partagé avec l’ensemble des acteurs publics et privés concernés par la mise en œuvre des actions de prévention et de développement social ».

Les communes de moins de 1 500 habitants (où l’existence d’un CCAS n’est plus obligatoire) en sont dispensées. Ce qui ne doit pas leur interdire de s’engager dans la démarche en s’appuyant sur l’intercommunalité si celle-ci exerce la compétence CIAS.  
 

II - Un état des lieux précieux

En ce début de mandat, l’ABS permet d’évaluer la situation sociale de l’ensemble de la population du territoire, de repérer d’éventuels nouveaux besoins, de suivre des indicateurs. L’ABS procure un éclairage sur le territoire avec des données précises pour objectiver la réalité, les enjeux et les perspectives, confirmer ou réfuter des hypothèses de travail, avec une vision fine des besoins de la population. L’Union nationale des centres communaux et intercommunaux d’action sociale (Unccas) propose à ses adhérents un site dédié et des formations. Elle a actualisé un extranet sur ce qu’est l’ABS (https://reussirmonabs.unccas.org), propose un cahier des charges type, etc.

L’ABS est un outil de pilotage qui permet aux élus de construire et mettre en œuvre un programme d’actions. Dans le département du Finistère, à Gouesnou (6 500 hab.), l’ABS «a été le point de départ d’une démarche innovante de co-construction du projet social de territoire » lors du précédent mandat. Les élus ont décidé de se servir de la phase 2 de l’ABS, plus qualitative, pour travailler avec les partenaires locaux, institutionnels ou associatifs, ainsi qu’avec les habitants sur les orientations et axes stratégiques à développer sur le territoire, dans le cadre de trois ateliers participatifs, entre janvier et juin 2022. Le résultat a permis d’élaborer le projet social de territoire, bouclé en 2023. Les années suivantes, une fois par an, une réunion partenariale a dressé un bilan, explique la mairie.  

Les actions découlant de l’ABS sont très concrètes : au CIAS d’Aunis Atlantique (Charente-Maritime), elle a notamment conduit à l’ouverture d’une douche publique, l’ABS ayant révélé l’existence de maisons très vétustes.  
 

III - Une démarche partenariale

L’ABS est une démarche collective et partenariale qui se mène en lien avec les acteurs publics/privés (circonscription sociale, mission locale, centre social, associations, etc.) présents sur le territoire. C’est l’occasion, notamment pour les nouveaux élus, de les rencontrer et d’échanger. Cela facilite l’interconnaissance, ce qui est, en soi, une première plus-value. Le croisement des regards enrichit le diagnostic. Il aide à concevoir un travail en complémentarité.

En Charente-Maritime, «nous avons décidé de mutualiser nos forces sur la partie diagnostic avec le collègue en charge de la convention territoriale globale (CTG, signée avec la caisse d’allocations familiales) qui prépare son évaluation, et les centres sociaux qui renouvellent leur projet social en 2027 », explique Anne-Laure Denieul, directrice des affaires sociales et de santé de la communauté de communes d’Aunis Atlantique.

Les CCAS peuvent également s’appuyer sur des stagiaires pour mener le travail de fond. C’est le cas de Pacé (12 500 hab., Ille-et-Vilaine) qui a mobilisé un étudiant en psychologie du travail et des organisations. «Cela a été précieux et nous a donné les moyens que nous n’avions pas de rencontrer tous les acteurs », explique Karine Boisnard, adjointe au maire chargée de l’action sociale, qui compte renouveler une convention de stage avec un nouvel étudiant dès la rentrée prochaine.  
 

IV - Un document évolutif

L’accumulation de données à un instant T n’est pas un but en soi. L’ABS doit se compléter d’études plus qualitatives (questionnaires et entretiens avec les habitants, lire ci-dessous). L’ABS n’est pas non plus un document statique. Rien n’empêche de la faire vivre tout au long du mandat, en actualisant certaines données ou en la complétant d’analyses plus ciblées et thématiques les années suivantes.

À titre d’exemple, la commune de Mareil-Marly (4 141 hab., Yvelines) a mis à jour, en 2023, son ABS de 2021 au travers de deux questionnaires et en intégrant les mises à jour de l’Insee datant de 2017. L’un des thèmes portait sur la vie sociale des adolescents (11 à 17 ans) et leurs activités (via un questionnaire en ligne et une enquête en face à face réalisée par un agent aux arrêts de transports scolaires). Les adolescents plébisciteraient l’idée d’un terrain multisports mais sont plus mitigés sur la création d’un «pôle ado ».

L’Unccas et le bureau spécialisé Compas ont créé «Hublot », une plateforme proposant aux communes et EPCI des outils pour faire vivre l’ABS durant le mandat (lire ci-dessous).  
 

V - Partager l’ABS

Faire connaître les résultats de l’ABS est important. Or rares sont les analyses qui tiennent en dix pages car le rapport final doit être le plus exhaustif possible. Cela amène souvent les CCAS à produire plusieurs rapports, l’un interne, très complet, et un autre, plus épuré et synthétique, qui sera plus facilement diffusé auprès d’un large public. Les habitants, qui ont été souvent sollicités dans le cadre de cette démarche, doivent pouvoir en découvrir le résultat.

La Chapelle-Heulin (3 400 hab., Loire-Atlantique) a isolé les chiffres clés et les principales préconisations de son ABS sur une page du site municipal. Le CCAS de Pacé a mis en ligne les 42 pages du rapport et en a présenté les principaux éléments dans une double page du magazine municipal.  
 

AVIS D'EXPERT
Éric Signarbieux, directeur de l’Union nationale des centres communaux ou intercommunaux d’action sociale (Unccas) 
« Rassembler les acteurs autour d’un projet global » 
« L’analyse des besoins sociaux est une obligation, mais c’est avant tout une opportunité pour le développement et la cohésion des territoires.
D’une part, la réglementation en vigueur entraîne peu de contraintes pour les CCAS/CIAS : le cadre de l’ABS est très souple et leur offre une grande liberté dans ses modalités de réalisation, la méthodologie à suivre, la forme et le contenu de ses résultats.
D’autre part, l’ABS offre à l’ensemble des acteurs une occasion précieuse de se rassembler autour d’un projet global pour le territoire, afin de faire progresser  les réponses apportées aux besoins des habitants.
L’analyse revêt donc une valeur considérable pour alimenter la dynamique partenariale et engager une réflexion stratégique sur un programme d’actions cohérent à construire ensemble pour le bien-vivre de tous.
Pour les agents des communes ou de l’intercommunalité, l’ABS constitue un outil de dialogue et de travail commun avec les élus sur les projets à entreprendre au service des habitants. Elle capitalise les savoirs de chacun, permet d’analyser l’offre communale ou intercommunale et de potentielles pistes d’amélioration. »
Photo © Éric Signarbieux/LinkedIn

 

Interroger les habitants
Recueillir directement le ressenti et les besoins des administrés est utile. La méthode la plus courante est celle du questionnaire à remplir en ligne ou sur papier et à déposer dans des lieux publics (mairie, médiathèque, centre social, maisons des jeunes et de la culture, etc.). Certains CCAS tentent la distribution dans les boîtes aux lettres. Les retours dépassent rarement les 10 %.
Certains ont choisi de mener des enquêtes différenciées par tranche d’âges, pour mieux cibler les problématiques propres à chacun, comme le CCAS de Geneston (3 685 hab., Loire-Atlantique), ce qui lui a permis d’atteindre un taux de réponse de presque 50 %.

 

Outils et liens utiles
• L’Unccas propose à ses adhérents un site dédié et des formations. Elle a mis à jour un extranet sur ce qu’est l’ABS (https://reussirmonabs.unccas.org), propose un cahier des charges type, etc.
• «Hublot » est une plateforme proposant des outils pour faire vivre l’ABS durant le mandat, créée par l’Unccas et le Compas (payant).
• «Géoptis », filiale de La Poste, s’est lancée dans la collecte de données pour l’analyse des besoins sociaux (payant).  

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