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juin 2022
Environnement

Sécheresse : alerte rouge

La majorité de la France est menacée cet été. Les agences de l'eau agissent sur le moyen et le long terme pour adapter les usages au changement climatique.

Xavier Brivet
Illustration
© AdobeStock
Le manque d'eau menace la croissance des céréales, alerte la FNSEA, avec comme risque " une perte de rendement qui peut aller jusqu'à 40 % ".
Le ministère de la Transition écologique a publié, le 18 mai, la carte des risques de l’état actuel des nappes souterraines et de l’humidité des sols (lire ci-dessous). Il ressort de cette carte, établie à partir notamment de la baisse des niveaux des rivières et des lacs observée par les agents de l’Office français de la biodiversité, que «  l’été 2022 pourrait être marqué par des étiages ou des baisses de nappe marquées sur la totalité du territoire », selon le Comité d’anticipation et de suivi hydrologique (CASH).

Au total, 22 départements présentent un risque «très probable » de sécheresse d’ici à la fin de l’été. «  Les régions Provence-Alpes-Côte d’Azur, Auvergne-Rhône-Alpes, le nord de la Nouvelle Aquitaine, Pays-de-la-Loire et Centre-Val de Loire pourraient être particulièrement touchées », prévient le CASH. Avec, notamment, des rendements des cultures de céréales (blé, orge) qui pourraient diminuer «  jusqu’à 40 % », selon la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA).
 

Dégradation des nappes phréatiques

Dans un courrier du 13 mai, le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation invite aussi les maires de France à mobiliser les surfaces en herbe dont ils disposeraient afin de répondre aux besoins de fourrage des éleveurs pour nourrir les animaux. La sécheresse pourrait aussi affecter les cultures de printemps (tournesol, betterave, maïs). Cette situation est imputable aux faibles précipitations durant l’automne 2021 et l’hiver 2022.

«  L’état des nappes phréatiques s’est vite dégradé à partir de février 2022, constate le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) dans un point d’étape établi le 20 mai. La période de vidange a débuté dès janvier-février avec deux à trois mois d’avance. » Le printemps plus sec et chaud que la normale a aggravé la situation qui «est particulièrement préoccupante, avec des niveaux bas à très bas localement, sur les nappes entre Vendée, Maine et ­Touraine ainsi que sur les nappes de la Côte d’Azur, de Provence et du sud de la Drôme », décrit le BRGM.

Mais «  nous notons aussi une baisse sensible des nappes depuis avril, confirme André ­Flajolet, maire de Saint-Venant (62) et président de l’agence de l’eau Artois-Picardie. Durant ce mois, nous avons eu quatre fois moins de précipitations que la normale. Et les pluies orageuses du printemps ne pénètrent que faiblement dans les sols. Le préfet a pris un arrêté de vigilance début mai qui demande aux agriculteurs une autodiscipline dans les prélèvements. Sinon, il prendra un arrêté d’interdiction. »

Fin mai, 16 départements faisaient l’objet d’arrêtés préfectoraux comportant des restrictions dans l’utilisation de l’eau – dont 8 placés en seuil «  alerte » avec notamment une réduction des prélèvements à des fins agricoles (Alpes-Maritimes, Vaucluse, Drôme, Charente-Maritime, Vendée, Loire-Atlantique, Maine-et-Loire, Sarthe). 60 autres arrêtés étaient en cours, selon le site Propluvia. Objectif : assurer les usages prioritaires (santé, sécurité civile, approvisionnement en eau potable et préservation des écosystèmes aquatiques).

 

 

Les agences de l'eau s'adaptent au changement climatique

Au-delà de ces mesures, les moyens d’agir à court terme des six agences de l’eau sont limités, et l’aide débloquée par l’État (lire ci-dessous) ne réglera pas le court terme. Seuls «  des événements pluviométriques exceptionnels pourraient permettre de ralentir ou d’interrompre la vidange » des nappes, souligne le BRGM. «  En clair, il nous faudrait un été pourri et des usages très réduits », résume Alain Sappey, chef du service planification chargé du schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux (Sdage) au sein de l’agence Loire-Bretagne.

«  Nous craignons des pénuries cet été. Seul l’État peut agir à court terme en prenant des arrêtés de restriction de l’usage de l’eau et en adaptant le soutien d’étiage des cours d’eau. » Les agences de l’eau, elles, interviennent sur le long terme, dans le cadre d’une gestion «  structurelle » de l’eau. «Depuis les années 1990, dans le cadre des Sdage – nous venons d’approuver celui de 2022-2027 –, nous hiérarchisons les bassins versants en fonction de leur sensibilité au prélèvement et nous adaptons les dispositifs locaux sur la base d’analyses portant sur l’hydrologie, les milieux aquatiques, les usages et les évolutions climatiques, explique Alain Sappey.

Ces analyses concernent tous les secteurs en tension, dans le cadre de l’élaboration de Sage et de projets de territoire pour la gestion de l’eau (PTGE) associant les acteurs locaux. » Dans le cadre de son programme d’intervention, précise Irène Félix, vice-présidente du Comité de bassin Loire-Bretagne, l’agence soutient aussi les actions des collectivités (lutte contre les fuites d’eau dans les réseaux, désimperméabilisation des sols en milieu urbain pour favoriser l’infiltration des eaux pluviales, renaturation des cours d’eau, création de réserves de substitution permettant de stocker des prélèvements effectués en période hivernale… ), des industriels (recyclage de l’eau) et des agriculteurs (choix des cultures, techniques d’arrosage… ).
 

Désimperméabilisation et agro-écologie

L’agence de l’eau Artois-Picardie intervient aussi à moyen et long terme. «  Dans le cadre de notre Sdage 2022-2027, nous mettons en place avec les acteurs locaux – et notamment les agriculteurs – des contrats de ressource en eau : prélèvements en fonction des quantités disponibles, interdiction de l’arrosage par canon, systèmes d’irrigation raisonnée, adaptation des productions à la nature des sols et à l’évolution du climat », explique André Flajolet.

L’Agence s’oppose en revanche à la volonté des agriculteurs de créer des bassines de retenue d’eau : «  nous ne voulons pas artificialiser les sols. Nous préférons les retenues collinaires », explique l’élu. L’Agence, qui bénéficiera de 18 millions d'euros sur l’enveloppe de 100 millions d'euros débloquée par l’État, va renforcer ses actions. «Nous devons accélérer la requalification des eaux usées, mieux gérer la récupération des eaux pluviales, aider les collectivités à désimperméabiliser les sols pour favoriser les infiltrations et contribuer à la recharge des nappes », liste André Flajolet.

« Nous ne travaillons pas sur le conjoncturel, confirme Martial Saddier, président du comité de bassin Rhône-Méditerranée. Trois ans après le démarrage du 11e programme “ Sauvons l’eau ” de l’agence (2019-2024), plus de la moitié des aides accordées sont affectées aux actions d’adaptation au changement climatique, soit 633 millions d'euros. Dans le cadre du Sdage 2022-2027, l’agence renforce son soutien aux PTGE en accompagnant les projets sur tous les territoires des bassins, y compris ceux qui ne sont pas encore déficitaires en eau, avec comme priorité de réalimenter les nappes phréatiques en désimperméabilisant les sols, en développant les zones humides et en préservant les champs d’expansion. »

 

Agences de l'eau : davantage de moyens
Dans un communiqué du 29 avril, l’État indique qu’il a décidé d’augmenter, en 2022, de 100 millions d'euros le plafond de dépenses des agences de l’eau. Ces crédits s’ajoutent au budget annuel des agences, établi à environ 2,5 milliards d'euros sur la période 2019-2024 dans le cadre du 11e programme d’intervention. Ils doivent permettre :
- d’accompagner les filières agricoles dans leur stratégie d’adaptation au changement climatique (l’État mobilisera aussi des crédits de France 2030 pour ce faire),
- d’améliorer la gestion de la ressource en eau (optimisation des retenues existantes ou création de nouvelles retenues, réutilisation des eaux usées traitées, économies d’eau) et de soutenir les collectivités (lutte contre les fuites dans les réseaux...).

Dès cette année, toutes les filières agricoles doivent finaliser une stratégie d’adaptation au changement climatique et mettre en place un plan d’action d’ici à 2025.
L’État va lancer une nouvelle étude prospective «Explore 2 » afin d’actualiser, d’ici à 2023, pour le territoire métropolitain, l’évaluation des conséquences hydrologiques des derniers scenarii climatiques du GIEC pour aider les acteurs locaux à adapter leurs stratégies.  

 

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