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Maires de France
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novembre 2021
Environnement Sécurité - sécurité civile

« La concertation avec les riverains sur les risques industriels est insuffisante », selon Alban Bruneau, président d'Amaris

Alban Bruneau, maire de Gonfreville-l'Orcher (Seine-Maritime), vice-président de la communauté urbaine du Havre et président de l'Association nationale des collectivités pour la maîtrise des risques technologiques majeurs (Amaris), réagit après la présentation par le gouvernement de son plan d'action post-Lubrizol.

Xavier Brivet
Illustration
© S. Pouteau
Le nouveau président d'Amaris, qui a succédé à Yves Blein, estime que le plan d'actions présenté par le gouvernement (lire Maire info du 25 octobre) manque de «portage politique » et de moyens.
 

Le gouvernement a annoncé en octobre son plan d’action « Tous résilients face aux risques ». Qu’en pensez-vous ? 

Surmonter une catastrophe, c’est bien. Mais il est encore mieux de l’éviter. Or, vingt ans après l’explosion d’AZF à Toulouse et deux ans après l’incendie de Lubrizol à Rouen, il reste beaucoup à faire dans la prévention et la gestion des risques industriels. La concertation sur les risques avec les riverains des risques industriels est insuffisante. L’Etat n’est toujours pas parvenu à instaurer et animer un dialogue avec eux. Ces habitants, mal informés et insuffisamment associés aux décisions concernant leur territoire, n’ont pas ou peu développé une culture du risque. Le gouvernement le reconnaît dans le cadre de son plan d’action en soulignant que les habitants concernés ne disposent pas d’une information accessible et pédagogique leur permettant d’évaluer le risque et ses conséquences.
 

Comment expliquez-vous cela ?

La prévention et la gestion des risques ne sont traitées que d’un point de vue technique. Sur le volet humain, il n’y a aucun portage politique et très peu de moyens dédiés. L’Etat fait quasiment l’impasse sur la relation avec les riverains et parfois même les élus. Il y a un déficit de volonté et de compétences des services de l’Etat en la matière, au niveau des préfectures, des sous-préfectures et des services déconcentrés. Récemment, dans l’agglomération du Havre, les services de l’Etat ont émis un « porté à connaissance » concernant le stockage et le transport de matières dangereuses à proximité d’habitations au Havre. Ceci a gelé les projets d’aménagement ou d’extension de logements, sans concertation avec la population ! Or, il faut expliquer les choses et partager la culture du risque avec les habitants. Amaris, qui regroupe une centaine de communes et d’intercommunalités exposées à des risques technologiques majeurs, demande la généralisation de commissions de suivi de site. Ces instances, là où elles existent, n’ont pas joué leur rôle d’information faute d’une implication forte des acteurs locaux. 
 

Ces instances de concertation n’existent-elles pas déjà ?

Dans la réalité, leur existence repose sur la volonté des acteurs locaux – élus et industriels. Quand elle existe, comme dans ma commune, cette commission permet pourtant un dialogue Etat-élus-industriels-habitants trois ou quatre fois par an. On y passe en revue l’évolution de la règlementation et ses conséquences pour les différents acteurs, des retours d’expériences, etc. Ceci permet d’acquérir une culture commune des risques. Dans le cadre de son plan annoncé en octobre, le gouvernement annonce une remise à plat du fonctionnement de ces commissions de suivi de sites afin qu’elles permettent une information plus large des riverains intéressés. J’espère que cela se concrétisera rapidement.  
 

Quelles sont vos autres attentes ?

Il faut achever l’élaboration des plans de prévention des risques technologiques (PPRT) et l’Etat doit prévoir un volet financier conséquent pour aider les riverains à aménager leur logement au regard de leurs prescriptions, en évitant un reste à charge trop important pour eux. A ce jour, sur un total de 16 000 logements concernés, seuls 1 500 ont pu bénéficier de mesures de sécurisation faute de moyens et d’association des habitants à l’élaboration des plans, ce qui les aurait sensibilisés. Il faut aussi améliorer la gestion de crise en recourant à de nouveaux dispositifs d’alerte des riverains via notamment des SMS géolocalisés. Suite à la catastrophe de Lubrizol, une expérimentation sera lancée par l’Etat en 2022 et devrait être généralisée en 2024. Les préfectures doivent organiser plus régulièrement des exercices en situation réelle. Il faut aussi renforcer les moyens dédiés à l’inspection des installations classées. Après Lubrizol, l’Etat a annoncé la création de 50 postes dédiés à la prévention… pour toute la France. C’est nettement insuffisant. Dans certaines régions, faute de disponibilité, les inspecteurs ne traitent plus des études de danger pourtant essentielles pour élaborer les dispositifs de prévention et de réduction du risque. L’Etat sous-traite à des bureaux d’études ce qui pourrait mettre à mal son expertise. Il est aussi indispensable de prendre davantage en compte les impacts sanitaires et environnementaux occasionnés par les sites SEVESO, non seulement à l’occasion d’un accident ou d’un incident, mais aussi d’étudier les effets chroniques de leurs émissions polluantes. Nous demandons la mise en place d’observatoires locaux de la santé et de l’environnement à proximité des sites d’activités industrielles. J’espère que le gouvernement prendra bien cet aspect en compte dans son plan sur la résilience. 

À noter :  Dans le cadre du 103e Congrès de l’AMF, un forum « Faire face aux accidents industriels ou naturels »  se tiendra mardi 16 novembre, de 10 h à 12 h 30 (Salle Citoyenneté). Voir le programme complet : www.amf.asso.fr/m/cong_programme

 


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