En octobre 2020, la municipalité participe à une journée sur le thème «Habiter demain ». Elle rencontre l’association «Hameaux légers » qui accompagne des projets de création d’habitats tels que les tiny houses, de plus en plus en vogue en raison de la crise du logement. «Hameaux légers nous a parlé d’un collectif de six familles à la recherche d’un terrain pour installer un éco-hameau », poursuit le maire qui évoque alors le terrain acquis un an plus tôt.
À partir de là, de multiples réunions sont organisées entre le maire et le collectif. Face aux inquiétudes d’habitants craignant l’arrivée d’« ultra-écolos » ou la dévaluation du prix de leurs biens, Jean-Louis Nogues multiplie les réunions publiques.
Autre opposition : celle d’une partie du conseil municipal, qui pensait que le collectif n’était intéressé que par le terrain peu onéreux. «Pour s’assurer que les familles allaient s’impliquer dans la vie locale, je les ai mises en relation avec la gérante du seul commerce de la ville, l’Éprouvette, qui était en vente, explique Jean-Louis Nogues. L’Éprouvette rassemblait un café-concert et un restaurant. Nous avons incité les familles à reprendre le fonds de commerce ; en contrepartie, la ville s’est engagée à rénover le café et à construire une nouvelle salle de restaurant, plus spacieuse. L’ancienne salle de restaurant est devenue une épicerie. » Cet «échange de bons procédés » a convaincu les ultimes conseillers municipaux réticents.
Aujourd’hui, l’épicerie à zéro marge pour les producteurs locaux dynamise le centre-bourg. Le café est désormais ouvert tous les jours, et plus seulement le week-end. Le nouveau restaurant sert souvent 50 couverts à l’heure du déjeuner. Les trois commerces sont gérés par une société coopérative d’intérêt collectif (SCIC de l’Éprouvette), laquelle a engendré la création de 3,5 emplois à temps plein. 150 personnes adhèrent à cette coopérative, familles de l’éco-hameau et autres habitants.
S’agissant des travaux de rénovation et de construction, ils ont coûté 250 000 euros, dont 25 % payés par la commune via un prêt sur vingt ans, le reste provenant de subventions (dotation d’équipement des territoires ruraux – DETR –, région Bretagne, agglomération de Dinan). Afin de garder la main sur le foncier et d’éviter la spéculation sur le terrain, la commune a signé, en juin 2021, un bail emphytéotique de 80 ans avec les familles, qui doivent acquitter un loyer de 50 euros par mois et par maison – soit des rentrées d’un peu plus de 5 000 e par an pour la commune.
« Aujourd’hui, 10 foyers vivent dans l’éco-hameau du Placis, qui héberge des tiny houses, des petites maisons en bois et une roulotte. Une “maison en A” est aussi en cours de construction, relate le maire. Chaque famille a construit ou fait réaliser son habitat, d’un coût unitaire compris entre 12 000 euros et 20 000 euros. » Le regroupement pédagogique intercommunal a accueilli de nouveaux élèves et l’Éprouvette initie des échanges fructueux entre les habitants. Un pari réussi.