Créée en 2018, l’association Les Papillons installe dans les communes volontaires des boîtes aux lettres, situées dans des lieux stratégiques comme les écoles, les centres de loisirs ou les gymnases, afin que les enfants puissent déposer un mot leur permettant de signaler une maltraitance dont ils (ou un ou une ami-e) sont victimes.
Ces boîtes sont relevées au moins deux fois par semaine par une personne désignée par le maire, qui scanne les mots (ou dessins) et les envoie à l’association. Là, des psychologues les analysent et, si la situation semble grave, saisissent la cellule locale de recueil des informations préoccupantes (CRIP) ou le procureur, avec information au maire.
Le plus souvent, ils adressent à l’élu une «préconisation » qui contribue à résoudre la situation, comme dans le cas d’un harcèlement scolaire.
Disposant d’un représentant par département, l’association, qui s’appuie sur 500 bénévoles, propose aux maires d’installer une ou plusieurs «boîtes Papillons » moyennant une cotisation de 150 à 250 euros par an. Une convention définit les responsabilités. La mairie désigne l’agent qui relève la boîte (secrétaire de mairie, élu à la petite enfance, policier municipal…).
L’association forme ce «releveur » qui assure également la promotion de la boîte auprès des enfants, des enseignants et des parents. Elle fournit la boîte, qui est souvent fixée à côté de la cantine, de vestiaires, des wc ou dans un couloir discret. Elle donne des flyers et mots préremplis à diffuser sur place.
À ce jour, l’association conventionne avec 280 mairies et 30 EPCI – auxquels s’ajoute une quarantaine de clubs sportifs.
L’association Les Papillons traite 6 000 mots en moyenne par an dont la moitié signalent un harcèlement scolaire et 30 % une violence intrafamiliale (physique ou sexuelle). Environ 13 % des mots débouchent sur un signalement (dont le quart au procureur).
Fin 2024, un procès pour inceste mettait en cause un homme, dans l’Ain, dénoncé par sa petite fille via une «boîte Papillons ». Il a été condamné à douze ans de prison. «Cette fillette [Lily] subissait cet inceste depuis des années, indique Laurent Boyet, fondateur de l’association (lire ci-dessous). Notre boîte lui a permis de libérer sa parole. Lily a déposé son mot un matin de juin 2022 et, dès l’après-midi, après envoi et analyse du mot, le signalement au procureur était fait. L’homme était arrêté quelques jours plus tard. »