Pratique
02/04/2025
Petite enfance Sécurité - sécurité civile Social Société

Travailler avec... Les Papillons

L'association installe des boîtes aux lettres dans les communes afin que les enfants puissent signaler des violences, quelles qu'elles soient, dont ils sont victimes.

L'association Les Papillons héberge les psychologues qui analysent les mots des boîtes aux lettres " postés " par les enfants.
 

Missions

Créée en 2018, l’association Les Papillons installe dans les communes volontaires des boîtes aux lettres, situées dans des lieux stratégiques comme les écoles, les centres de loisirs ou les gymnases, afin que les enfants puissent déposer un mot leur permettant de signaler une maltraitance dont ils (ou un ou une ami-e) sont victimes.

Ces boîtes sont relevées au moins deux fois par semaine par une personne désignée par le maire, qui scanne les mots (ou dessins) et les envoie à l’association. Là, des psychologues les analysent et, si la situation semble grave, saisissent la cellule locale de recueil des informations préoccupantes (CRIP) ou le procureur, avec information au maire.

Le plus souvent, ils adressent à l’élu une «préconisation » qui contribue à résoudre la situation, comme dans le cas d’un harcèlement scolaire.
 

Organisation

Disposant d’un repré­sentant par département, l’association, qui s’appuie sur 500 bénévoles, propose aux maires d’installer une ou plusieurs «boîtes Papillons » moyennant une cotisation de 150 à 250 euros par an. Une convention définit les responsabilités. La mairie désigne l’agent qui relève la boîte (secrétaire de mairie, élu à la petite enfance, policier municipal…).

L’association forme ce «releveur » qui assure également la promotion de la boîte auprès des enfants, des enseignants et des parents. Elle fournit la boîte, qui est souvent fixée à côté de la cantine, de vestiaires, des wc ou dans un couloir discret. Elle donne des flyers et mots préremplis à diffuser sur place.

À ce jour, l’association conventionne avec 280 mairies et 30 EPCI – auxquels s’ajoute une quarantaine de clubs sportifs.
 

Actions

L’association Les Papillons traite 6 000 mots en moyenne par an dont la moitié signalent un harcèlement scolaire et 30 % une violence intrafamiliale (physique ou sexuelle). Environ 13 % des mots débouchent sur un signalement (dont le quart au procureur).

Fin 2024, un procès pour inceste mettait en cause un homme, dans l’Ain, dénoncé par sa petite fille via une «boîte Papillons ». Il a été condamné à douze ans de prison. «Cette fillette [Lily] subissait cet inceste depuis des années, indique Laurent Boyet, fondateur de l’association (lire ci-dessous). Notre boîte lui a permis de libérer sa parole. Lily a déposé son mot un matin de juin 2022 et, dès l’après-midi, après envoi et analyse du mot, le signalement au procureur était fait. L’homme était arrêté quelques jours plus tard. » 

 

Laurent Boyet, président des Papillons (1)
« J’ai été victime de viol de l’âge de 6 à 9 ans, et autant j’écrivais volontiers dans un journal intime, autant j’étais incapable de parler à quelqu’un. Avec nos boîtes aux lettres, je veux que les enfants sachent que s’ils ne peuvent pas parler, ils peuvent toujours nous écrire.
Il y a, bien sûr, le 119, mais il faut un téléphone et cela demande de la maturité et, parfois, la ligne sature. Ce dispositif de boîtes permet aux maires, très investis dans le périscolaire, de jouer un rôle plus efficace. En devenant nos interlocuteurs, ils participent à une meilleure protection de l’enfance. »
(1) Laurent Boyet est aussi capitaine de police et ancien membre de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE).
© Les Papillons

 

Une maison de la résilience à Saint-Estève (66)
L’association Les Papillons a ouvert, en septembre 2024, à Saint-Estève (11 673 habitants, 66), près de Perpignan, une «Maison Papillons » afin qu’enfants et adultes victimes de violences trouvent, en un seul espace, «toute l’aide nécessaire à leur résilience ». Le lieu héberge aussi les psychologues qui analysent les mots des boîtes aux lettres, et le siège social de l’association.
La maison organise, par exemple, des groupes de parole pour adultes victimes de violence dans leur enfance, ainsi que pour leurs proches (parents, conjoints...). Elle compte 400 m2 et ce sont des fonds privés qui financent son fonctionnement (100 000 euros par an).
Le maire de Saint-Estève a eu son rôle à jouer. «Robert Vila a été très sensible à notre installation et, dans ce local qui appartenait à une entreprise du bâtiment, il nous a aidés à aller plus vite pour changer l’enseigne et la destination du lieu. Ce qui nous a fait gagner deux mois sur les délais courants », note Laurent Boyet, président des Papillons, qui envisage l’ouverture d’une deuxième maison, «à Paris cette fois ».  

 

Contact : Les Papillons, 33, boulevard de l’Atelier, 66240 Saint-Estève. • Tél. 04 68 81 96 47. • Mail : [email protected]
• Site : www.associationlespapillons.org

 

Par Bruno Leprat
n°432 - MARS 2025