C'est par exemple l'un des enseignements que les chercheurs du CNRS ont pu évoquer lors de la présentation de leur synthèse de l'état de l'art scientifique en matière de risque incendie. "Végétaliser les espaces urbains pour lutter contre la chaleur peut avoir pour effet d'augmenter les risques d'incendie", indique Jean-Baptiste Filipo, chargé de recherche au CNRS, spécialiste de la modélisation et de la prévision numérique des incendies de végétation, qui a copiloté la synthèse scientifique d’une centaine de pages (un rapport plus complet sera publié à l’automne).
Tout dépend de l'aménagement, de l'urbanisation, des essences végétales, du degré de préparation des populations alentour, des infrastructures, etc. Les publications scientifiques démontrent la multiplicité de facteurs intervenant dans le départ et l’évolution d’un incendie de végétation en petit feu ou en événement majeur.
Un collectif pluridisciplinaire (sciences dures, sciences humaines et sociales) de 17 chercheurs a compulsé plus de 1000 études scientifiques françaises et internationales sur le risque incendie dans les zones où se rejoignent bâtiments et végétation et sur la capacité des communes à s’en remettre.
En France, indiquent les chercheurs, ces zones critiques, dénommées «interfaces urbaines », représentent «70% des départs d’incendie de végétation. En 2022, les incendies de la Gironde, qui ont brûlé plus de 20 000 hectares, ont entraîné l’évacuation de 36 000 personnes dans ces zones d’interfaces. » Or constatent-ils également «le changement climatique augmente déjà fortement la probabilité des grands incendies ». La conjugaison de ces deux phénomènes peut potentiellement produire de grandes catastrophes aux conséquences humaines (décès, inégalités sociales…), sur les biens, économiques exponentielles.
Plus aucune région française ne doit se croire à l’abri du risque d’incendies majeurs, y compris, le nord du pays, la Bretagne ou encore le massif montagneux des Alpes ! Les collectivités ont tout intérêt à anticiper ce risque dans leurs politiques publiques car les actions de prévention, en amont des événements, «ont un impact », les études scientifiques le démontrent. L’utilisation de matériaux résistants au feu dans la construction du bâti (toitures, fenêtres…) limite les dégâts.
Revoir la façon de construire comme éloigner les annexes bâtimentaires contenant des combustibles (garages) des habitations constitue un autre levier. Les chercheurs relèvent également la pertinence de zones concentriques autour des bâtiments et des infrastructures visant «à limiter la propagation du feu selon des contraintes croissantes de débroussaillement, en réduisant la charge de végétaux combustibles et en rompant leur continuité ».
Ils ajoutent : «le choix des végétaux dans les jardins et les espaces publics est également déterminant ». Il s’agit de privilégier les espèces feuillues, «à canopée plus humides, peu émettrices de composés volatiles inflammables ».
Cependant, cette seule prévention technique ne suffit pas. Les maires le constatent régulièrement lorsqu’il s’agit de rappeler l’obligation légale de débroussailler. «Agir ne peut se faire sans la participation active des populations. Les études démontrent qu’il existe des facteurs d’adhésion [aux actions de prévention] et des facteurs d’opposition, explique Christine Bouisset, chercheuse du CNRS, spécialiste des questions environnementales, territoriales et de gestion des risques, autre copilote de la synthèse : les aides financières vont être pertinentes, mais les populations peuvent aussi rencontrer des conflits de valeurs comme le fait d’habiter dans une zone boisée qui leur rend la vie agréable et qui vont donc s’opposer à tout déboisement contraire à leur demande de nature. »
Les scientifiques ont aussi constaté que l’information personnalisée qui permet aux individus de voir à quels risques ils sont confrontés fonctionne. «Des campagnes de proximité, une cartographie fine seront plus efficaces que la distribution de brochures dans les boîtes aux lettres », explicite la chercheuse.
« La France n’est pas mauvaise élève en matière de gestion de risques », mais ces études permettent d’anticiper encore plus en amont et «les mesures en amont sont fondamentales », assure Christine Bouisset. Charge aux décideurs publics de s’imprégner de ces nouvelles connaissances et d’adapter en conséquence leurs politiques publiques d’aménagement, d’urbanisme, mais également de préparation et d’entraînement des populations face à ces risques majeurs.