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05/03/2026 FÉVRIER 2026 - n°442
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Municipales 2026 : anticiper la prise de fonction

Candidat aujourd'hui, et possiblement maire dans quelques semaines ? Que ce soit pour la première fois ou pour un nouveau mandat, la fonction nécessite de s'y préparer au mieux.

Par Estelle Chevassu
Lors d'un premier mandat, « il ne faut pas minimiser tout le travail de mise à niveau, très exigeant et chronophage », souligne Blandine Lechauve, maire de Thou (210 habitants, Loiret).
Lors d'un premier mandat, « il ne faut pas minimiser tout le travail de mise à niveau, très exigeant et chronophage », souligne Blandine Lechauve, maire de Thou (210 habitants, Loiret).
Devenir maire, c’est un engagement de tous les instants. «On ne peut pas imaginer ce que cela veut dire tant qu’on ne l’a pas vécu, encore plus dans nos petites communes où l’on s’adresse au maire pour tout », témoigne Blandine Lechauve, maire de Thou (210 habitants, Loiret) et candidate à sa succession en mars prochain.

Pour les candidats exerçant une activité professionnelle, l’articulation entre mandat et emploi doit absolument s’anticiper. Ludovic Rochette, maire de Brognon (320 habitants, Côte-d’Or) et président de l’Association des maires de la Côte-d’Or et des présidents d’intercommunalité (AMF21), insiste particulièrement sur ce point : «Plus les choses sont nettes entre l’élu et l’employeur, mieux c’est. Il est crucial d’informer ce dernier [de son engagement municipal], parce que, selon qu’il soit public ou privé, ce n’est pas toujours la même acceptation. Et les employeurs n’ont pas forcément une totale connaissance des droits d’un salarié qui est élu. »

D’où l’importance d’un dialogue clair, dès le début du mandat, pour éviter tout malentendu et trouver la meilleure organisation. Ce qu’a fait, en 2020, Blandine Lechauve, guide dans un musée : «J’en avais discuté avant les élections et on m’a tout de suite poussée en disant : “c’est une belle expérience et on va se débrouiller”. J’ai bénéficié d’une réduction de mon temps de travail et cela a permis aussi d’embaucher quelqu’un d’autre. »
 

Se préparer sur les plans professionnel et privé

Pour les étudiants, la démarche est similaire. Hugo Biolley, maire de Vinzieux (520 habitants, Ardèche) depuis 2020 et étudiant à Science Po Grenoble, en témoigne : «J’ai rapidement discuté avec l’école pour savoir comment rendre compatible les deux choses. Nous avons aménagé l’organisation des études. J’arrive à la fin de mon master et j’ai réussi à le faire. »

L’engagement municipal, c’est aussi accepter que sa vie familiale soit chamboulée. Le premier conseil que donne Pauline Moutonnet, maire des Bottereaux (400 habitants, Eure) et de nouveau candidate, «c’est d’avoir un très bon partenaire. Sans mon conjoint, je n’aurais pas pu faire la moitié de ce que j’ai fait ».

Devenir maire nécessite une réflexion qu’il est impératif de partager avec ses proches, selon les élus, qui recommandent de bien peser les conséquences et ce que cela implique sur le plan de sacrifices. La loi du 22 décembre 2025 «portant création d’un statut de l’élu local » améliore les modalités de conciliation entre ces différentes sphères (lire ci-dessous) mais elle ne règle pas tout. Florent Rossi, adjoint au maire d’Auribeau-sur-Siagne (3 400 habitants, Alpes-Maritimes), président de l’Association des jeunes élus de France et candidat en mars prochain, veut s’engager mais sans compromettre son équilibre de vie : «ce n’est pas parce que je serais élu maire que je devrais arrêter de sortir avec mes amis ou que je ne devrais pas partir une semaine en vacances », estime-t-il.

Une façon aussi pour lui de «garder la tête sur les épaules, de ne pas risquer le burn-out » et de se fixer des limites. Blandine Lechauve corrobore : «Il faut savoir garder du temps pour soi. Au début, on met les bouchées doubles... Mais on apprend vite que personne n’est indispensable. »
 

Appréhender l’ampleur de la tâche

L’élue anticipe déjà : en cas de deuxième mandat, elle déléguera davantage. Florent Rossi, lui, a déjà réfléchi à son agenda et à son organisation en pensant aux agents municipaux et aux élus, car «il n’y a rien de plus désagréable que de travailler avec un maire qui n’a aucune organisation ! » «Sur le management, selon la taille de la commune, il faudra effectivement réfléchir à l’enjeu de la relation entre le maire et les services », confirme Ludovic Rochette.

À Vinzieux, Hugo Biolley explique s’être préparé à la fonction, en 2020, en interrogeant les élus sur le rôle de maire, les dossiers à traiter, la bonne posture à avoir, etc. «Je m’attendais donc à parler voirie, urbanisme, à traiter de problématiques comme celle des conflits de voisinage. J’ai surtout appris qu’il fallait être capable d’aller chercher des réponses par soi-même, d’apprendre sur le tas. » Plus encore lorsque devenir maire n’était pas l’objectif de départ, ce qu’ont vécu Pauline Moutonnet et Blandine Lechauve. N’ayant auparavant jamais eu de fonctions électives, elles soulignent avoir dû redoubler d’effort pour se familiariser avec cet univers, comprendre et parler le même langage ! «Un bon conseil, énonce Pauline Moutonnet à l’attention de ses collègues futurs élus, formez-vous, avec la préfecture, avec les associations de maires... »

L’équipe municipale et administrative joue aussi un rôle crucial, à commencer par le ou la secrétaire général (e) de mairie, véritable pilier pour certains maires, mais aussi le premier adjoint. «D’expérience, et j’en suis à mon quatrième mandat, un maire qui n’a pas un “super adjoint” va très vite se fatiguer. Avoir cette personne de confiance à ses côtés, avec laquelle on forme un binôme, est rassurant », confie Ludovic Rochette. «Ce que je prépare beaucoup plus aujourd’hui, avec l’expérience d’un premier mandat, c’est certes la campagne, les projets, mais c’est aussi qui va porter les projets très concrètement et l’organisation de l’équipe », précise Hugo Biolley. Pour les élus, la réflexion sur le «qui va faire quoi » doit se faire dès la constitution de sa liste, en anticipant par exemple sur les délégations.

L’anticipation passe aussi par des aspects administratifs sur lesquels il est toujours préférable d’être bien informé. «C’est par exemple la déclaration à la CPAM à faire sans délai au début du mandat pour être immatriculé, la [souscription] d’une assurance personnelle », signale Ludovic Rochette en incitant les futurs élus à se documenter et à se faire accompagner. Hugo Biolley souligne, lui, l’enjeu de la protection fonctionnelle de la collectivité : «Moi-même, je n’y pensais pas mais j’ai dû porter plainte, aller au tribunal pour une affaire en cours. C’est hyper important dans un monde de plus en plus judiciarisé. »  

Dernier point avant de faire le saut dans le grand bain démocratique, le mental. «Il faut s’attendre à prendre des coups, parce qu’on en prend forcément, on est exposé », prévient Hugo Biolley. Pauline Moutonnet rappelle aussi la dimension genrée des critiques : «On peut entendre, encore actuellement, certaines choses quand on est femme et maire. Il faut avoir du caractère et ne pas se faire marcher sur les pieds. » Et Blandine Lechauve de conclure : «Il faut aussi un petit peu d’inconscience… Mais c’est si intéressant qu’on a envie d’y retourner. Et puis, nous avons besoin de l’engagement de jeunes, donc il faut y aller ! »
 

Témoignage
« Ne jamais être seul,
du premier au dernier jour »
Ludovic Rochette, maire de Brognon (320 habitants, 21) et président de l’Association des maires de la Côte-d’Or et des présidents d’intercommunalité
« Un maire qui débuterait un mandat et qui souhaiterait assumer cela tout seul ferait une erreur. Si j’ai un conseil à donner, pour réussir son entrée de mandat, il faut se faire accompagner. L’État et l’Association des maires de France sont là pour aider les élus. Et du premier au dernier jour, l’élu ne doit pas être seul. S’il est entouré, s’il sait où aller chercher l’information, il pourra éviter les pièges, les trappes, les écueils et mieux vivre son mandat. Il faut l’anticiper.
Ce qui est, en revanche, compliqué pour les élus, c’est de pouvoir devancer la charge de travail qu’ils auront. Un élément est souvent sous-estimé : le temps dédié à son mandat n’est pas seulement celui passé dans sa commune. Il y a aussi l’intercommunalité, des syndicats, des réunions multiples… Beaucoup d’élus sont surpris par le fait qu’ils sont régulièrement sollicités pour des choses qui concernent directement et indirectement leur commune. »
Photo © AMF

 

Une loi pour favoriser l'engagement
Outre une revalorisation des indemnités de fonction pour certains élus, la loi du 22 décembre 2025 «portant création d’un statut de l’élu local » vise à faciliter l’engagement et l’exercice du mandat notamment pour les étudiants, les jeunes parents et les personnes en situation de handicap.
Plusieurs mesures facilitent la conciliation vie professionnelle-exercice du mandat. Le texte favorise aussi l’information et la formation des élus en début et au cours de mandat. En fin de mandat, les élus pourront faire valider les acquis de l’expérience liée à l’exercice de leurs fonctions dans les conditions prévues par le Code du travail.
Lire notre article " Statut de l'élu : les principales dispositions de la loi ".

 

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