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Maires de France
Solutions locales
juin 2020
Environnement

Tester des essences pour la forêt de demain

Voires (Doubs, 94 habitants). La commune et l'Office national des forêts ont entrepris, depuis 2016, un travail d'adaptation des forêts au changement climatique.

Estelle Mallet-Chevassu
Illustration
Jean-Pierre Peugeot, le maire, et Pascal Genestier (accroupis), Mickaël Viennet et Didier Bier de l'ONF,  autour d'un plant de sapin Bornmüller ou sapin de Turquie qui démontre déjà une résistance.
Au cœur de cette forêt de 150 hectares, dans le Doubs, un essai expérimental est conduit depuis quatre ans. Cinq variétés de résineux y ont été introduites sur 1,5 hectare. C’est ce qu’on appelle un « îlot d’avenir », qui permet d’étudier la capacité d’adaptation de nouvelles essences d’arbres (lire ci-contre). À l’initiative, Pascal Genestier, technicien forestier de l’Office national des forêts (ONF) du secteur, et Jean-Pierre Peugeot, alors maire de Voires, tous deux conscients et convaincus de l’importance d’agir face au changement climatique. Preuve en est, les hêtres tombés au sol à quelques mètres de cet îlot, victimes des deux années consécutives de canicule qui ont frappé le Doubs. Lorsque Pascal Genestier est venu présenter la démarche à la commission bois de la commune, en 2016, le maire n’a pas hésité à la porter, « parce qu’il faut tout essayer pour l’avenir de la forêt ». Un travail d’équipe, comme ils l’expliquent, qui dure déjà depuis près de quinze ans. « Je connais la forêt mais pas toutes les finesses de l’exploitation forestière et ses propositions m’ont toujours paru bonnes, raconte Jean-Pierre Peugeot. Nous sommes donc allés en forêt pour voir et comprendre. »
La création de l’îlot d’avenir s’inscrit dans le cadre d’une démarche lancée par le département recherche, développement et innovation (RDI) de l’ONF de Dole (39). Ce dernier débute à Levier (25), un essai d’importance dans le cadre du projet Espérance/RENEssence dont l’objectif est de développer des nouvelles méthodes de plantation et de choix d’essences d’arbres pour lutter contre la sécheresse et les insectes : 4 200 sapins de provenance française (Aude, Pyrénées) mais aussi des essences exotiques (Turquie, Grèce) sont implantés aux côtés des essences locales, des sapins pectinés. 

Îlots d’avenir : des laboratoires à ciel ouvert
Ce dispositif unique en France permet de répondre au changement climatique, mais aussi aux attaques de parasites. Des expérimentations de terrain ­permettent de tester en conditions réelles de nouvelles essences d’arbres et de recueillir, à partir d’un brassage génétique, des données essentielles pour sélectionner les essences les plus adaptées. Une centaine d’îlots d’avenir seront implantés en France d’ici 2022, en particulier dans le Grand Est et en Bourgogne-Franche-Comté. « Ici, dans le Doubs, l’objectif est d’une vingtaine d’îlots en forêts domaniales et communales », précise Mickaël Viennet, du département RDI de l’ONF de Dole, qui lance un appel aux maires volontaires.

Un suivi sur dix à quinze ans

Un reliquat de nouvelles essences est proposé en 2016 à la commune de Voires, volontaire pour un essai plus léger, sur une zone parcelle « pauvre » composée essentiellement de plaques de rochers. Trois ans après avoir été plantés, certains arbres semblent déjà plus résistants que d’autres, même s’il est encore trop tôt pour en tirer des conclusions. « L’objectif est de tester, d’essayer, d’évaluer le taux de survie et de voir l’évolution sur dix à quinze ans, explique Didier Bier du département recherche, développement et innovation (RDI). Nous ne sommes qu’au début d’une démarche. » Avec deux objectifs : sauver ces unités conservatoires de sapins qui sont menacées et qui risquent de ne plus supporter le climat ; enrichir et conserver le patrimoine génétique local. D’autant qu’ici, la nature a déjà prouvé sa capacité d’adaptation puisque des sapins de Géorgie et du Nord de la Turquie, plantés apparemment dans les années 1950 par des ingénieurs ONF précurseurs, se portent aujourd’hui très bien. Une essence non répertoriée dont on a aucune trace de l’origine. 
L’important aujourd’hui est justement d’assurer une traçabilité pour ensuite récolter les graines dans le but de mieux adapter la forêt de demain. « Pour que cet essai continue, insiste Jean-Pierre Peugeot dont c’est le dernier mandat, il est essentiel de maintenir le lien avec les professionnels de l’ONF. » 

En savoir + 
• Programme national de la forêt et du bois 2016-2026, initié par la loi d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt du 13/10/2014 : www.agriculture.gouv.fr (rubrique « Production&Filières »). 
• Office national des forêts : www.onf.fr 

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Cet article a été publié dans l'édition :

n°380 - Juin 2020
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