« Quand je suis réélu en mars dernier, je sais que je vais renouer avec notre tradition de l’arbre de mai. J’en suis très heureux. En 2020, nous avions renoncé à cause du Covid-19. Typique de nos villages occitans, la cérémonie réunit en début de mandat la population autour de ses élus de “fraîche date”, au pied d’un arbre décoré. Maire et conseillers municipaux sont honorés, reconnus dans leur engagement.
La fête est d’origine chrétienne, elle célébrait le printemps. Puis elle s’est centrée sur les élus. Elle se tient le 1er mai chez nous. Avec mes collègues du conseil municipal, nous sommes allés chercher l’arbre, l’avons ébranché puis décoré : un drapeau sur le sommet, des cocardes et fanions – un par conseiller – sur le tronc. Nous étions 250 personnes cette année. Nous avons hissé l’arbre, dans un commun effort avec les habitants, nous avons trinqué et chacun est reparti avec son drapeau et de bons souvenirs. »
« Même si l’individualisme progresse, je défends cette tradition. Elle peut être intimidante surtout lorsque l’on découvre sur le tronc une pancarte “Honneur à notre maire” ! Il y a des décennies, l’arbre de mai – un pin – générait une incroyable ferveur. Là c’est un peu moins le cas. Aujourd’hui, nous ne plantons symboliquement qu’un seul arbre, alors qu’il y en avait un jadis dans le jardin de chaque conseiller. Il fallait des mois pour faire tout le conseil municipal ! Je sens que les personnes ont besoin de repères.
Dans nos campagnes, les élus en offrent. Les traditions soudent. J’ai même participé, avec la jeune chambre économique de Bergerac, dans les années 1980, au renouveau d’une vieille tradition quand j’étais président de comité des fêtes : l’omelette à l’aillet. Un festin autour d’une omelette géante préparée avec plus de 2 500 œufs. Nous l’avons mangée, cette année, la veille de l’arbre de mai. »
« Planter un arbre est magnifique. On peut le faire pour magnifier la paix, une naissance. Pour l’arbre de mai, nous choisissons un pin bien droit d’une dizaine de mètres, offert par un propriétaire forestier. À Lembras, nous l’installons près du stade, un lieu où il y restera plusieurs mois. Parfois, l’arbre de mai fêtait aussi les candidats battus lors du scrutin municipal. On enterrait ainsi la “hache de guerre”.
J’aimerais qu’un jour nous plantions un arbre vivant. Ce serait un plus beau symbole encore. Peut-être y a-t-il d’autres traditions locales à honorer ? Je reste attentif. Mais l’exercice du mandat me prend beaucoup de temps, et je sais déjà qu’au prochain arbre de mai [en 2032], je serai parmi ceux qui regardent. »