Agriculture : la sécheresse et la canicule créent des tensions en série
Le réseau des Chambres d'agriculture a fait part de son inquiétude sur l'état de l'agriculture française lors d'une conférence de presse organisée dans ses locaux, à Paris le 8 septembre.

Avec une grande différence : «1976 était un accident, [la sécheresse] de 2026, il faudra apprendre à vivre avec, anticipe Guillaume Lefort, vice-président du réseau et agriculteur en Seine-et-Marne. Il faut préparer les agriculteurs à l’avenir et au changement climatique ». Question également de souveraineté alimentaire.
Bilans catastrophiques
Les premiers bilans chiffrés 2026 sont déjà catastrophiques avec baisse de la production et des rendements à peu près dans tous les secteurs. Sur le maïs, la perte s’élèverait déjà à plus d’1 milliard d’euros, les pertes sur les légumes iraient de 10% à 100%, les volailles et les porcs ont subi une mortalité importante, le fourrage manque, la collecte et la qualité du lait sont en baisse, etc. A cela s’ajoute la hausse de charges (carburants et engrais). «Les tensions sur les trésoreries sont sans précédent. Nous avons beaucoup d’inquiétudes sur la pérennité de beaucoup d’exploitations », alerte Sébastien Windsor. Et tous les coûts de cette sécheresse ne sont pas encore connus.
Les Chambres d’agriculture espèrent que le plan annoncé d’1,2 milliard d’euros du gouvernement pour aider le secteur puisse arriver dans les exploitations dès 2026. Ces aides pourraient être débloquées à partir de «budgets libres existants », ensuite reportés dans le projet de loi de finances 2027. Le réseau reste toutefois «vigilant » sur le PLF 2027 dont dépend une bonne partie des mesures du plan gouvernemental…
Autre facteur à prendre en compte : aux pertes 2026 s’ajouteront d’autres pertes au moins en 2027 car, par exemple en arboriculture, l’impact d’une telle sécheresse a un impact sur la production de plusieurs années. Ou encore semer sur un sol asséché va moins bien fonctionner. Moins de trésorerie signifie aussi baisse de la production à venir car les agriculteurs risquent de devoir «décapitaliser », c’est-à-dire par exemple faire abattre des bêtes faute de pouvoir les nourrir, ce qui automatiquement fait baisser le chiffre d’affaires l’année suivante en raison de la réduction de la capacité de production.
"On ne pourra pas sauver tout le monde"
Les Chambres d’agriculture sont les portes d’entrée de ces aides. «On sait qu’on ne pourra pas sauver tout le monde », prédit Guillaume Lefort. «Nous devrons aider certains agriculteurs à changer de métier, ou à prendre une pré-retraite pour ceux qui sont proches de la retraite. Il y a plein de petits facteurs qui vont faire que les exploitations pourront se relever.»
Parmi ces facteurs, le réseau demande que l’agriculture puisse travailler en fonction de cycles et non plus de dates car «pour s’adapter au changement climatique, on doit s’adapter au vivant ». Outre le changement d’approche, à plus court terme, le secteur réclame «toutes les dérogations possibles » qu’elles soient administratives, techniques (comme déroger aux obligations de semer lorsque l’on ne peut pas le faire).
Stockage et irrigation de l'eau
L’un des gros sujets porte évidemment sur l’eau et les besoins en stockage comme en irrigation. «Les lignes commencent à bouger depuis cet été », estime Arnaud Delestre, premier vice-président des Chambres d’agriculture de France et agriculteur dans l’Yonne. «On voit bien qu’en hiver on a plus d’eau avec les inondations et l’été on a moins d’eau avec la sécheresse. 83% du territoire a été concerné par des arrêtés sécheresse. Le stockage de l’eau est un facteur de résilience. L’eau ne sert pas que les agriculteurs, elle sert les populations, à produire l’alimentation, à lutter contre les incendies. Il faut sortir des ornières idéologiques. Et nous travaillons déjà à des nouvelles méthodes d’irrigation comme le goutte à goutte ». Les Chambres d’agriculture ont lancé un programme «Climaterra » pour adapter l’agriculture au changement climatique.
La loi d'urgence pour la protection et la souveraineté agricoles, votée cet été, ouvre davantage de possibilités sur l’eau (voir notre article). Les Chambre d’agriculture ont aussi réussi à se faire entendre pour faire suspendre jusqu’à la fin de l’année toute signature des Schémas directeurs d’aménagement et de gestion des eaux (SDAGE) (décision du Premier ministre prise en janvier dernier) afin que les schémas pour la période 2028-2033 intègrent les nouvelles mesures de la loi et prennent davantage en compte la voix des agriculteurs. Et surtout tirent les leçons de l’été.
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