Lui aussi très inspiré, le maire de Lille (59) Arnaud Deslandes, a lancé : «Le narcotrafic, tout le monde en parle, mais la pauvreté, personne n’en parle ! ». Pour aller au-delà des chiffres, Nicolas Duvoux, président du Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale, instance représentative qui vient de publier son premier Atlas de la pauvreté et des inégalités sociales, a souligné combien cette hausse était synonyme d’isolement et de rejet, «suscité par la peur de quelque chose qu’on ne maîtrise pas »,. Le sujet est d’autant plus complexe à appréhender qu’elle est «décorrélée de l’amélioration de la situation de l’emploi », a-t-il expliqué.
Face à cette crise, que font les élus ? «Ils s’adaptent ! C’est bien ce qui caractérise les maires », a répondu Marylène Millet, maire de Saint-Genis-Laval (69), co-présidente de la commission des Affaires sociales de l’AMF. Delphine Rouilleault, présidente du Collectif ALERTE, représentante du secteur associatif, le reconnaît : «On attend beaucoup des collectivités locales, tout en sachant qu’on ne peut pas leur demander de remplacer l’État. ». Côté réalisations concrètes, justement, le jeune successeur de Martine Aubry a présenté en détail la «Maison des solidarités » ouverte à Lille, voilà tout juste un an : un «tiers-lieu social », rassemblant le CCAS, des associations et d’autres services publics. «Et malheureusement ça marche », rapporte-t-il, avec déjà «15 000 usagers uniques en un an ».
De son côté, Luc Carvounas a rappelé l’importance de l’Analyse des besoins sociaux (ABS) réalisée par les CCAS ou encore celle de la Nuit de la Solidarité, qui vise à recenser les personnes sans abri. Autant d’outils qui permettent de mieux connaître les besoins des nouveaux visages de la pauvreté : travailleurs précaires, étudiants… Et les élus seraient prêts à aller encore plus loin, comme le révèle la récente enquête du CEVIPOF pour l’AMF, l’action sociale se hissant au deuxième rang des domaines à renforcer en cas d’augmentation des recettes communales (16% des répondants maires prêts à en faire une priorité).
Pour autant, le nouveau président des Restos du cœur (association présente dans 1 800 communes), Jean-Michel Richard, a alerté sur le cas de «grandes villes » qui seraient, depuis quelque mois, moins aidantes, notamment concernant le prêt de locaux.
Plusieurs élus présents dans la salle ont remis en cause l’engagement de l’État auprès des communes dans la lutte contre la précarité. Une attaque à laquelle a dû répondre Anne Rubinstein, déléguée interministérielle à la prévention et à la lutte contre la pauvreté (ministère des Solidarités). Cette dernière a assuré de l’efficacité sur le terrain des contrats locaux de solidarité (mise en œuvre territoriale du Pacte national des solidarités) qui permettraient «de faire de la dentelle » et ainsi de s’adapter aux nouveaux publics, et d’être pleinement mobilisés pour «jouer le rôle d’assemblier », en faisant travailler ensemble État, collectivités, monde associatif, «sans oublier le secteur privé ». Pour appuyer son propos, la déléguée interministérielle a souligné que, pour l’heure, le budget de sa mission n’était pas revu à la baisse dans le cadre du projet de loi de finances (PLF) pour 2026.
L’Union nationale des CCAS (Unccas) a dévoilé côté Salon des maires, le 19 novembre 2025, en plein débat parlementaire sur le PLF, une enquête sur les budgets des centres d’action sociale. «Depuis 2020, 71 % des CCAS et des CIAS ont dû revoir leur budget à la hausse », explique l’enquête. Ainsi, 57 % des répondants signalent une hausse de leurs aides facultatives après la pandémie de covid. Parmi leurs “nouveaux publics“, les CCAS et CIAS repèrent en premier lieu des travailleurs pauvres, des familles monoparentales et des personnes âgées.
Si encore près de 62 % des CCAS et CIAS dépendent majoritairement de la subvention communale pour financer leurs actions, à présent, «plus d’un CCAS sur deux cherche à diversifier ses financements », que ce soit par des subventions départementales, par du mécénat ou par des tarifications de services. Partant de ce constat, l’Unccas appelle à «simplifier l’accès aux financements externes » en allégeant les procédures et à «créer un fonds national pluriannuel de soutien aux CCAS/CIAS ».