Dans ce contexte, le Comité national du recul du trait de côte, créé en 2023 et présidé par la députée de Gironde Sophie Panonacle, est à pied d’oeuvre pour activer la solidarité nationale afin de financer le coût de l’adaptation (recomposition spatiale, renaturation, relocalisation des habitations et locaux d’activité, etc.).
Tout juste sortie de l’Assemblée nationale pour défendre les amendements qu’elle porte depuis plusieurs années déjà, la députée est venue annoncer aux élus un premier pas positif. Déposé dans le cadre du projet de loi de finances pour 2026, son amendement visant à faire contribuer au fonds érosion côtière les hébergeurs de location touristique, à hauteur de 1 % de leur chiffre d’affaires, a été adopté. «Des sénateurs vont reprendre cet amendement à l’identique, et le ministre délégué chargé de la Transition écologique, Mathieu Lefevre, a promis son soutien auprès de Bercy », s’est réjouie la députée de Gironde.
En revanche, son deuxième amendement visant à instaurer une taxe additionnelle de 0,01% sur les droits de mutation pour abonder le fonds, a été, une fois de plus, rejeté, malgré le soutien de nombreuses associations d’élus – dont l’AMF et l’Association nationale des élus des littoraux (ANEL). La députée n’a pas caché sa déception, ni sa stupeur face à la «méconnaissance des territoires littoraux » de la part des membres du gouvernement.
« Entre 2026 et 2028, les besoins estimés s’élèvent à 293 millions d’euros : la proposition du ministre de déplafonner la taxe Gemapi de 40 à 60 euros est une goutte d’eau », a-t-elle estimé en soulignant que le recul du trait de côte est «une problématique nationale, qui nécessite une solidarité à la même échelle ». Et un financement pérenne.
Pour Jean-Charles Orsucci, maire de Bonifacio (Corse) et président de l’ANEL, «le patrimoine de nos littoraux est un patrimoine national, il est normal d’en appeler à la solidarité nationale. Il faut arracher la création du fonds érosion côtière. C’est une initiative urgente pour ne pas payer 100 fois la note dans 30, 40 ou 50 ans ».
Pour Dominique Cap, maire de Plougastel-Daoulas (29) et co-président du groupe de travail littoral de l’AMF, «un point très important est la gouvernance. Quand on aura créé ce fonds, il faut qu'on évite qu’il parte dans une espèce de magma au niveau de l’État et qu'on n'en voit jamais la couleur. Il faut une co-gouvernance entre l’État et les élus locaux. »
Sur le terrain aussi, l’État est attendu au tournant. Emmanuel Alzuri, maire de Bidart (64), conseiller délégué littoral et trait de côte à la communauté d'agglomération du Pays basque, qui a signé un projet partenarial d’aménagement (PPA) avec l’État, est venu témoigner de relations complexes. «Nous avons besoin d’un État facilitateur, qui ne nous met pas des bâtons dans les roues. Nous avons notamment besoin de faire bouger la loi littoral pour recomposer le territoire. Mais malgré les promesses, nous attendons toujours ces dérogations. Et les derniers financements liés au PPA tardent à arriver… ».
Maire du Grau-du-Roi (30), Robert Crauste a, pour sa part, déploré «quelque chose qui commence à ressembler à de l’abandon ».
Stéphane Le Doaré, maire de Pont-l’Abbé (29) et président de la communauté de communes du Pays bigouden (12 communes dont 11 littorales sur 100 km de côtes), s’est retrouvé face à la nécessité d’acheter, au prix du marché, sept maisons à déconstruire sur la commune de Treffiagat. En juin dernier, deux des sept maisons ont été rasées de façon préventive, faisant les titres des journaux. «Malheureusement, nous avons été précurseurs », a regretté le maire, confronté à la submersion marine parallèlement à l’érosion.
Après de multiples tentatives de ralentissement du phénomène, via, notamment, un enrochement, un contrôle de la chambre régionale des comptes suggérant un risque pénal en cas de catastrophe, a été décisif. «Acheter au prix de l’immobilier, c’est mettre un doigt dans l’engrenage, a néanmoins alerté Sophie Panonacle. «Les maires littoraux ne sont pas seuls, nous sommes tous solidaires sur nos territoires. Vous pouvez compter sur nous, le combat continue ! », a tenté de rassurer Dominique Cap.
Pour aller plus loin :
. Retrouvez la vidéo du forum " Faire face au recul du trait de côte : les maires seuls au monde ! " à l'occasion du congrès des maires
. Lire nos articles : " Recul du trait de côte : aménager pour s'adapter, mais à quel prix ? " , et " Érosion : la liste des communes menacées "
. Lire notre dossier spécial " 107e Congrès de l'AMF 2025 "