Ceux-ci sont aujourd’hui installés partout. On en compte plus de 350. Les premiers ont vu le jour au début de l’année 2025, les derniers se mettent en place en Corse. Leur périmètre varie.
Dans certains cas, celui-ci correspond au bassin d’emploi (maille préférée par France Travail) mais, le plus souvent, à celui de l’arrondissement, sous la conduite des préfets plus enclins à s’appuyer sur le territoire administratif, observe la Cour des comptes dans son rapport annuel 2026 dans lequel elle a consacré un volet à «la prise en compte des territoires dans la politique nationale de l’emploi ».
« Dans certains territoires, le choix s’est réduit aux moyens dont disposent le préfet pour animer ces comités », confirme Lucie Becdelièvre, déléguée générale de l’Alliance Ville Emploi (association de collectivités et de structures spécialisées dans l’emploi, qui siège au comité national pour l’emploi). Ce réseau critique également les périmètres, jugés décalés avec les habitudes de travail préexistantes entre les acteurs locaux. «On s’adapte, une fois de plus », grimace une directrice de mission locale. «Pour [les missions locales], la question n’est pas tant celle du périmètre que d’un surcroît d’activité lorsque la mission locale est amenée à participer aux réunions des trois ou quatre comités locaux et à celles du comité départemental », relève la Cour des comptes.
Après une mise en route laborieuse, les comités fonctionnent à présent. Alternant comités de pilotage et comités techniques. Chacun s’est d’abord attaché à définir une feuille de route. Parmi les objectifs les plus fréquents relevés par la Cour des comptes figurent la levée des freins à l’emploi (mobilité ou, plus rarement, les solutions de garde d’enfant), les «modalités d’accompagnement et d’insertion des personnes les plus éloignées de l’emploi » ou encore «la réponse aux besoins locaux de recrutement des entreprises ».
Le Comité local pour l’emploi (CLPE) Est de Seine-et-Marne veut ainsi mettre l’accent sur les besoins de formation liés au secteur nucléaire, dans la perspective de l’implantation d’une nouvelle centrale, explique Isabelle Périgault, maire de Plessis-Feu-Aussoux (597 habitants), qui y siège au titre de l’AMF. «On connaît nos entreprises, nos administrés. On peut être des facilitateurs et des relais. C’est pourquoi notre présence au sein de ces comités est importante car on y recueille des informations et on repart avec des axes d’amélioration », reprend la maire, ravie que l’une de ses premières idées soumises au comité (la création d’un mémo «qui fait quoi ») soit sur le point de se matérialiser pour «fluidifier davantage les échanges avec les maires ».
« L’attractivité du bassin d’emploi » est un autre enjeu majeur, relève la Cour des comptes, notamment dans les territoires ruraux. Cela se traduit par des actions en faveur de publics spécifiques comme les jeunes ou les saisonniers : hébergement de candidats, actions d’information (job dating, forums). Des opérations plutôt classiques mais «mieux coordonnées entre les acteurs de l’emploi », juge l’institution.
« C’est vrai », confirme le directeur de l’économie, de l’agriculture et du tourisme de la communauté de communes du Grand Pontarlier (10 communes, 29 965 habitants, Doubs). Début mai, il a organisé son 8e Salon de l’emploi et de la formation, avec France Travail, la mission locale et Cap emploi. «Ce salon a été intégré à la feuille de route du comité. On en a profité pour mieux caler le calendrier des différents événements organisés par les collectivités, pour échanger nos bonnes idées, comme le simulateur de conduite de poids lourd qui a été proposé cette année par un organisme de formation lors du salon » afin de susciter des vocations aux métiers du transport, explique Arnaud Pourny.
Le comité a également été le déclencheur de nouvelles actions, comme un atelier consacré à la «marque employeur » avec France Travail en direction des entreprises. Car «face à la concurrence de la Suisse, si nos entreprises veulent retenir les salariés, elles doivent travailler sur d’autres leviers » que la rémunération.
Ces comités sont des «accélérateurs », acquiesce la responsable de l’animation économique d’une autre communauté de communes dans laquelle Cap emploi vient d’ouvrir une permanence à l’adresse des entrepreneurs pour l’accueil de personnes porteuses de handicap. «On n’y avait pas pensé car on est tous pris dans notre quotidien », glisse-t-elle. Les plans locaux pour l’insertion par l’emploi (PLIE) ont aussi été «remis au centre du jeu » grâce à ces comités, observe la déléguée de l’Alliance Ville Emploi. «La coopération permet toujours de mieux fonctionner. C’est ce qui avait présidé à la création des maisons pour l’emploi il y a vingt ans », ajoute-t-elle. Il s’agit donc de mieux utiliser les moyens sachant que ceux-ci ne sont pas plus importants...
Les acteurs locaux ne disposent pas de plus d’argent avec les comités locaux qu’avant leur création. S’il était prévu la mise en place de conférences de financeurs (sur le modèle des conférences pour l’autonomie), aucune n’a été mise en place à la connaissance de la Cour des comptes. Aucun des territoires interrogés par Maires de France n’en a même entendu parler.
« Ce dont nous avons besoin, c’est de moyens pour assurer déjà le financement de nos missions », réagit la directrice de la mission locale du Provinois [territoire à l’est du département de la Seine-et-Marne, ndlr], toujours dans l’attente de financements de la part de l’État pour 2026, et sans visibilité pour ceux de 2027. La situation est d’autant plus fragile que l’Île-de-France fait partie des régions qui ont supprimé leur participation aux missions locales, ce qui fragilise d’autant la plateforme mobilité portée par la mission et que les partenaires du comité local verraient pourtant bien rayonner plus largement.
