Pratique
01/05/2020
Environnement Équipement

Propreté des espaces publics : adapter les moyens

Entre impératifs sanitaires et exigences environnementales, pas simple de s'y retrouver en matière de propreté, qui plus est en période d'épidémie. Conseils et préconisations.

En matière d’hygiène et de propreté, il convient de distinguer les locaux par type de zone à risque. En pratique, ce classement vise à catégoriser les locaux en fonction de leur utilisation et de leur exposition aux micro-organismes. Le niveau 0 correspond aux espaces les moins exposés (parkings, espaces extérieurs). Plus le chiffre augmente (jusqu’à la zone 5) et plus l’espace méritera une attention particulière en matière d’entretien. Pour leur part, les communes sont essentiellement concernées par les zones 1 à 3 (lire le tableau ci-contre).

Concilier efficacité et sécurité

Une fois la zone concernée clairement identifiée, c’est le produit le plus adapté aux besoins qu’il s’agit de choisir. Un choix qui mérite d’être opéré au regard de quatre questions : quelle est l’efficacité du produit ? Quel est son coût ? S’agit-il d’un produit écologique ? Quels dangers éventuels présente-t-il pour les agents et le public ? Ce dernier point est particulièrement important à prendre en compte, notamment pour les agents en charge de l’entretien. Ne pas hésiter dans ce cadre à demander au fournisseur la fiche de données de sécurité (FDS) du produit. Celle-ci renseigne sur les conséquences de son usage sur la santé et l’environnement (risques d’irritation, toxicité, sensibilisation respiratoire, nocivité pour les organismes aquatiques…). Ce document, beaucoup plus complet que le simple étiquetage du produit, précise notamment les moyens de protection ainsi que les mesures à adopter en cas d’urgence.  
Si le Code de la commande publique invite les acheteurs publics à tenir compte des performances des produits en matière de protection de l’environnement, il n’interdit pas pour autant l’utilisation de produits chimiques dans le cadre des achats de fournitures d’entretien. Cependant, privilégier les produits écologiques est fortement recommandé, ne serait-ce qu’au nom de l’exemplarité environnementale dont les collectivités territoriales doivent faire preuve. D’ailleurs, cette prise de conscience n’a pas échappé aux fabricants de produits d’entretien qui ne cessent d’élargir leur gamme de produits «verts ». Des détergents pour les sols aux solutions dégraissantes pour les cuisines en passant par les nettoyants pour les vitres et les produits sanitaires, l’exercice consiste donc à privilégier les produits conjuguant efficacité et écologie, quitte à devoir débourser un peu plus. 
Dans la jungle des labels, il peut être préconisé de privilégier l’Éco-label européen, l’écolabel Nordic Swan ainsi que l’écolabel NF Environnement. Plus stricts encore sur le plan environnemental, les labels  Nature et Progrès et EcoCert attestent, pour leur part, de la qualité écologique des détergents, lessives et autres nettoyants multi-usages. Certaines communes vont encore plus loin dans la démarche d’exemplarité écologique. À l’instar de la ville de Saint-Pryvé-Saint-Mesmin (Loiret) qui a réalisé à destination de ses habitants un «Guide de fabrication de produits d’entretien naturels ». De quoi proposer des «solutions naturelles pour entretenir les maisons avec quelques produits simples et économiques (savon noir, bicarbonate de soude, vinaigre blanc, huiles essentielles…) qui ne nuisent pas aux cours d’eau, à la faune ou à la flore », explique la municipalité. 

La désinfection des rues controversée

Confrontées à la pandémie de Covid-19, certaines municipalités ont entrepris de désinfecter leurs rues et leurs espaces publics, à l’instar de quelques villes chinoises ou sud-coréennes. À Forges-les Eaux (Seine-Maritime), trottoirs, mobilier urbain et caniveaux ont été nettoyés avec de l’eau javellisée. «Cette mesure rassure la population. L’eau de javel n’est pas un remède miracle mais c’est une action de plus pour se débarrasser d’un certain nombre de microbes. Ce qui ne veut pas dire que nous allons arrêter le Covid-19 », explique son maire, Michel Lejeune. Une démarche également adoptée à Nogent-sur-Marne, Cannes, Nice, Reims ou encore Suresnes. Reste que, selon le ministère de la Santé, la désinfection des espaces publics s’avèrerait aussi « inutile » que « dangereuse pour l’environnement ». Le Haut conseil de la santé publique (HCSP) a d’ailleurs déconseillé cette pratique (lire En savoir + ci-contre) (1). Aussi est-il recommandé pour l’heure de se contenter de maintenir «le nettoyage des rues, avec les matériels et les équipements de protection individuelle habituels », et «de se laver les mains dès le retour à domicile ». Un point de vue partagé par l’Ademe qui invite à ne pas oublier l’impact environnemental de la dispersion à grande échelle de produits désinfectants (souvent un bactéricide et virucide désinfectant à base d’eau de javel diluée) durant plusieurs jours sur une ville entière. En matière de propreté aussi, le trop est l’ennemi du bien.
(1) Lire l’article «Le HCSP déconseille la désinfection des voiries à l’eau de Javel » sur le site de Maire info du
10 avril 2020 : www.maire-info.com

Christophe ROBERT

En savoir +
• L’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) ­propose un fascicule intitulé « La fiche de données de ­sécurité », essentiel pour la prévention du risque chimique. www.inrs.fr 
• Avis du Haut conseil de la santé publique sur le ­nettoyage avec utilisation de produit désinfectant dans l’espace public : https://bit.ly/2zgo9h9
n°379 - mai 2020