Faire face aux difficultés d'accès aux soins
Face à une situation jugée catastrophique, élus et représentants de l'Etat sont convenus, lors du point info du 20 novembre, de la nécessité de remettre à plat l'organisation.

Agnès Buzyn avait la charge de dresser un «panorama de la situation sanitaire en France ». Son diagnostic est sans appel : «la situation est catastrophique ». «Il n’y a jamais eu autant de médecins en France », a-t-elle rappelé. La France se distingue même de ses voisins en comptant, par exemple, deux fois plus de médecins qu’au Royaume-Uni rapporté au nombre d’habitants. Pourtant, «six millions de Français restent sans médecin traitant, déplore-t-elle.
65 % des Français disent avoir renoncé à des soins pour de multiples raisons », notamment financières. Tandis que le «désert médical » a gagné «plus de 85 % du territoire ». Dans certains départements, quasiment tous les voyants sont au rouge, a souligné Agnès Buzyn, citant l’exemple de la Mayenne où il faut patienter un an pour une mammographie et où il n’est même plus possible d’avoir un rendez-vous chez un dentiste ou un pédopsychiatre, car il n’y en a plus.
L’impact du vieillissement
Une partie de l’explication vient du fait que la France «paye le choix des politiques des années 1970 à 1990 », pendant lesquelles le numerus clausus a limité le nombre de médecins formés. Un espoir cependant : le nombre de spécialistes formés ré-augmente depuis deux ans, celui des généralistes évoluera à partir de 2030.
Le débridage du numerus clausus produit donc un effet. Le retard se résorbe. Mais cela ne suffira pas, prévient Agnès Buzyn. «En deux générations, nous avons allongé la durée de vie de plus de 16 ans et donc augmenté le nombre de malades chroniques en affection de longue durée (ALD) : 14 millions ! Soit deux fois plus qu’il y a 20 ans. Résultat : il y a 25 ans, un Français consommait 2 consultations par an chez le médecin, aujourd’hui c’est entre 6 et 7 par an ! », explique-t-elle.
La conclusion s’impose : «à nombre de médecins égal, il y a pénurie de temps médical disponible », constate l’ancienne ministre. Le phénomène est mondial. Cela pourrait un peu rassurer. Or cela ajoute une autre difficulté, celle de la compétition internationale des compétences ! Agnès Buzyn la résume en une formule provocante : «le Qatar et les Emirats arabes unis nous prennent les médecins de la Creuse ! »
Les leviers d’action
Pour faire face à l’urgence, il faut dans le même temps penser le système de santé de demain. Autour de l’exercice collectif, de parcours de soins coordonnés, du renforcement des liens ville-hôpital, notamment. «La 4e année d’internat des docteurs juniors, à partir de novembre 2026, les consultations solidaires lancées en septembre ou le récent projet de maisons France Santé », a énuméré Claire Peigné, maire de Morancé (69) et co- présidente de la commission santé de l’AMF (voir son interview ci-dessous), qui animait le forum avec son collègue Frédéric Chéreau, maire de Douai (59).
Ce dernier a aussi souligné la nécessité de s’appuyer sur les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) et les agences régionales de santé (ARS) «avec lesquelles les relations ont été compliquées au moment du Covid-19, mais qui se sont améliorées depuis ».
Les maisons France Santé
Les maisons France Santé, annoncées il y a quelques semaines à peine par le Premier ministre, «ne sont pas un dispositif de plus », a insisté Stéphanie Rist. Ce label doit «concrétiser et consolider les organisations mises en place dans les territoires et répondre à la promesse du Premier ministre d’avoir un rendez-vous chez un médecin dans les 48h00, à 30 minutes de chez soi, sans dépassement d’honoraire », selon un cahier des charges «limité mais clair », a-t-elle indiqué.
Le gouvernement fixe l’objectif de 5 000 maisons France santé en 2027. Chaque maison labellisée bénéficiera de la part de l’Etat de 50 000 euros par an, «ce qui doit permettre de financer le bureau nécessaire pour accueillir un interne, recruter une secrétaire chargée de la coordination ou une infirmière, développer la téléconsultation, etc. Ce sera aux professionnels de décider de ce dont ils ont besoin pour répondre au cahier des charges ».
Interpelée par plusieurs élus insistant sur la nécessité que les professionnels de santé se coordonnent davantage et que les territoires aient la capacité d’expérimenter, la ministre leur a assuré que ces maisons France santé seront l’outil ad hoc. Elle a aussi promis d’étudier toute proposition audacieuse pour aller un peu plus loin sur la décentralisation dans le domaine sanitaire.
Pour aller plus loin :
. Retrouvez l’interview-vidéo de Claire Peigné, par Maire-info, sur l’accueil des docteurs junior, la mise en place des consultations solidaires et le nouveau label de Maison France santé.
. Lire notre dossier spécial " 107e Congrès de l'AMF 2025 "
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